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    25.12.2019 – Culte de Noël au temple avec Cène, par notre pasteur David Veldhuizen

    Lecture Biblique :
    Jean 1,1-18 NBS « La Parole est devenue chair »


    Frères et sœurs,

    * La parole, la vie, la lumière, un homme, un témoin, le monde…Les mots employés par l’évangéliste Jean sont courants, ce sont des mots de la vie de tous les jours…et pourtant, les phrases que nous venons d’entendre associent ces mots de telle sorte que nous devons vite nous rendre à l’évidence : nous voilà devant un mystère. Dès le premier verset, il est écrit que la Parole était auprès de Dieu, et qu’elle était Dieu. Notre logique humaine est déroutée, perdue, peut-être même mise en échec…Plus tard, la Parole est dite « dans le monde, le monde est venu à l’existence par elle, mais le monde ne l’a jamais connue ». Est-il possible de tenir toutes ces affirmations, qui, sans être contradictoires, résistent là encore à nos schémas habituels de pensée ?

    * Lorsque j’étais étudiant en sciences politiques, j’ai beaucoup entendu de la part des enseignants une citation de Nicolas Boileau, dans son Art poétique paru en 1674. Voici cette citation : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Si nous prenons au sérieux cette affirmation de ce poète, contemporain de Molière, nous pouvons en déduire que l’évangéliste Jean, bien qu’utilisant des mots simples et abordables, essaie de rendre compte de quelque chose de complexe, qui le dépasse, et plus généralement qui dépasse notre intelligence humaine.

    * En ce jour de Noël, début de la proclamation de la Bonne Nouvelle, ce prologue de l’évangile de Jean nous le rappelle : Jésus, vrai homme mais aussi vrai Dieu, demeure un mystère, et nos esprits aussi exercés soient-ils sont incapables de pleinement le comprendre, de pleinement le saisir. D’ailleurs, cette question de l’identité de Jésus est centrale dans l’évangile de Jean ; et cette quête, menée par des hommes et des femmes de situations très différentes, est aussi la nôtre aujourd’hui. Car si l’on peut nommer en quelques mots ce que nous fêtons à Noël, que l’on utilise le terme un peu technique d’incarnation ou que l’on dise que Dieu, le tout-Autre, le Créateur, est venu au plus proche de nous, dans une chair identique à la nôtre, dans la fragilité d’une naissance comme dans une mort scandaleuse et méprisable sur une croix de brigand, si l’on peut donc approcher par des mots ce que nous fêtons à Noël, il est autrement plus difficile d’exprimer et de partager vraiment la signification et la portée de l’événement.

    * Nous rappelons souvent que l’événement de Noël est universel ; la Nativité racontée par les évangélistes Luc et Matthieu le démontre. Ce que l’on ressent peut-être davantage chez Jean, c’est que l’événement de Noël est éminemment singulier, intimement personnel. Personne n’est exclu de ce que Dieu a accompli en nous rejoignant de notre humanité, mais chacun est touché différemment, chacun est appelé à emprunter lui-même le chemin ouvert par ce mystère. « Oui, qui est Jésus pour moi » ? Que signifient ses noms, Dieu sauve et Dieu avec nous, pour ma foi ? En quoi ma vie est-elle différente de cette naissance, il y a un peu plus de deux mille ans ?

    * « Au commencement était la Parole ; la Parole était auprès de Dieu ; la Parole était Dieu. » « La Parole était la vraie lumière. » « La Parole est devenue chair » Autant d’expressions pour signifier plusieurs idées.
    - D’abord, avec une évocation évidente de la Genèse, que c’est par la parole que Dieu a créé le monde. Peu après, c’est à l’humain qu’il sera donné de nommer son environnement. D’une masse confuse, Dieu puis l’être humain distinguent des éléments et leur attribuent des noms différents. Il y a donc les paroles originelles, les paroles devenues ordinaires, et puis il y a Jésus, la parole par excellence, capable de renouveler la vie de chacun.
    - Ensuite, la parole est lumière ; cela ne veut pas dire qu’il ne demeure pas de ténèbres dans le monde, mais cela signifie qu’il est possible de s’orienter, de trouver une direction, un sens, et de s’y tenir. Oui, la lumière donne sens à ce qui nous entoure, la lumière permet de choisir, la lumière est constitutive de notre liberté et de notre responsabilité. Dans les ténèbres, tout est équivalent, alors qu’avec ne serait-ce qu’une petite bougie dans une cathédrale gigantesque, il est possible de choisir un chemin, vers cette bougie ou dans une autre direction. Le ministère du Christ n’a duré que peu de temps, et pourtant, son enseignement et son exemple constituent des repères fiables depuis des siècles à travers le monde.
    - Enfin, la parole est devenue chair. Oui, celui qui nous a créés, celui qui nous a donné notre capacité d’agir et de choisir, celui-là est venu ressentir ce que c’était que d’être humain. Oh, non pas par simple curiosité, mais bien par amour, pour que nous saisissions à nouveau les possibles de nos existences. Oui, si la parole est devenue chair, c’est d’abord pour nous, pour toi, pour moi.

    * La parole est devenue chair, c’est donc que notre corps, avec toutes ses fragilités, toutes ses souffrances, toutes ses limites, y compris sa finitude, oui, notre corps dans ce monde est compris par Dieu. Si l’incarnation échappe à notre compréhension, la naissance de Jésus signifie que dès notre origine et dans nos moments les plus délicats, Dieu est présent, aimant, bienveillant.

    * La naissance du Christ bouscule donc toutes les représentations que nous pouvons nous faire. Je ne sais pas si à notre époque nous sommes capables de formuler ensemble une vision du cosmos qui nous soit consensuelle, mais dans nos tentatives, notre place et celle de Dieu seraient certainement définies avec des critères spatiaux. Or ces repères ne fonctionnent plus avec le mystère de la naissance de Jésus. Nous ne sommes plus dans une représentation verticale du monde, avec Dieu au ciel et les humains sur terre essayant de rejoindre le ciel. Nous ne sommes pas non plus dans une représentation horizontale, dans laquelle le monde n’aurait pas d’autre vis-à-vis que lui-même, dans laquelle la parole ne serait jamais celle d’un autre, étranger, étrange. D’un autre inassimilable, d’un autre radicalement différent. C’est le contraire : Dieu se donne depuis le monde lui-même, depuis le cœur du monde. Il est une simple Parole au cœur du monde.

    * Cette Parole, rappelons-nous ce qu’écrit Jean, cette Parole est créatrice, et nous sommes co-créateurs avec Dieu. C’est aussi une Parole lumineuse, qui nous permet de nous situer et surtout de nous orienter. C’est enfin une Parole faite chair, c’est-à-dire qui dit la présence et l’amour de Dieu ici et maintenant, pour chacun. Parole qui s’adresse à nous comme à un nouveau-né, aux puissants comme aux pauvres, aux remplis de certitudes comme à ceux qui doutent de tout, aux brillants comme aux faibles...Parole qui s’adresse à tous, mais que seuls quelques-uns entendront. Ceux, peut-être, qui ne se laisseront pas détourner par ce qu’ils sont déjà. Ceux qui ne s’accrochent pas à une norme, à des certitudes, à des exigences...mais ceux qui savent qu’ils n’ont rien, au fond, quand ils se tiennent devant Dieu, rien entre eux-mêmes et Dieu, rien qui vienne faire obstacle entre eux et Dieu...

    * C’est ce que Jésus appelle ailleurs dans notre Bible « être pauvre en esprit ».
    - Être pauvre en esprit, c’est, d’abord, savoir qu’on a besoin de Dieu. C’est savoir que Dieu viendra se manifester comme une part étrange en nous, un étrange étranger, comme ce qui habite notre mémoire depuis toujours, une parole qui nous visite. Une parole tellement connue...et pourtant inconnue, étrangère et en même temps très proche.
    - Être pauvre en esprit, c’est aussi savoir que Dieu ne va pas remplir, comme ça, le besoin qu’on a de lui. Mais qu’il va venir bouleverser toutes nos catégories, toutes nos normes, toutes nos normalités, pour faire de nous ses enfants.
    - Recevoir la lumière de Dieu, c’est se savoir pauvre en esprit, et laisser Dieu nous éclairer. C’est une préoccupation qui remplit nos vies, mais qui curieusement les allège.

    * C’est fait, Dieu est né dans ce monde. Nous le disons aujourd’hui, nous le réaffirmons tous les jours. Dieu est né dans ce monde, Dieu est lumière du monde !
    - C’est fait, les ténèbres ne seront plus jamais les mêmes, parce qu’une lumière y luit et ne s’éteindra pas.
    - C’est fait, Dieu est venu.
    - C’est fait, Dieu est venu pour vous, chez vous, là où vous l’attendiez, ou là où vous ne l’attendiez pas.

    * Le Sauveur du monde, ce petit Jésus tout petit dans sa crèche, mais Sauveur immense qui vient bouleverser l’ordre du monde, le Sauveur du monde est venu. Il vient. C’est Noël ! Amen.

    [Des passages de la fin de cette prédication, ont été empruntés à la pasteure Pascale Renaud-Grosbras.]





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