Méditation

Une Église en mission, un appel pour moi

Culte du dimanche 8 août 2021
Prédication par Nadine Perrier

Textes bibliques : Exode 3,4-10 ; Jérémie 1,5-10 ; Jean 15,16-27 ; et 1 Pierre 5,5-11

Le samedi 24 juillet avec Gérard, nous sommes allés au Désert à Mialet pour écouter un culte le soir dans l’ambiance des cultes pendant la période du Désert au 17e et 18e siècle, au temps où « les Parpaillots » étaient persécutés. Dans son introduction, le pasteur Christophe Granade (pasteur du secteur qui présidait ce culte) a souligné que comme hier, aujourd’hui encore 340 millions de chrétiens sont persécutés un peu partout sur cette planète pour juste vouloir vivre leur foi en toute liberté. L’ONG « Portes ouvertes », au service des chrétiens, s’en fait l’écho régulièrement dans ses infos et publie chaque année l’Index mondial des persécutions. L’ACAT se fait également porte-parole de toutes ces violences subies par nos sœurs et frères chrétiens et nous invite à la prière pour les soutenir. La liste des pays où règne la dictature sur les chrétiens est longue : Nigeria, Libye, Érythrée, Somalie, Yémen, Syrie, Irak, Iran, Afghanistan, Pakistan, Inde, Corée du Nord, Algérie… Le 7 juillet dernier, c’est encore trois églises protestantes algériennes qui ont été mises sous scellés par le tribunal administratif d’Oran. Ce sont maintenant 16 églises qui ont subi cette mesure dans le pays. Et malgré cela, le pasteur s’émerveille quand même en disant : « Même à travers cette persécution, nous avons beaucoup d’occasion de témoigner dans les commissariats, les tribunaux et dans beaucoup d’autres lieux, nous n’avons pas peur de vivre notre foi. Certes cela comporte des risques mais « Dieu agit ».»

Eh oui, l’appel de Dieu continue malgré tout et malgré ces persécutions, des femmes et des hommes se lèvent pour annoncer et dire tout haut la bonne nouvelle de l’Évangile. Une Église qui témoigne, une Église en mission, une Église pour les autres, une église de témoins. Alors une Église de témoins n’a rien de nouveau, c’était la mission de nos ancêtres au Désert, c’est la mission première de toute Église depuis la Pentecôte où l’Esprit de Dieu a fait des premiers croyants des témoins du Christ ressuscité, des envoyés, des appelés pour dire un message d’espérance et de joie. Effectivement en fonction du contexte et de l’époque la mission de l’Église change. Vivre une église de témoins et la traduire en réalité de vie, c’est autre chose. A l’époque du Désert, l’annonce de l’Évangile se fait essentiellement dans le cercle familial plutôt de manière discrète pour résister aux différentes formes d’oppression. L’Église survivra surtout grâce aux petits groupes de maisons soutenus par des assemblées occasionnelles en plein air avec des pasteurs itinérants. C’est encore le cas aujourd’hui dans les pays où la liberté spirituelle est interdite.

Alors qu’en est-il pour nous en France en 2021 où il n’y a ni crainte, ni oppression ? Où commence notre mission ?

Pour ma part, je crois qu’elle commence d’abord là où nous sommes installés pour travailler, là où nous avons construit notre vie de famille, pour moi, pour vous sûrement nous sommes appelés sur notre bassin de vie, avec une Église appelée elle aussi à être ouverte aux autres en étant solidaire avec les plus démunis, en apportant du soutien aux personnes blessées par la vie et là où nous devons œuvrer pour la justice et la paix. Pour cela nous devons avoir une mission d’écoute et de dialogue à l’égard du prochain. Cette mission ne peut se faire que dans la rencontre, l’accueil de ses propos sans jugements et dans le respect de ce frère ou cette sœur en Christ pour que le témoignage de notre foi soit authentique.

Une église ouverte doit également se manifester par l’accueil de l’autre, des autres différents, je pense au renouveau que nous apporte les migrations dans toutes leurs diversités, je pense aussi aux enfants et aux adolescents qui peuvent être des témoins de qualité et qui peuvent rendre visible l’unité et la force de l’Esprit. N’oublions pas qu’il n’y a pas d’âge pour être appelé par Dieu. Et pour ceux qui suivent un peu l’actualité de notre Église, vient de se terminer lundi passé, la rencontre du Grand Kiff à Albi où un peu plus de 400 jeunes entre 15 et 20 ans se sont réunis avec une centaines d’organisateurs dont quatre jeunes de notre paroisse.

La mission de l’Église est universelle, chaque personne quelles que soient ses origines ou son passé, ou encore son jeune âge peut devenir porteur de vie dans le contexte local.

Aujourd’hui en France notre Église doit être tournée vers les autres. Facile à dire, vous me direz, quand le confort est plutôt dans « l’entre soi ».  Nous sommes appelés individuellement à vivre l’Évangile en paroles et en actes puis à créer des passerelles, des passerelles de convivialité, d’entraide et de service, de spiritualité et de formation. Il n’y a pas de recette, ni de modèle pour vivre une Église de témoins mais nous devons discerner les différentes manières de vivre et témoigner de l’Évangile dans chaque réalité locale.
Nous devons faire confiance au Seigneur de la vie qu’il promet en toute circonstance, sa présence et son Esprit pourvoit en toutes circonstances. Alors arrêtons de dire « on n’a pas… ». On n’a pas de ressources financières, on n’a pas de ressources humaines, on n’a pas de jeunes, on n’a pas de gens disponibles, on n’a pas de musiciens, on n’a pas de prédicants, on n’a pas…

A quoi suis-je appelée ? : L’appel est une parole qui nous vient de Dieu, c’est une invitation à vivre et à partager un chemin d’Évangile, c’est d’abord une invitation personnelle. Ce n’est jamais un acte dont je suis à l’initiative, c’est toujours Dieu qui appelle, qui fait le premier pas « toi, suis-moi ».

Nous sommes invités car nous avons des dons ou des disponibilités, des facilités que nous pouvons mettre au service de la communauté. Et en premier lieu cette invitation doit se déployer, se concrétiser dans la vie quotidienne, dans les liens familiaux, de voisinage, de travail, être chrétien chaque jour là où l’on vit.

L’appel n’est pas seulement lié à l’expérience personnelle d’une rencontre inattendue qui nous mettrait en extase. Les Écritures peuvent mettre en scène un appel divin accessible et à la portée de tous. Ouvrir la Bible, lire les Écritures, c’est déjà se mettre en position d’être appelé. C’est bien pourquoi nous disons souvent que les Écritures demeurent une parole de vie. Oui, Dieu peut nous appeler aussi à travers la lecture de la Bible.

Au début de cette prédication, je parlais des chrétiens persécutés pour leur foi en Jésus-Christ. Eux aussi répondent à un appel, un appel sûrement très pressant. Et je suis admirative de cette force de vie, cette force de foi. Mais pour autant, est-ce que je dois mettre ma vie en danger ou même celle de mes proches ? Jusqu’où dois-je aller ? Je crois que c’est à chacun d’y répondre et d’y répondre comme Dieu le lui demande. Une demande qui se fait dans l’écoute, c’est peut-être là déjà un premier défi ! Comment savoir que c’est Dieu qui m’appelle et il m’appelle à quoi ? C’est déjà là la question du discernement. Je pense que le discernement se fait dans la prière, dans la méditation de la Parole, l’écoute de soi. Je pense également que l’appel personnel qui est quelque chose de très intime touche également d’autres personnes. Souvent c’est à travers des personnes que nous rencontrons ou de notre entourage que nous percevons « l’appel », l’appel de Dieu, d’où l’importance du partage au sein de la communauté.

C’est pourquoi, je pense que l’Église a une mission des plus importantes et qu’elle doit veiller à cette communion y compris pour, et avec ceux qui ne fréquente pas une paroisse. L’appel personnel concerne également l’Église. Et c’est peut-être cette force qui permet aux chrétiens persécutés de tenir le coup face à leur bourreau. La force de la communauté, de l’unité du groupe, la force de la prière, la force de la Parole qui est promesse de Dieu.
En même temps que l’Église est appelée, elle est aussi envoyée et elle répond à une mission : vivre et témoigner de l’Évangile, partager en paroles et en actes cette force de l’Évangile. Ce doit être une réalité à la fois spirituelle et visible dans notre quotidien. En cela notre mission est la même que tous les chrétiens de cette planète. Et c’est peut-être en cela que la persévérance des chrétiens persécutés est encore plus forte et force notre admiration comme nous encore aujourd’hui, nous avons de l’admiration pour Pierre et Marie Durand et encore bien d’autres grands qui ont façonnés notre engagement dans la foi.

L’appel et la puissance de Dieu dépasse ce que nous, être humain pouvons comprendre. Les chrétiens persécutés ont compris sûrement plus vite et plus fort que nous que leur mission d’engagement au Christ c’était prendre des responsabilités, assumer des fonctions et donc prendre des risques pour exercer un ministère, même si cela devait se faire au péril de leur vie !
Quel que soit l’appel que l’on reçoit, si c’est celui que Dieu nous lance, Il nous donnera la force de l’accomplir mais attention, cela ne veut pas dire que ce sera facile, il est même fort probable que ce soit plus compliqué que de rester tranquillement chez soi dans son fauteuil en regardant la télévision. On aura parfois même de la résistance à répondre positivement comme l’ont fait beaucoup de prophètes avant nous pour citer quelques exemple de la Bible : Moïse parce qu’il bégaie, Jérémie qui se trouve trop jeune ou encore Jonas qui n’est pas d’accord avec le plan de Dieu. Mais toujours Dieu nous fait la promesse de nous perfectionner, de nous affermir, de nous fortifier et de nous établir sur de solides fondations.
A lui soit la puissance pour toujours. (1 Pierre 5,11).

Amen.