Méditation

L’Esprit,  force pour pardonner, force pour annoncer le pardon

PENTECÔTE
Culte du dimanche 31 mai 2020
Prédication par le pasteur David Veldhuizen

Textes bibliques : Actes des apôtres 2, 1-4 ; 1 Corinthiens 12,4-7 ; Jean 20,19-23

Frères et sœurs,

Cinquante jours après la Pâque, et le rappel de la sortie d’Égypte ainsi que de la libération de l’esclavage, les Juifs célèbrent le moment où ils ont reçu la Loi, la Torah, par l’intermédiaire de Moïse, au pied du mont Sinaï. Au cœur de ce cadeau, les Dix Commandements, les Dix Paroles, autant de façons de faire les meilleurs choix en faveur de la vie.

Cinquante jours après l’événement de Pâques, symbole de l’échec du mal pour nous séparer de l’amour de Dieu, les disciples de Jésus reçoivent l’Esprit, qui leur permet de parler dans d’autres langues. Ils peuvent annoncer l’évangile de la Résurrection, la Bonne Nouvelle de l’amour et du pardon de Dieu qui dépassent la mort, une proclamation qui offre une vie renouvelée à celles et ceux qui l’entendent.

Depuis, les chrétiens commémorent cette descente de l’Esprit, qui ouvre donc tant de nouveaux possibles. L’apôtre Paul rappelle que les manifestations de l’Esprit sont multiples, même si elles ont la même origine divine, et cette pluralité de signes de l’Esprit est au service d’une cause, d’une utilité commune.

Pentecôte, c’est donc une Parole de Dieu adressée à l’humanité pour que celle-ci vive.

L’évangéliste Jean, s’il présente le don de l’Esprit un peu différemment que l’auteur des Actes des apôtres, suggère que ce fameux Esprit est un élément fondamental pour la mission pour lesquels les disciples sont envoyés, celle d’annoncer le pardon des péchés. Là encore, cette annonce du pardon est une Parole de vie.

Un certain nombre de chrétiens reconnaissent être embarrassés par une demande que l’on trouve dans la prière du Notre-Père. Demander au Père qu’il nous pardonne, cela ne pose pas de problème. Mais quand cette demande est articulée, conditionnée presque, par le pardon que nous accordons aussi à celles et ceux qui nous ont fait du tort, nous pouvons avoir l’impression que nous risquons de passer à côté. Nous pouvons craindre de ne pas suffisamment pardonner pour recevoir nous-même la Parole dans laquelle Dieu accepte notre repentir et nous affirme son amour surabondant.

Nous avons l’impression que Dieu pose une condition et que celle-ci est au-dessus de nos forces. D’une certaine façon, nous avons raison. Accorder le pardon n’est pas une chose facile, et même, cela nécessite une grande force. Or si nous avons à pardonner, c’est que nous avons été blessés, dans notre chair, dans notre esprit, dans notre âme. Il est probablement impossible de dissocier ces trois éléments, car si notre corps a été atteint, cela affecte notre estime de nous et nos projets ; et si c’est notre identité qui est mise en danger, notre corps adopte des réflexes pour se défendre, des réflexes certes utiles pour survivre, mais qui sont souvent contradictoires avec un corps épanoui et serein. Bref, si nous avons à pardonner, c’est que nous avons été affaiblis. Dans ce cas, nous avons besoin de soins. Nous avons ensuite besoin de temps, pour que la cicatrisation opère. L’enseignement de Jésus nous exhorte pourtant au pardon généreux et immédiat ! Ignore-t-il notre faiblesse ? Ne nous donne-t-il pas des recommandations impossibles ?

Jésus l’avait bien dit à ses disciples, en parlant du salut mais cela peut aussi s’appliquer au pardon : ce qui est impossible aux humains est possible à Dieu (notamment Mt19,26). Le don de l’Esprit tel que l’évangile de Jean le raconte constitue peut-être bien une clé pour le pardon. Car même si nous croyons que Dieu nous offre sa miséricorde, sa grâce, nous pouvons hésiter à croire que cela nous accorde la force de pardonner à notre tour, sans tarder, sans compter.

Pourtant, frères et sœurs, c’est peut-être bien l’une des plus belles manifestations de l’Esprit-Saint que nous puissions espérer. Car dans notre compréhension luthéro-réformée, qui a ses limites, nous ne saisissons pas toujours en quoi certains dons de l’Esprit sont en mesure de nourrir notre foi, et surtout, de renouveler nos vies, nos relations et même notre monde. Mais si l’Esprit est cette force que Dieu nous accorde pour pardonner, cette force n’est-elle pas « donnée pour l’utilité commune », selon l’expression que l’apôtre Paul emploie dans la première lettre aux Corinthiens ? En effet, le pardon affirme que nous avons davantage de valeur que nos fragilités, nos échecs ou nos erreurs ; le pardon affirme que nous sommes aimés, non pas aveuglément, mais en connaissance de cause, avec nos zones d’ombres et nos défauts. Recevoir le pardon constitue une étape décisive dans la cicatrisation de nos blessures, dans la reconstruction de notre identité, dans la restauration de notre dignité, dans les dynamiques nouvelles qui nous permettent de tourner une page et d’avancer.

Dans l’évangile de Jean, juste avant de souffler l’Esprit sur ses disciples, Jésus a répété la salutation juive « que la paix soit avec vous ! » Or si nous sommes les acteurs du pardon, à n’en pas douter, nous sommes aussi des artisans de paix. La salutation de Jésus peut aussi être entendue comme une bénédiction alors que nous accomplissons notre mission : la paix nous accompagne !

Mais peut-être n’avons-nous rien à pardonner. Ou peut-être avons-nous besoin de persévérer dans la prière pour ressentir la force insufflée par l’Esprit. Et donc, à certains moments, nous ne pouvons pas accorder de pardon de notre part, mais l’Esprit nous donne quand même une capacité à renouveler les vies de celles et ceux avec lesquels nous sommes en relation.

Car dans l’Évangile, Jésus demande à ses disciples de « pardonner les péchés ». Or ce terme de péché, que nous n’aimons pas, ne concerne pas seulement les torts dont nous avons été victimes. Nous distinguons souvent les péchés du péché, de cette cible ratée, de ce non-ajustement d’avec la volonté de Dieu. Mais au fond, nous n’avons pas forcément besoin de connaître la liste exhaustive ou le détail des péchés de nos contemporains, pour dire à ces derniers que Dieu les pardonne. Les péchés, ce sont peut-être ce dont nos proches ou nos amis s’accusent, ces regrets qui empoisonnent leurs projets et leurs espérances. Qu’il s’agisse de « péché » au sens théologique du terme ou non, notre mission est ainsi d’affirmer, avec tact et confiance, que nos proches et amis sont pardonnés par Dieu.

Oui, même si ce n’est pas nous qui avons à pardonner, nous sommes les porte-paroles du pardon du Tout-Autre, du Tout-Amour. Nos contemporains ont bien plus besoin de ces mots que nous ne le pensons. Par solidarité et surtout par amour pour eux, annonçons-leur le pardon de Dieu. Partageons, par nos présences, nos gestes, mais bien aussi en paroles, transmettons cette offre de réconciliation, ce cadeau de la paix, ce nouvel élan de vie. L’Esprit qui nous permet de pardonner ceux qui nous ont offensés nous porte aussi pour proclamer le pardon de Dieu à toutes ses créatures bien-aimées. Amen.