Méditation

Veiller, échouer, recommencer

Culte du dimanche 29 novembre 2020
Prédication par le pasteur David Veldhuizen

Textes bibliques : Esaïe 63,16-64,7 et Marc 13,33-37

Écoutez ci-dessus ou en cliquant ici (PodCloud) l’enregistrement de la prédication.

Frères et sœurs,

Les appels à la veille et à la persévérance ne manquent pas dans la Bible, y compris dans la bouche de Jésus. On peut notamment penser à la parabole des dix jeunes filles et de leurs lampes à huile, sur laquelle nous avons médité il y a trois semaines. Si ces encouragements de Jésus et d’autres portes-paroles de Dieu sont si insistants, c’est à la fois parce que l’enjeu est important, et parce que cette veille n’est pas si facile pour les humains que nous sommes, parfois fatigués, souvent impatients, bref, peu endurants et plutôt inconstants.

Le court passage de l’évangile de Marc se situe quelques jours avant la Passion de Jésus. Le Christ, qui sait ce qui est devant lui, est donc arrivé à la fin de son premier séjour comme être humain sur la Terre. Cette fin, bien réelle, n’est pourtant pas ultime, car nous savons que le troisième jour, il est sorti du tombeau. Mais au moment où il s’adresse à ses amis, à ceux qui se confient en lui, à quelques jours de la Pâque donc, Jésus évoque un autre contexte, celui de son retour. Quelques versets plus haut, reprenant des paroles de prophètes, le Nazaréen semblait annoncer que son retour interviendrait dans une situation de profonde détresse, de chaos ébranlant jusqu’au cosmos.

Comme la croix a été une fin indispensable au nouveau départ symbolisé par le tombeau vide, une certaine fin de ce que nous connaissons pourrait être le prélude d’un nouveau « re-commencement » de la relation entre Dieu et sa Création. Oui, en ce début de temps de l’Avent, nous sommes amenés à réfléchir à ce lien qui unit une certaine mort à un jaillissement inattendu et presque plus espéré d’une vie nouvelle. Nous pouvons sentir l’approche de la mort. Ne nous y trompons pas, cette mort approche bien, et nous n’y échapperons pas. Cela peut nous angoisser, mais n’ajoutons pas à cette peur un sentiment de culpabilité. La mort fait partie de tout ce qui est vivant. Mais cette mort, encore une fois, n’est pas ultime. Seulement, à quoi ressemblera la vie qui suivra cette mort ? Nous l’ignorons. Ce que Jésus nous demande, c’est de veiller, c’est-à-dire de ne pas perdre notre espérance. Qu’il s’agisse de cette vie nouvelle que l’on peut juger improbable, ou de son retour, cela arrivera, et nos existences n’auront pas manqué de sens, elles n’auront pas été des années absurdes, sans perspectives.

Veillez, insiste Jésus, à la suite des prophètes. Le texte que nous avons entendu dans Ésaïe souligne bien à quel point nous sommes fragiles, peu persévérants dans notre espérance. En effet, dans les chapitres précédents, le retour d’exil était promis, l’abolition des injustices était proclamée, bref, la réconciliation entre Dieu et son peuple, sur une Terre bénie et propice à la vie, tout cela était projeté. Après un temps d’impatience et de reproches, nous étions dans le temps de réconfort. Les forces revenaient, avec cette perspective de jours meilleurs. Mais dans ces chapitres 63 et 64, il y a, notamment, une nouvelle vague de découragement, d’impatience. Le prophète constate que le peuple et lui n’arrivent pas à craindre le Seigneur, c’est-à-dire à le respecter et à se confier en lui dans la durée. Cette fois-ci, à la différence de chapitres antérieurs, ce n’est pas Dieu qui est silencieux, mais l’humanité qui ne parvient pas à demeurer dans une relation vivante avec le Seigneur. Le prophète semble même souhaiter que Dieu se manifeste de façon spectaculaire, en déchirant le ciel, en écrasant les montagnes… Le prophète, en effet, se souvient d’interventions difficilement croyables de Dieu en faveur de ceux qu’il aime, et Esaïe souligne d’ailleurs que seul le Dieu d’Israël agit ainsi, par amour pour ses créatures.

Ce passage indique que le découragement n’est pas toujours bien loin, malgré l’espérance. Mais ce passage s’ouvre et se conclut aussi sur une idée réjouissante : c’est que Dieu est le père de son peuple, le père de l’humanité. Oui, cette séquence du livre d’Ésaïe se caractérise par le jaillissement, au cœur de la prière et de l’introspection, par le jaillissement de cette nouvelle identité du groupe, de la communauté. Oui, rassemblés par l’attente, par l’impatience aussi, les femmes et les hommes s’émerveillent de se découvrir en Dieu un parent commun, un père aimant, patient, fidèle. Non seulement Dieu aime constamment, mais il persévère toujours à proposer de nouveaux commencements à ceux qui, et c’est aussi une nouveauté dans ce texte, à ceux qui se comprennent et se qualifient comme ses serviteurs. Que de chemin parcouru, ainsi, par ces hommes et ces femmes ! Au début du livre d’Ésaïe, le prophète transmettait les interpellations d’un Père à ses enfants qui ne voulaient pas se reconnaître comme tels. Et maintenant, ce sont ces mêmes enfants, disposés à se mettre au service, qui font appel à leur Père et lui demandent d’agir !

Chers amis, pour qu’il soit possible de recommencer, pour que la vie surgisse là où on ne l’attendait plus, l’échec et la mort sont bien des étapes. Tant qu’une nouvelle vie ne nous surprend pas, nous avons l’impression d’être en lutte. D’un côté, un découragement tenace, de l’autre, une espérance à la fois improbable et réconfortante. D’un côté, toutes les fois où nous nous sommes détournés de Dieu, de l’autre, toutes les fois où nous osons nous mettre au service d’un Dieu toujours prêt à recommencer avec nous. Mais y a-t-il alors vraiment deux côtés antagonistes ? Même quand nous échouons à veiller, même quand notre espoir s’épuise, même quand tout semble perdu, Dieu ne renonce pas. Il est toujours là, avec nous. Il l’a promis, et Jésus n’a-t-il pas aussi pour nom « Emmanuel », « Dieu avec nous » ?

Pour clore cette prédication, j’emprunte quelques phrases à Aline Crouzet :

Si tu es las et que la route te paraît longue
Si tu t’aperçois que tu t’es trompé de chemin
Ne te laisse pas couler au fil des jours et du temps
… recommence.
Si la vie te semble trop absurde,
Si tu es déçu par trop de choses et trop de gens,
Ne cherche pas à comprendre pourquoi,
… recommence.
Si tu as essayé d’aimer et d’être utile,
Si tu as connu la pauvreté et les limites,
Ne laisse pas là une tâche à moitié faite
… recommence.
Si les autres te regardent avec reproche,
S’ils sont déçus par toi, irrités, ne te révolte pas, ne leur demande rien,
… recommence
Car l’arbre bourgeonne en oubliant l’hiver,
Car le rameau fleurit sans demander pourquoi,
Car l’oiseau fait son nid sans songer à l’automne
Car ton Dieu lui-même est espoir et recommencement.

Aline Crouzet, Printemps

Amen.