Méditation

L’espérance, une porte que Dieu tient toujours ouverte vers de nouveaux possibles

Culte du dimanche 20 juin 2021
Prédication par Nadine Perrier

Textes bibliques : Ezéchiel 37,11-14 ; Habacuc 2, 1-4 ; Jérémie 29,11

Après ces vagues de contamination au coronavirus, après ces périodes de confinement puis de semi-confinement, nous voici au bout de ce que beaucoup appellent « la fin du tunnel » avec un assouplissement notable dans le port du masque et à partir d’aujourd’hui la fin du couvre-feu à 23h. Donc de quoi espérer ! Vous allez me dire : « Oui mais l’espérance c’est la spécialité des chrétiens » !

Facile à dire ! Mais voyons ce qui arrive à Ezéchiel et à Habacuc, eux aussi avaient foi en Dieu et pourtant, on ne peut pas dire que le moral est au beau fixe !

La vision terrible et extraordinaire durant une nuit, rapportée par le prophète Ezéchiel témoigne à mon sens d’une très grande désespérance chez cet homme. Et le sens de cette vision donné par Dieu lui-même qui redonne vie à des ossements montrer sa puissance. Et pour nous aujourd’hui ?

Est-ce que notre moral est au beau fixe ? A en croire les sondages pour beaucoup de Français, l’idée est de profiter au maximum de l’instant présent avant qu’une nouvelle vague arrive à l’automne !!! Alors comment ne pas se désespérer nous aussi devant la crise sanitaire, les menaces climatiques, sociales, humanitaires, terroristes, démocratiques qui sont toujours présentes ?

Et puis au-delà de ces grandes réalités, il y a les petits bobos, les petits soucis ou les grands bobos ou de grands soucis de tous les jours. Nous aussi nous devons faire face à au moins deux dangers :

Le premier, c’est le sentiment de toute puissance, penser que nous sommes invincibles, plus forts que tout et que rien ne peut nous atteindre.

Et le deuxième danger, à l’inverse, serait de tomber dans le défaitisme, le découragement, le déni, la nostalgie le désespoir.

Face à cela nous devons être prêt, prêt à faire l’effort, tous les efforts, intellectuels, étiques, spirituels et peut-être même physiques … Prêt à se mettre en route et accepter avec humilité notre place devant Dieu, accepter les conséquences de la liberté et prendre notre part de responsabilité mais ne pas se laisser accabler par les peurs ; nous devons être dans la nuance et pour cela tout remettre à Dieu pour que l’espérance surgisse quand tout nous parait mort et qu’il nous semble qu’il n’y a plus d’espoir.

A la manière d’Habacuc, autre prophète dont les propos nous sont rapportés dans la Bible. Habacuc est impatient, c’est urgent – Dieu doit répondre à ses demandes et comme Dieu prend son temps, il est en colère, il trouve ça injuste et en plus, ses demandes, voir ses cris vers Dieu qui n’ont pas d’écho, il ne supporte pas la frustration ; cette « attente de Dieu » devient insupportable pour lui, alors il s’effondre et il craque.

Pour nous également lorsque la déprime nous gagne, comment Dieu agira-t-il et quand ? Alors il est probable qu’on n’en sache rien et même qu’on ne voit pas l’issue mais on espère et on croit. Habituellement c’est l’amour qui nous ouvre à une autre temporalité mais Habacuc n’en n’est pas là, du fond de son trou il ne peut plus raisonner, il faudra que Dieu lui parle, lui parle de difficultés, de souffrance mais lui parle d’espérance. Le Seigneur lui dit : « Attend avec confiance même si c’est long » Il le rassure et lui dit clairement que le temps de Dieu et le temps des hommes n’est pas le même.

Pour nous aussi, dans les demandes que nous faisons, nous voudrions un résultat immédiat. Nous devons apprendre la patience et la persévérance pour être au bénéfice de l’espérance de l’intervention de Dieu.

Pour nous également cela suppose une veille constante comme va être obligé de le faire Habacuc. C’est ce que Dieu demande à Habacuc et c’est aussi ce qu’il nous demande. La réponse de Dieu viendra, mais le temps de Dieu et le nôtre n’est pas le même (même si c’est long !).

L’espérance doit nous faire tenir debout et rester devant Dieu. Dieu seul nous permet d’affronter toutes les difficultés sans panique ni effondrement mental. Mais attention, il n’est pas question, là de dire que nous pouvons avoir une vie désinvolte et Dieu pourvoira et nous tirera d’affaire….

L’espérance réclame du courage nous dit André Gounelle (professeur de théologie à la faculté de théologie de Montpellier).

A ceux qui sont aux prises avec des difficultés ou des peines je dis souvent « bon courage ». Vous le dite sans doute également. J’entends avec ces deux mots apporter une parole positive et encourageante. J’ai bien conscience d’employer une formule convenue, pourtant elle n’est pas moins sincère et exprime une foi, un élan pour aller de l’avant. Il est évident que nous sommes sensibles aux évènements dramatiques mais les petites choses du quotidien qui paraissent aller de soi peuvent aussi nous demander un effort : celui de surmonter la fatigue, la lassitude, la maladie, un handicap …

Ne pas se laisser aller et faire face demande du courage, un courage discret, modeste mais qui exprime un espoir, une confiance en Dieu. En effet la bible rattache le courage du croyant à la confiance en Dieu car Dieu bouge et essaye de nous faire bouger pour nous transformer. Cette dynamique suscite le courage de tenir bon et d’espérer mais aussi du temps. Dans les petites choses du quotidien comme dans les moments de grandes difficultés l’Homme n’est pas seul, il n’est pas laissé seul avec ses seules ressources mais il peut compter sur Dieu.

Souhaiter bon courage à quelqu’un, au-delà de la formule « toute faite » c’est lui dire que Dieu lui donne la force de faire face sans oublier que c’est Dieu qui amène les transformations qu’il veut pour nous et c’est également Lui qui fixe le temps.

C’est une parole tournée vers l’avenir que Dieu adresse au peuple d’Israël traumatisé, emmené de force en exil, par un roi mégalo, le roi Nabuchodonosor, assoiffé de conquête et de pouvoir. Là aussi c’est tout un peuple qui est en souffrance mais qui a une promesse d’espérance.

Voilà ce que Jérémie écrit de la part de Dieu dans sa lettre. « Les projets que l’Éternel a formés pour vous, sont des projets de paix et non de malheur, Je veux vous donner un avenir plein d ‘espérance ».

L’espérance est la ferme assurance que Dieu est fidèle et accompli ses promesses. C’est l’espérance qui nous fait avancer dans la foi, nous donne la certitude que nous aurons toujours la force de surmonter les épreuves qui ne nous sont pas épargnées. L’espérance nous permet de vivre libre, sans crainte ni angoisse de l’avenir. La présence de l’Esprit qui nous est donné procure cette paix intérieure, que l’espérance renouvelle et nous permet de tenir debout chaque jour pour profiter de ce bien précieux qu’est la vie, sans fuir le réel.

Amen.