Méditation

Porter la parole de Dieu à l’humanité

Culte du dimanche 31 janvier 2021
Prédication par le pasteur David Veldhuizen

Texte biblique: Deutéronome 12,1 et 18,15-22

Écoutez ci-dessus ou en cliquant ici (PodCloud) l’enregistrement de la prédication.

Comment Dieu parle-t-il à ses créatures ? Depuis la Genèse jusqu’au Deutéronome, nous pouvons distinguer plusieurs méthodes. Le Seigneur peut envoyer des messagers, des anges: les trois voyageurs qui annoncent à Abraham et Sarah qu’ils vont avoir un enfant, l’être mystérieux qui affronte pendant une nuit complète Jacob avant qu’il ne se réconcilie avec son frère jumeau Ésaü qu’il a trahi à plusieurs occasions… Dieu emploie également les rêves et les visions, notamment avec le cycle de Joseph ; d’ailleurs, les rêves de Joseph suscitent la jalousie de ses frères. Plus tard encore, Dieu attire l’attention de ses interlocuteurs par des signes étonnants, comme le buisson ardent pour Moïse. Ces différentes méthodes ont notamment comme point commun que le Seigneur s’adresse le plus souvent à une seule personne à la fois. Mais ce qui n’était qu’une tribu conduite par un patriarche est devenu un peuple. Avec la sortie d’Égypte, c’est un peuple entier qui se retrouve au pied du Sinaï, pour recevoir l’alliance que Dieu veut conclure. Au cœur de cette alliance, les Dix Commandements, que l’on peut retrouver au chapitre 5 du Deutéronome.

Et avec l’Alliance, un nouveau mode de communication va devenir nécessaire. En effet, Dieu va aussi se servir de prophètes. Pour être exacts, on peut rappeler qu’Abraham a été une fois qualifié de prophète, en Genèse 20, et que Myriam, la sœur de Moïse, est appelée prophétesse, quand elle chante avec le peuple sa reconnaissance pour la traversée de la Mer Rouge et la disparition de l’armée égyptienne ennemie.

Mais Moïse inaugure bien un nouveau cycle, qui se poursuivra dans les livres suivants du Premier Testament. Les figures de prophètes vont devenir récurrentes dans les livres des Juges, des Rois, et bien sûr dans tous les livres qui portent leurs noms, d’Ésaïe à Zacharie, d’Amos à Jérémie… Oui, les prophètes vont devenir des médiateurs importants entre Dieu et l’humanité, et ce jusqu’à Jésus-Christ. L’extrait de Deutéronome 18 que nous avons lu nous explique que ce nouveau dispositif de communication répond en fait à une demande du peuple, qui craignait d’être en relation directe avec Dieu. Le peuple, en effet, était alors conscient de plusieurs choses : d’abord, que l’Alliance proposée par Dieu était un cadeau magnifique, largement non mérité. Ensuite, qu’en tant que peuple constitué d’êtres humains, il était très probable qu’il lui soit impossible de tenir ses engagements. Je pense que le peuple avait perçu à la fois que Dieu lui ouvrait un chemin de vie, et qu’en même temps, ce groupe choisi par Dieu risquait de souvent sortir de ce chemin, de faire des choix qui limitent la vie, des choix qui conduisent à la mort. Un amour immense que Dieu offre, une humanité fragile et pécheresse… Oui, des intermédiaires pourraient être les bienvenus, pour rappeler la bonté et la fidélité de Dieu aux humains, mais aussi pour plaider la cause des hommes et des femmes devant Dieu, à côté des prêtres chargés d’officier pour les sacrifices.

On le voit, le peuple est d’une lucidité rare, et Dieu toujours à l’écoute. C’est pourquoi il propose d’instituer des prophètes, dont Moïse est ici présenté comme le premier. Dieu va choisir de tels porte-paroles parmi le peuple. Et le Seigneur insiste, il va les nommer « de ton propre sein, d’entre tes frères » : le messager de Dieu aura donc une fonction particulière, mais hormis cette fonction, il est vraiment semblable à ceux à qui il adresse la parole de Dieu. Dieu montre qu’il a bien compris que le peuple avait besoin de médiateurs qui comprennent ses réalités. Qui mieux qu’un membre du peuple pour défendre la cause commune de ce groupe que Dieu a choisi ? Mais en soulignant que les prophètes sont originaires du peuple, qu’ils sont donc des « frères » pour les Israélites non-prophètes, le Seigneur indique aussi au peuple que chacun est responsable de l’accueil qu’il fera aux paroles du prophète. Le Seigneur sait bien que nous accueillons mieux, que nous écoutons mieux celui qui nous promet de belles choses, mais qu’en revanche, nous avons tendance à exclure et à faire taire celui qui nous montre nos hypocrisies et nous appelle au changement. Il s’agit donc de prendre garde à ne pas faire du mal au messager, notre frère, parce qu’il nous rappelle nos fragilités ! D’ailleurs, la fin du passage le précise, le faux prophète est discrédité mécaniquement : ce qu’il dit ne se produit pas. Le prophète est là pour orienter vers Dieu, et si les paroles qu’ils prononcent ne conduisent pas à l’amour et à la paix, il n’y a pas de doute : ce n’est pas un prophète de l’Éternel.

Y a-t-il encore aujourd’hui des prophètes ? Vous le savez, un changement majeur s’est produit avec le ministère de Jésus. Depuis, nous n’avons plus à craindre un dialogue direct avec Dieu. Le Christ a porté ce qui nous condamnait et nous exposait à la mort : nous sommes rendus justes devant Dieu, en Jésus-Christ. Mieux encore, quand nous doutons de l’amour de Dieu, ou quand les forces du monde nous menacent, nous disposons, depuis la Pentecôte, de l’Esprit Saint, présenté à travers le Nouveau Testament comme un avocat et un défenseur.

En 2021 donc, nous n’avons plus besoin de prophètes comme ceux qui ont exercé il y a plus de deux mille ans. Mais chacune, chacun, croyant ou non, peut être mobilisé par Dieu pour adresser un message ou un signe à un frère, une sœur. Il nous faut rester disponibles pour percevoir de tels messages, il nous faut aussi être témoins auprès de nos contemporains pour baliser une offre de vie que Dieu leur propose.

Mais pour finir cette méditation, j’aimerais juste vous poser une question. Dans la situation qui est la nôtre depuis près d’un an, n’avons-nous pas l’impression que nous sommes appelés à porter la Bonne Nouvelle dans notre communauté et au-delà par de nouveaux moyens, de nouveaux outils ? Ne sommes-nous pas conscients que nos habitudes d’avant la pandémie ont pu limiter, je dirais même étouffer, la Parole de Dieu pour nos proches, nos voisins, et ceux qui sont extérieurs à nos cercles, à notre club ? Notre foi ne se vit plus seulement lors de rassemblements en présentiels. Ceux-ci demeurent indispensables, nous en avons besoin. Mais d’autres modalités d’annonce de la Bonne Nouvelle sont tout autant incontournables. Saurons-nous faire évoluer notre église, tant au niveau local d’Annonay que dans une compréhension plus large, saurons-nous faire évoluer notre église pour porter la parole d’amour et de vie de Dieu au monde ? Que l’Esprit saint nous soit en aide. Amen.