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    03.11.2019 - Prédication de David Veldhuizen à l’Espace Marie Durand, 1 rue de l’Hôtel de Ville

    Luc 19,1-10 NBS - « Regarder le Christ à travers Zachée »

    Frères et sœurs,

    * L’histoire de Zachée fait partie de ces concentrés de la Bonne Nouvelle, comme l’épisode de Jésus avec la femme accusée d’adultère, au chapitre 8 de l’évangile selon Jean. Ici, en moins de 200 mots, l’essentiel est présenté, de façon très concrète, accessible à tous. Cela en fait un excellent texte pour parler de l’Évangile avec quelqu’un qui ne connaît pas la foi chrétienne. C’est aussi un passage obligé de l’école biblique ou du catéchisme avec des enfants. Mais à force de répétitions, d’habitude voire de paresse, les croyants qui ont entendu cet épisode sont amenés, bien inconsciemment, à l’appauvrir. En effet, nos raisonnements humains simplifient volontiers les mécanismes de causes à effets, les réactions causes-conséquences. Cette histoire, comme son message prioritaire, peuvent en être victimes.

    * Avez-vous remarqué d’abord le nombre d’informations dont nous disposons sur l’un des personnages principaux du récit ? Nous connaissons son nom – ce n’est pas souvent le cas dans les Évangiles –, un nom qui est soit une formule contractée de Zacharie, « Dieu s’est souvenu », soit dérivé d’une forme hébraïque signifiant « celui qui est pur ». Nous connaissons son lieu de résidence et de travail, Jéricho, une ville importante à la frontière entre deux régions, l’une administrée directement par les Romains, l’autre dépendant d’Hérode, vassal des Romains. C’est donc un lieu de passage important, et, zone frontière oblige, une ville avec un poste de péage pour que les taxes soient payées. Nous savons que Zachée est le chef des collecteurs d’impôts de la ville, à la fois une fonction d’influence, et une cause de profond mépris pour la population juive : les collecteurs d’impôts participent à l’oppression romaine comme des collaborateurs traîtres aux intérêts de leur nation. Nous savons qu’il est riche. Et nous savons aussi qu’il est de petite taille. On peut ajouter que l’homme semble curieux. Beaucoup d’informations donc, comme s’il ne fallait s’intéresser qu’à Zachée !

    * Notez que l’auteur de l’Évangile juxtapose la fonction et la richesse de Zachée, sans nous dire explicitement si Zachée est le chef parce qu’il est riche et qu’il a donc pu s’acheter cette charge, ou s’il est riche parce qu’il collecte les impôts et en détourne significativement à son profit. Si nous éprouvons une certaine méfiance culturelle envers la richesse, si nous disposons de quelques connaissances sur les systèmes de rémunération à l’époque antique, nous trouvons déjà un motif pour condamner Zachée. Mais en procédant ainsi, nous nous faisons les égaux de la foule qui méprise l’homme et critique Jésus pour son séjour chez lui.

    * Quelques mots sur la rencontre au pied de l’arbre. Vous avez noté que Jésus appelle Zachée par son nom, alors qu’il ne le connaît pas. Or son nom, comme je vous l’ai indiqué, peut avoir deux significations, toutes deux très positives : « Dieu s’est souvenu » ou « celui qui est pur ». Non seulement Jésus montre ainsi qu’il vient de Dieu, notre Créateur, qui nous connaît chacune et chacun par notre nom, par tout ce que nous sommes, mais le Christ annonce déjà à Zachée qu’à ses yeux, il est d’abord défini par son humanité devant Dieu, et non par sa profession ou sa réputation. Or cette annonce d’un regard d’amour et de bienveillance précède tout geste ou toute parole de Zachée. Dans cette scène, comme je le disais « concentré de l’Évangile », il y a la nomination, acte de Création, acte d’amour, il y a la grâce à l’œuvre.

    * Rejoignons maintenant Jésus dans la maison de Zachée. L’hôte est debout, indice d’une prise de parole lors d’un repas. L’hôte est debout, déjà, y compris devant Jésus. Et voilà qu’il indique, au présent : « Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j'ai extorqué quoi que ce soit à quelqu'un, je lui rends le quadruple. » Nous avons l’habitude de considérer cette annonce comme conséquence de la conversion de Zachée. Mais Zachée parle au présent, un présent de l’habitude. Peut-être se défend-il ici de tout ce dont il est accusé à tort. Peut-être est-il en effet extrêmement généreux et solidaire, et peut-être est-il vraiment honnête, réparant les torts qu’il pourrait commettre bien davantage que la loi ne le demande. Là encore, nous avons coutume de considérer que le voleur, l’escroc, se repent et s’amende de lui-même. Peut-être est-ce le cas. Mais ce n’est pas aussi sûr que nous le pensons. Le texte ne nous permet pas de trancher : était-il un pécheur méprisé, ou un juste incompris et même calomnié ?

    * Un dernier focus sur le texte. Jésus répond aux paroles de Zachée en trois temps. Il affirme d’abord l’aujourd’hui du salut. Zachée est-il sauvé parce qu’il a annoncé un changement de comportement ? Non, Zachée est sauvé parce que ce jour-là, il a été appelé par Jésus et il l’a reçu chez lui, avec joie. Jésus souligne ensuite que Zachée appartient bien au peuple de Dieu. Qu’il ait été un escroc ou non, qu’il collabore ou non avec l’occupant, Zachée est aussi un descendant d’Abraham, comme nous-mêmes d’ailleurs, et à ce titre, il est héritier des promesses que Dieu a faites, à Abraham, à Moïse, aux prophètes. Oui, Zachée appartient à cette humanité à qui un envoyé de Dieu est donné, pour une réconciliation pleine et éternelle. Mieux même, Zachée reçoit ce jour-là le Messie annoncé par les prophètes, que tant d’autres rejetteront. Enfin, Jésus rappelle la mission qui est la sienne : « chercher et sauver ce qui était perdu ». La formule est magnifique, elle ne pose aucune barrière. Tout ce qui est perdu est recherché par le Seigneur, tout ce qui est perdu peut être sauvé par le Christ. C’est une rencontre à accepter, une invitation à recevoir, une Bonne Nouvelle pour soi et pour le monde.

    * Souvenons-nous de cela si nous devions un jour raconter cette histoire de Zachée à quelqu’un qui ne la connaîtrait pas. Ce qui compte, dans ce récit, c’est davantage l’action de Jésus que la situation de Zachée. Comme je vous le disais, nous avons tendance à appauvrir cette rencontre en la résumant à une question de repentance, de conversion. Nous l’appauvrissons, car si le texte permet une telle interprétation, elle n’est certainement pas la plus évidente. Encore une fois, ce ne sont pas les paroles de Zachée alors qu’il accueille Jésus qui sont importantes, mais le fait que Jésus soit allé à sa rencontre, en dépit de tout ce qui était prévisible et surtout convenable. Jésus s’est invité à la dernière minute à la table du rejeté. Une pasteure américaine (Nadia Bolz-Weber) emploie d’ailleurs une mise en garde intéressante que je partage avec vous : « Souvenons-nous qu’à chaque fois que nous traçons une frontière entre nous et d’autres personnes, Jésus se trouvera de l’autre côté que nous. »

    * Oui, nous qui voudrions nous considérer comme justes, nous qui n’aurions aucune difficulté à nommer telle ou telle personne qui aurait bien besoin de se repentir, de changer complètement, de se convertir, nous ne valons pas mieux que celles et ceux qui ont critiqué Jésus en son temps. En fait, notre bien-pensance avec sa morale et sa capacité d’exclusion nous rendent finalement aussi méprisables que celui qui collabore avec l’occupant.

    * La Bonne Nouvelle, c’est que le Christ vient à notre rencontre, pour nous appeler par notre nom, pour s’inviter chez nous, pour que nous le recevions avec joie. La Bonne Nouvelle, c’est que nous ne sommes pas condamnés à rester des justes à nos yeux ; la Bonne Nouvelle, c’est que Jésus nous rend vraiment justes, il nous redonne nos droits à l’héritage promis au peuple élu, il fait de nous des témoins de la grâce accordée en surabondance. Ne prenons ni la foule ni Zachée comme exemples, mais rendons-nous disponibles pour une nouvelle rencontre avec le Sauveur, pour une nouvelle rencontre avec le Christ. C’est lui, et uniquement lui, qu’il convient de rechercher. Amen.





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