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EGLISE PROTESTANTE UNIE DE FRANCE ANNONAYMardi 12 Novembre 2019Contact:
 
MEDITATION
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    Prédication du dimanche 13.10.2019 par notre pasteur David Veldhuizen

    Luc 17,11-19 NBS « Guéri, reconnaissant, converti »

    * Ouf, un peu de répit ! J’ai bien fait d’entrer ici, alors que mes voisins, mes amis, même ma femme et mes enfants me dévisageaient avec insistance, alors qu’ils ne faisaient que de me poser des questions sans que j’ai le temps d’y répondre…Oui, tout est allé si vite…Et je sens que je vais devoir raconter ce qu’il s’est passé un certain nombre de fois…Il va peut-être falloir que je m’entraîne…Vous avez l’air bien attentifs, ici…écoutez, je vais vous raconter ce qu’il m’est arrivé…,enfin je vais essayer, et comme ça je pourrais déjà mettre mes idées au clair, et puis vous pourrez ensuite m’aider à en parler.

    * Alors d’abord, on ne se connaît pas. Moi, je m’appelle Hézer. J’habite Sychar, près du mont Garizim. Vous savez, cela fait partie de la Judée, occupée par les Romains, c’est au nord de Jérusalem, à l’ouest du Jourdain. Il y a longtemps, c’était dans le territoire de la tribu de Manassé.
    - Après Salomon, cela faisait partie du royaume du Nord, d’Israël. Deux siècles plus tard, ce sont les Assyriens qui sont arrivés. Ils ont déporté toute la population. Toute la population ? Presque toute, en fait. Certains ont pu rester, ce sont mes ancêtres. De nombreuses générations se sont succédé avant que les descendants des déportés, des exilés, ont commencé à revenir. Et les problèmes n’ont pas cessé depuis - Nous, les Samaritains, nous croyons que nous sommes demeurés fidèles à la religion et au Dieu de nos pères ; mais ceux qui sont revenus nous accusent d’être des païens, ils nous méprisent, ils refusent que nous puissions monter au Temple, à Jérusalem. Pour eux, nous ne sommes pas des vrais Juifs. Pourtant, comme je le disais, nos ancêtres ont adoré et prié le même Dieu, celui qui nous avait fait sortir d’Égypte, mais aussi celui de nos patriarches. Pourtant, nous aussi, nous cherchons le Seigneur, nous essayons de vivre selon la Torah, nous pratiquons le sabbat, et la circoncision. Nous aussi, nous attendons le Messie. Et moi je pense que c’est lui que j’ai rencontré, et que tout a changé…Mais attendez, je vais trop vite.

    * Donc je m’appelle Hézer, je suis un Samaritain ordinaire, avec une famille, un métier…Mais un jour, mes bras se sont recouverts de marques, ma peau a changé d’aspect, on a appelé ça la lèpre, même si tous ceux que l’on appelle lépreux ne présentent pas les mêmes symptômes. Ça a été une catastrophe, car selon la loi de Moïse, j’étais impur ; le sacrificateur de Sychar a alors accompli un rituel, un peu comme des funérailles, alors que j’ai été exclu de ma maison, de mon village. Je risquais de contaminer les autres, de les rendre à leur tour impurs.

    * Pendant quelques jours, j’ai erré dans cette région proche de la Galilée. Je me tenais à distance des chemins, bien sûr. C’est comme ça que j’ai rencontré d’autres lépreux. J’ai vite été admis dans ce groupe. Il n’y a pas d’associations pour nous aider, en conséquence, entre exclus, c’est un peu moins difficile si on se sert les coudes ! Tous n’étaient pas Samaritains, loin de là. Beaucoup étaient de ces Juifs qui autrement auraient tout fait pour m’éviter. Mais finalement, nous avons vécu un certain temps ensemble.

    * Pendant ce temps commun, j’étais en situation de minorité, comme un étranger. J’ai pu m’interroger sur ce qui me distinguait d’eux. C’est souvent dans ce qui semble normal et évident à la majorité que réside le lieu de notre différence. Quand on ne fait pas comme les autres, on prend l’habitude de réfléchir sur tout ce que nous faisons, non pas pour savoir qui a raison, mais pour nous rappeler le sens de chaque geste, le sens de ce que nous vivons aussi. Bref, ça vous explique peut-être comment je raisonne, mais maintenant mon histoire n’avance pas…

    * Comme je vous le disais, cela faisait plusieurs mois, plusieurs années pour certains, que nous vivions dans ce groupe à l’écart des autres, loin de nos vies d’avant, sans trop d’espoir d’ailleurs de retrouver nos familles, nos terres, nos activités…Même si nous ne pouvions pas nous mêler à celles et ceux dont la peau est d’apparence normale – mais sont-ils vraiment plus purs que nous ? - même malgré cela, nous savions quand même ce qui agitaient les villages ; nous entendions parler de certains prophètes, des réactions contrastées que suscitaient les enseignements de certains rabbins et prédicateurs, nous étions aussi attentifs quand quelqu’un semblait opérer des guérisons dans la région : c’étaient bien sûr des gens que nous devions essayer d’approcher et d’apitoyer !

    * Et donc il y a quelques jours, c’est ce Jésus de Nazareth que la rumeur annonçait. Nous nous sommes mis en route dans l’espoir de le rencontrer. Et c’est en effet à l’entrée d’un village de la région que nous l’avons vu. Oh, nous savions bien quelle était notre place, nous ne nous sommes pas précipités vers lui, mais nous avons crié. Il nous a entendus. Et là, il nous a donné un ordre qui, en y repensant, était franchement bizarre. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi nous avons obéi.
    - Était-ce parce que nous n’avions rien à perdre ?
    - D’où nous est venue cette sagesse d’accomplir quelque chose d’à priori absurde ? Car figurez-vous que ce Jésus nous a dit d’aller voir les prêtres pour qu’ils constatent que nous étions guéris, purs, et donc dignes de rentrer chez nous. Mais quand il nous a dit cela, nous n’étions pas guéris ! Nous avions toujours les marques de la maladie sur nos peaux, les souffrances dans nos chairs… - - Et pourtant, donc, nous n’avons rien objecté, nous nous sommes mis en route sur la foi de cette seule parole, d’un homme certes charismatique et précédé par la rumeur, mais qui n’avait rien fait encore pour que nous lui accordions une telle confiance…
    - C’est seulement alors que nous avions déjà parcouru du chemin depuis l’entrée du village que nos peaux sont redevenues saines, que nos souffrances se sont estompées, que nous avons été purifiés. Les autres, quand ils s’en sont rendu compte, ils ont pressé le pas, ils étaient tellement impatients d’arriver devant le prêtre, tellement impatients de faire reconnaître leur guérison, tellement impatients de vivre le rituel de réintégration prévue par la Loi – encore une fois, nous avions été lépreux mais nous restions attachés à nos règles religieuses, tellement impatients de retrouver leurs familles, surtout, que cela a du se finir en course.
    - Je ne sais pas bien, car moi je me suis séparé du groupe ; cela devait arriver de toute façon, car je devais être examiné par un prêtre samaritain, les Juifs n’auraient jamais accepté que je sois des leurs une fois guéri. Je me suis séparé du groupe car en marchant, je me suis dit que cette guérison n’était pas l’œuvre d’un guérisseur comme il en existe plusieurs, mais que celui-ci devait venir de Dieu. J’ai été bouleversé car il n’avait fait aucune distinction entre nous : il nous avait tous guéri, parce que nous lui avions fait confiance, alors que j’étais Samaritain et les autres non, alors que je suis revenu vers lui et les autres non. Peut-être l’ont-ils fait après, je ne sais pas. Par contre, alors même que j’étais pressé de retrouver les miens, deux choses m’ont paru indispensables, urgentes, prioritaires. Il fallait que je lui dise merci, et que j’en sache davantage.

    * Alors j’ai fait demi-tour. J’étais tellement heureux de ce miracle, de cette vie qui redevenait profondément belle, pleinement possible, que je louais Dieu à haute voix, je priais, je chantais. J’ai fini par revenir à mon point de départ. Jésus était encore là. Je me suis approché et je me suis prosterné, pour lui dire que je me sentais infiniment redevable pour ce que sa guérison m’offrait, et que je le reconnaissais aussi comme venu de Dieu, car seul Dieu peut aimer autant. Je lui ai dit merci. Et par sa grâce, alors que j’aurais pu rester sur ce semblant de rencontre, avant d’être guéri, par sa grâce, nous avons alors fait connaissance. Une relation a pu naître.
    * Comme je vous le disais, je me sentais infiniment redevable envers lui, mais il n’avait pas fini. Alors que j’étais méprisé car Samaritain, rejeté car lépreux, voilà qu’il a dit à ceux qui l’entouraient que mon attitude était remarquable. Les neuf autres lépreux n’avaient pas démérité, ils avaient fait confiance à l’ordre donné, et respectaient scrupuleusement tant cette ordonnance verbale que les règles religieuses de Moïse. Mais apparemment, parce que j’avais eu cette possibilité de prendre du recul, de discerner dans cet événement la marque de Dieu, que j’avais ressenti comme prioritaire la nécessité de rendre grâces et d’en savoir davantage, pour tout cela, Jésus m’a proposé comme exemple à celles et ceux qui le suivaient. Il m’a aussi relevé et transformé par ces quelques mots : « Lève-toi et va ; ta foi t’a sauvé » Du coup, j’ai repris mon chemin, et avant d’arriver ici, je me suis rendu compte que le plus important n’était peut-être pas de quoi j’ai été guéri, ni comment, mais l’amour du Christ et ce que ça change de lui faire confiance et de le reconnaître comme maître de ma vie.

    * Voilà, c’est mon histoire. Je ne sais pas si vous avez vécu des situations proches de la mienne, mais je tiens à partager avec vous ces dernières observations :
    • être différent de la majorité de la société peut se révéler une chance, parce que cela nous habitue à nous questionner, et à prendre conscience de l’action de Dieu dans nos vies ;
    • quels que soient nos problèmes, nous pouvons aller de l’avant en obéissant avec confiance aux appels du Seigneur ; lui peut accomplir des miracles, mais il a besoin que nous le croyons pour cela ;
    • et dire merci à Dieu pour tout ce qui nous est donné est déterminant pour que notre relation dépasse la superficialité, pour que Dieu vienne habiter dans nos vies et les transforment en profondeur.

    * Merci de m’avoir écouté, je pense qu’il est temps maintenant que je raconte tout cela à ceux qui sont heureux de me retrouver. J’ai tellement envie de revivre, mais surtout de partager cette rencontre avec le Christ ! J’aurais bien plus de joie à leur faire approcher cet amour du Christ qu’à leur montrer mon corps guéri comme si j’étais une bête curieuse…
    Que Dieu me soit en aide pour cette nouvelle étape de mon existence ! Amen.





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