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    17.11.2019 - Culte commun avec l’EELibre à la Maison de Retraite Protestante...

    ...par notre pasteur David Veldhuizen.

    Luc 21,5-19 = 2èmeversion de la Bible Français Courant « Captifs, accompagnés, témoins »

    * Quelle semaine ! Lundi, nous nous souvenions de la Première Guerre Mondiale, dont l’armistice a été signé il y a 101 ans ; mais le même jour, nous nous sommes interrogés sur la solidité de nos bâtiments et de nos sources d’énergie après le séisme qui a secoué notre région. Mercredi, nous faisions mémoire des attentats en région parisienne dans différents lieux de divertissements, il y a quatre ans. Et jeudi, ce sont les chutes de neiges, prématurées, spectaculaires et causes de dégâts, qui ont retenu notre attention. Les événements que j’ai mentionnés ont plusieurs points communs.
    - Le premier, c’est qu’ils font écho, toutes proportions gardées, aux conflits, aux « tremblements de terre », aux « signes impressionnants venant du ciel » énumérés par Jésus dans sa prise de parole, devant le temple de Jérusalem, à quelques jours de l’événement de Pâques. Nous y reviendrons bien sûr. Nous pouvons aussi penser aux persécutions subies par les chrétiens, parfois moqués en France, mais vraiment attaqués dans d’autres pays, comme l’Algérie, l’Iran, la Corée du Nord...
    - Le deuxième point commun de ces événements, c’est peut-être leur brutalité, leur violence, qu’ils soient d’origine naturelle ou dus à la bêtise humaine. Un tremblement de terre, un attentat, une guerre, cela évoque tout de suite en nous des images fortes, des images pourtant traumatisantes, puisqu’elles nous renvoient à la fragilité, à la souffrance, à la mort. Ces images sont blessantes voire pire. Sur la route, quand nous passons à côté de véhicules accidentés, nous sommes tellement curieux de savoir ce qu’il s’est passé que nous prenons le risque de provoquer un sur-accident. Devant nos écrans, et en particulier devant les chaînes d’information en continu, notre capacité à passer à autre chose est très réduite. En effet, ces scènes et images nous attirent, elles nous fascinent, elles nous captivent. Retenez ce terme : captivés, en captivité donc, sans liberté.

    * Le phénomène n’est pas nouveau. Pour prendre un peu de distance avec nos expériences personnelles, nous pouvons par exemple lire les textes d’un évêque nord-africain du quatrième siècle, Augustin. Dans ses Confessions, il raconte comment son ami Alypius est fasciné, comme beaucoup d’autres, par les jeux du cirque : les combats de gladiateurs, les combats contre des bêtes sauvages… Un jour, présent à contrecœur sur les gradins d’une arène, Alypius avait souhaité ne pas regarder. Mais il n’arrive pas à résister quand un spectateur pousse un cri, alors qu’un combattant est blessé. Son regard est dirigé vers le combat. Son attention a été saisie, accaparée, capturée. Elle ne lui appartenait plus. En quittant les jeux, Alypius est sain de corps, mais son âme est blessée.

    * Revenons encore un peu en arrière, cette fois-ci au premier siècle, en Palestine occupée. Le temple de Jérusalem, bâti par Salomon puis détruit, était en fin de rénovation au temps de Jésus.
    - Ce lieu sacré pour les Juifs est signe de la présence de Dieu dans le monde. C’est là que les Juifs peuvent lui rendre leurs louanges et leurs sacrifices les plus solennels. Pour les premiers chrétiens, qui étaient avant tout des Juifs, des Juifs qui avaient reconnu Jésus comme le Messie attendu, mais des Juifs qui n’avaient pas changé de religion, le temple demeurait un élément fondamental de leur foi. Or en l’an 70, suite à une révolte des Judéens, les Romains ont détruit le temple. Quand Luc met par écrit son évangile, cet événement a déjà eu lieu, et il est important pour lui de rappeler les paroles de Jésus sur le sujet. Ce drame a en effet profondément bouleversé les Juifs, qu’ils aient confessé Jésus comme le Christ ou non. Pour beaucoup, c’est comme la fin d’un monde. Le Messie est venu, il est mort et ressuscité, et voilà maintenant que le temple disparaît alors que le Christ n’est pas revenu dans sa gloire. Tout cela, c’est inconcevable pour les auditeurs de Jésus, qui entendent ces paroles mais ne peuvent bien sûr pas y croire. Après l’an 70, ce n’est plus une prophétie, mais une réalité d’une violence inouïe sur les plans physique mais surtout symbolique et spirituel. Et là encore bien sûr, le phénomène de « captivation » et de stupéfaction fonctionne.

    * Mais les paroles de Jésus ne se limitent pas à emmener ses auditeurs devant ces scènes de désolation qui pourraient nous aliéner, nous emprisonner. Jésus nous propose aussi des mots de réconfort (« ne vous effrayez pas », « je vous donnerai moi-même des paroles et une sagesse telles qu’aucun de vos adversaires ne pourra leur résister », « pas un cheveu de votre tête ne sera perdu », et « c’est par votre persévérance que vous sauverez votre vie »).
    - Surtout, il nous aide à être vigilants. Quand la confusion règne, les faux prophètes prospèrent. Il s’agit donc de ne pas nous détourner de ce que la Parole de Dieu nous enseigne, de ce que la prière et le partage communautaire nous confirment, par l’Esprit Saint. Le danger est double : nous laisser aveugler par les catastrophes comme si ces dernières nous définissaient et nous écrasaient, ou nous laisser séduire par des guides prétendant parler au nom du Christ.

    * En effet, pour les chrétiens, le Christ suffit. Pas besoin d’autres êtres humains pour vivre, pour vivre en vérité devant Dieu. Nous avons besoin de frères et sœurs en humanité et dans la foi pour recevoir leurs témoignages, nous avons aussi besoin d’eux pour continuer notre cheminement, pour participer à l’avancée du Royaume, mais aucun d’eux ne peut refonder ou renouveler notre relation à Dieu. Le Christ est venu, il est mort, il est revenu à la vie, il nous a donné son Esprit, comme promis. Encore une fois, cela suffit, pour toutes et tous, en tous temps : ni nouveau grand prêtre, ni nouveau prophète, ni nouveau roi ne sont ni nécessaires ni légitimes.

    * Les épreuves peuvent être considérables, elles peuvent être devant nous, terribles, effrayantes. Pourtant, dans un tel contexte, il nous est donné de témoigner. Il ne s’agit alors pas d’être à l’aise dans nos paroles, d’être convaincants par nos arguments, d’être performants sur tous les réseaux de communication. Jésus l’affirme : l’Esprit Saint qu’il annonce alors suffira lui aussi à notre témoignage. Ne nous inquiétons donc pas sur nos aptitudes, mais réjouissons-nous : dans les temps difficiles, nous devenons serviteurs d’une bonne nouvelle venant de Dieu pour notre monde. Oui, nous pouvons rappeler et démontrer par notre espérance et nos actes que Dieu est présent à nos côtés et qu’il n’abandonne pas sa Création bien-aimée. Nous pouvons faire rayonner l’amour de Dieu dans les ténèbres de notre temps.

    * En parlant de notre temps… Il est nécessaire d’évoquer la dernière tentation qui peut être la nôtre quand nous entendons ces phrases de Jésus, qui sonnent comme des prophéties.
    - Cette tentation, c’est d’ailleurs celle des disciples et de multiples croyants à travers les siècles.
    - Cette tentation, c’est de vouloir connaître le calendrier : celui du retour du Christ bien sûr, mais aussi celui des troubles qui devraient en constituer les signes précurseurs.
    - Nous aimerions probablement nous rassurer en nous persuadant qu’après certaines souffrances, le réconfort complet serait imminent, en nous persuadant que notre persévérance d’aujourd’hui sera rapidement récompensée. Car nous sommes encouragés à tenir bon, à tenir fermes…Nous entretenons l’illusion qu’en connaissant la date des temps derniers, notre aujourd’hui sera plus supportable. Or les évangiles sont très clairs : nous ne pouvons savoir ni le jour ni l’heure, et ces événements viendront au moment où nous nous y attendrons le moins.
    - Cela fait près de deux mille ans que les chrétiens oublient cette prudente recommandation et analysent les drames qui déchirent l’humanité comme étant des signes de l’imminence du retour du Christ.
    - Cela fait près de deux mille ans que nous vivons avec cette tentation. C’est pourtant une quête impossible, une perte de temps, un détournement de notre intelligence et de nos efforts qui devraient être pleinement engagés dans notre aujourd’hui, à la suite du Christ, de son enseignement et de l’exemple de ses actes.

    * Frères et sœurs, il n’est pas question d’ignorer les souffrances de la Création et de notre humanité. Elles sont nombreuses et nous concernent directement. Nous pouvons nous y intéresser, car nous pouvons intervenir au nom de l’amour de Dieu. En effet, demandons à l’Esprit Saint de nous donner la force pour que notre fascination et notre stupéfaction à l’égard des violences restent temporaires, qu’elles ne deviennent jamais un esclavage.
    - Demandons à l’Esprit Saint de nous donner la sagesse de suivre fidèlement le Christ.
    - Demandons à l’Esprit Saint de nous accorder la paix, l’espérance et l’amour pour faire vivre par notre témoignage dès aujourd’hui et sans angoisse pour demain, le Royaume de Dieu dans notre monde. Amen.





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