Méditation

L’Esprit, brise imperceptible ou bénédiction transformatrice ?

Culte du dimanche 23 mai 2021 : Pentecôte
Prédication par le pasteur David Veldhuizen

Texte biblique : Actes des apôtres 2,1-11 et Évangile de Jean 15,26-27 et 16,12-15

Frères et sœurs,

Nous connaissons bien ce récit de la Pentecôte. Si l’on étudie un peu le texte, on constate que l’auteur des Actes des apôtres laisse plusieurs questions sans réponse. On peut se demander qui était présent dans ce lieu (les Douze, les 120, un autre effectif encore ?) et quel était ce lieu (une maison, une partie du Temple peut-être ?). On peut aussi s’interroger sur l’expérience vécue par les disciples : les comparaisons avec le bruit d’un violent coup de vent, et avec des langues ressemblant à du feu ne suffisent probablement pas à nous faire pleinement saisir ce qu’il s’est passé, ce qui a été ressenti. Autres questions : y a-t-il à distinguer entre les langues autres parlées par ceux qui venaient de recevoir l’Esprit, et les langues maternelles dans lesquelles les Juifs présents ce jour-là ont entendu et compris le message des disciples ? Et à quoi correspond l’énumération de 14 noms, comprenant sans logique apparente des noms de peuples, des noms de provinces romaines, de noms de régions, des catégories religieuses, etc. ? Des mystères demeurent donc après l’étude du texte.

Nous, d’une Pentecôte à l’autre, nous sommes amenés à mettre en valeur les parallèles entre ce récit et des traditions juives ou des histoires du Premier Testament. Pentecôte correspond en effet à la fête juive de Shavouot, fête de pèlerinage, d’où la présence de nombreux Juifs issus de la diaspora à Jérusalem, fête qui a deux significations. C’est ainsi une fête des prémices, qui précédait de sept semaines la fête des récoltes, temps d’espérance et de reconnaissance pour l’abondance à venir. Shavouot est aussi l’occasion de commémorer le don de la Torah, au mont Sinaï, après la sortie d’Égypte et de l’esclavage, dont la fête pascale marque le souvenir. La Torah, c’est une alliance pour vivre libre et digne.

La Pentecôte des premiers chrétiens peut résonner avec les deux significations de Shavouot. Comme des prémices dans un champ, ce qui a été planté par Jésus commence à germer et donnera d’abondants fruits plus tard. Comme la Torah, l’Esprit accompagne et guide celles et ceux qui suivent le Seigneur.

Au moins deux autres récits que l’on trouve dans la Genèse enrichissent notre compréhension de la Pentecôte. Il y a bien sûr le fait que la Bonne Nouvelle partagée dans de très nombreuses langues réponde à la tour de Babel, quand la diversité des langues a divisé les peuples. Mais il y a aussi cette promesse faite par Dieu à Abram en Genèse 12 : « Je te bénirai […] et tu seras une bénédiction. ». En effet, dans ce que dit Jésus à propos de l’Esprit, dans les extraits que nous avons entendu de son discours d’adieu rapporté par Jean, l’Esprit est celui qui « rendra témoignage », par et avec nous ; il nous « conduira dans toute la vérité » et « il glorifiera [le Christ] ».

L’Esprit est donc bénédiction pour nous, car en nous conduisant dans la vérité, il nous révèle comment Dieu nous voit : des créatures ayant de la valeur, dignes d’être aimées, et capables d’aimer à notre tour. Dieu a même donné son Fils par amour pour nous!

L’Esprit nous donne d’être bénédiction pour le monde, parce que malgré nos limites et malgré nous, nous sommes des instruments du témoignage. Nos paroles, nos gestes, nos attitudes : oui, l’Esprit est capable de transformer cela en partage de la Bonne Nouvelle.

Enfin, l’Esprit qui « glorifie le Seigneur » nous assure que Dieu est honoré comme il le mérite. Là où nos actes, nos chants et nos prières sont tellement imparfaits, l’Esprit vient en renfort, il vient transformer et illuminer notre louange.

Vous le voyez, à la Pentecôte, nous pouvons aussi nous réjouir de ce nouvel accomplissement de la promesse faite à Abram : l’Esprit est bénédiction pour nous, pour notre monde, et louange pour le Seigneur !

Frères et sœurs, doutiez-vous de l’importance de la Pentecôte ? Je viens de partager avec vous de nombreux éléments qui démontrent en quoi cette fête trouve plusieurs échos dans le contexte juif, qui est notamment celui des premiers chrétiens. Les mots de Jésus dans l’évangile de Jean nous rejoignent aussi dans nos cheminements existentiels. Pourtant, sentez-vous aujourd’hui le souffle de l’Esprit à l’œuvre ? Oui, je vous pose, je nous pose cette question : l’Esprit souffle-t-il ce matin, ou même ces dernières années, sur notre communauté réformée d’Annonay ?

Oh, la question ne vient pas de nulle part. Nous savons que les récits des Actes des apôtres racontant les débuts des églises chrétiennes comportent soit des enjolivements, soit des exagérations, mais l’idée d’une progression spectaculaire et irrésistible de la foi au Christ n’est pas discutable. Pendant près de 1500 ans, le christianisme a dominé l’Occident, dont notre société française. Cette ère est bien derrière nous. Aujourd’hui, certaines personnes invoquent une identité chrétienne pour exclure d’autres personnes. Ce n’est pas notre propos. Soulignons juste que confesser Jésus comme le Christ, Sauveur et Seigneur, est devenu le fait d’une minorité. L’Esprit a donc de quoi faire ! Encore une fois, en regardant notre paroisse d’Annonay, nous pourrions être tentés de nous demander si l’Esprit, justement, ne nous a pas abandonnés. Ou, pour le dire autrement, nous pourrions réclamer à Dieu de nous donner à nouveau ou davantage d’Esprit. Mais si nos bouches émettaient une telle requête, notre tranquillité aimerait bien, finalement, que cet Esprit fasse le bruit d’une légère brise, et que les langues sur nos têtes soient de petites étincelles, de minuscules LED. Car oui, une communauté un peu plus nombreuse, un peu plus jeune, nous en rêvons volontiers. Mais… mais voulons-nous vivre avec l’Esprit, « quoi qu’il en coûte », pour reprendre une expression pertinente de ces quinze derniers mois ?

Sœurs et frères en Christ, le problème, au fond, n’est-il pas justement celui-ci ? Le problème n’est-il pas que nous craignons que Dieu nous donne trop de son Saint Esprit ? Le problème n’est-il pas que nous ne lui laissons finalement pas assez de place dans nos vies et dans notre communauté ?

La Bible et l’histoire de l’Église, de l’Église invisible, celle qui dépasse nos dénominations et nos regards, oui, tout cela ne nous prouve-t-il pas la fidélité de Dieu ? Au cours des siècles, les réveils religieux ont été nombreux. Ces mouvements, très divers, ont souvent eu pour conséquence l’apparition de nouvelles dénominations ; surtout, ils ont pour point commun une place plus importante accordée à l’Esprit dans la vie des communautés qui étaient perçus comme déclinante, que ce soit en matière d’effectifs ou selon d’autres critères. Il y a une cinquantaine d’années, simultanément à une nouvelle émergence pentecôtiste, le renouveau charismatique, lui, a cherché à transformer les églises de l’intérieur, sans en créer de nouvelles.

L’Esprit est là. Nous n’en manquons pas, car Dieu accorde toute en surabondance : amour, pardon, vie… et donc Esprit. Ne réclamons pas à Dieu ce qu’il nous a déjà donné… mais que, peut-être, nous nous sommes empressés d’isoler, pour éviter que nos habitudes soient trop modifiées. Si nous ne percevons pas le souffle de Dieu, il nous est probablement nécessaire de faire silence. De lui faire de la place. De l’écouter. Très concrètement, prenons le temps d’évaluer notre vie de prière. Ce bilan personnel et aussi communautaire est-il à la hauteur de la foi que nous confessons ? Si nous affirmons que le Christ est le Seigneur de nos vies, pouvons-nous nous contenter de quelques minutes de prière quotidienne ou en début de réunion ? Le culte dominical suffit-il à irriguer chaque jour de la semaine ? Il ne s’agit pas de multiplier les prières, pour obtenir un surcroît d’amour ou d’Esprit. Mais de mettre en cohérence nos intentions et nos habitudes. Et cela, sans timidité, sans inquiétude, sans culpabilité. Car si l’Esprit nous transforme, et nous revenons ici au déploiement de la promesse faite à Abram, c’est pour nous bénir, c’est pour que nous fassions du bien à la Création, c’est pour que nous honorions Dieu. Ne craignons donc plus le violent coup de vent, ni les langues de feu. Au contraire, laissons le souffle enfin balayer nos immobilismes et nos scléroses, laissons le feu brûler ce qui nous encombre, illuminer et réchauffer nos vies, notre témoignage, notre église. Nous avons besoin de l’Esprit, laissons-le nous transformer. Amen.