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    15.09.2019 - Prédication de ce dimanche au Temple par notre pasteur David Veldhuizen

    Luc 15,1-10 « Pour la joie de se retrouver »

    Frères et sœurs,


    * Pour celles et ceux d’entre vous qui ont participé aux rencontres de cet été que nous avons appelé des « Agapes », le texte de l’évangile de Luc que nous avons entendu vous rappelle sans doute ce temps de partage durant lequel vous avez été invités à réagir en choisissant une image parmi une trentaine de photographies. Lire la Bible, vous le savez, mais je le rappelle à nos catéchumènes en ce culte de rentrée, lire la Bible, c’est aller à la rencontre d’un texte qui nous laisse rarement indifférents. Mais nos réactions dépendent de beaucoup de paramètres. D’abord, quel est notre état d’esprit avant la lecture ? Sommes-nous sereins ou soucieux, joyeux ou tristes, motivés ou fatigués ? Ensuite, avons-nous bien entendu le texte, et y avons-nous trouvé un sens logique ? Savons-nous déjà beaucoup de choses sur le texte, suite à des cultes, des études bibliques, des lectures ? Oui, chaque rencontre avec la Bible est différente. Nos réactions le sont aussi. Nos réponses à certaines questions peuvent aussi évoluer. Par exemple, l’une des questions les plus évidentes avec cet extrait de l’évangile de Luc est : à qui nous identifions-nous ?

    * En posant une telle question, je vous tends presque un piège, puisque nous nous trouvons dans une situation de conversation ou de controverse entre Jésus et d’autres personnes, et que dans le cadre de cet échange, Jésus raconte deux histoires. Le « qui suis-je dans cette situation ? » nécessite que l’on précise d’abord de quelle situation nous parlons.

    * Le premier cadre, que nous avons tendance à oublier parce qu’il semble disparaître au profit des petites histoires, le premier cadre est celui qui conduit Jésus à raconter les paraboles. Ce jour-là, comme souvent en fait, Jésus est entouré d’employés des impôts et de pécheurs. Pour le dire autrement, Jésus est entouré de gens que d’autres considèrent comme impurs. Le mot pécheur peut renvoyer à une multitude de situations, plus ou moins graves, plus ou moins pardonnables en quelque sorte, témoignant d’un éloignement plus ou moins radical avec les lois humaines et divines. - Ce pouvaient être des criminels endurcis et multirécidivistes, pour reprendre des mots d’aujourd’hui.
    - Ce pouvaient être des petits délinquants, aux comportements problématiques mais peu dangereux.
    - Ce pouvaient aussi être, et c’étaient sûrement aussi des gens comme vous et moi, ordinaires, parfois bons, mais ayant quand même des zones d’ombres.
    - Ce jour-là, donc, mais ce n’était pas exceptionnel, Jésus accueille ces gens inconditionnellement, il passe du temps avec eux, il mange même avec eux, dans une fraternité partagée, sans faire de distinctions.

    * Or ce comportement provoque la forte désapprobation des maîtres de la Loi et des Pharisiens. Les maîtres de la Loi, ce sont les experts du Premier Testament, une aristocratie savante estimée par le peuple car constituant une ressource pour connaître les Écritures ; aujourd’hui, on parlerait de théologiens. Les Pharisiens, quant à eux, sont des « super-pratiquants » des règles du Premier Testament, toujours à la recherche de la plus grande pureté possible devant Dieu. Eux aussi constituent des modèles, comme aujourd’hui certains « bons croyants et fervents pratiquants » pourraient impressionner. Ces élites, je l’ai dit, désapprouvent ces fréquentations plus que douteuses de Jésus, cet homme qui dit venir de la part de Dieu ; et leurs critiques sont connues de Jésus.
    C’est pour leur répondre qu’il raconte les deux histoires que vous connaissez.

    * Dans l’histoire du mouton perdu, Jésus demande aux Pharisiens et aux maîtres de la loi de s’identifier à un berger. Au sens propre, une telle proposition est méprisante : de tels métiers ne sont pas pour eux ! Mais rappelez-vous ce que je viens d’exposer : le rôle qu’ils pouvaient avoir aux yeux du peuple était bien celui d’exemples, de modèles, de guides, de bergers… Le mouton perdu, c’est probablement le pécheur. Remarquez une chose importante : on ne sait pas comment le mouton s’est retrouvé séparé du troupeau : négligence du berger, mauvais comportement du mouton, concours de circonstances ? On ne sait pas. On peut être perdu sans en être responsable… Le berger part à sa recherche, et il le trouve. Dès lors, il est dans la joie, et invite ses amis et voisins à être eux aussi dans la joie. Qui sont les 99 autres moutons ? La conclusion de Jésus suggère que c’est la masse des personnes « justes », c’est-à-dire qui ne se sont pas retrouvées isolées du troupeau. Les 99 autres, comme les amis et les voisins, comme Dieu, sont appelés à la joie des retrouvailles, du troupeau recomposé, redevenu complet. Qui sommes-nous donc ? Le berger, le mouton perdu, les moutons rassemblés, les amis et voisins ?

    * Dans la deuxième histoire, c’est une pièce d’argent qui est perdue. La femme qui en est la propriétaire met tout en œuvre pour la retrouver : éclairage, nettoyage…et ses efforts sont récompensés. Là encore, amis et voisines sont invités à se réjouir avec elle. Les ressemblances sont tellement nombreuses avec la première histoire qu’on peut se demander pourquoi Jésus raconte celle-ci. Mais dans ce scénario, il n’y a aucun doute possible : ce qui est perdu n’est pas responsable de son égarement ! Une pièce ne va pas « sauter » en-dehors d’un porte-monnaie de sa propre initiative ! Notez que cette monnaie grecque pesant un peu moins de 4 grammes d’argent, en elle-même, ne représente pas un très important pouvoir d’achat. Mais si la femme est modeste, ce peu constitue déjà beaucoup ! De plus, une autre différence est suggérée par certains commentaires : c’est que cette pièce fait partie d’un tout, d’un ensemble de dix pièces, et il semblerait que ces dix pièces puissent constituer les ornements d’un bijou de mariage, composant la dot d’une fiancée. Dans cette hypothèse, sans la dixième pièce, le bijou ne peut être monté, la dot n’est pas complète, le mariage compromis, et donc l’appartenance de la femme à la société devient précaire. Dans tous les cas, pièce destinée à des achats ordinaires ou pièce prévue pour un bijou nuptial, la pièce, quand elle est perdue, ne sert à rien, n’a aucune valeur.

    * Revenons aux points communs. Dans les deux histoires, il ne fait aucun doute que le maître va retrouver ce qu’il a perdu. Son mouton, sa pièce ? Certes, il va falloir engager quelques efforts, mais c’est sûr, il ou elle sera retrouvé. Oui, Dieu sait que personne n’est jamais définitivement perdu à ses yeux. Lui-même se met en recherche des égarés, il envoie ses serviteurs pour rassembler ses créatures bien-aimées. Alors oui, c’est une Bonne Nouvelle, et nous pouvons nous en réjouir.

    * Un dernier élément de réflexion. Dans ces deux histoires, ce qui est perdu va réintégrer le groupe. Pour le mouton, il va rejoindre un troupeau dont il n’est qu’un centième. Pour la pièce, elle va rejoindre les autres, pour peut-être constituer un bijou important. Oui, dans le retour, dans la réintégration, il y a les retrouvailles avec un groupe plus important. Dans les deux histoires, il semble évident qu’il y a beaucoup plus de gens qui ne se sont pas perdus que de gens perdus et retrouvés. Aujourd’hui, si nous considérons – mais il est important de savoir que cette correspondance est imparfaite – si nous considérons l’église comme le troupeau ou comme le bijou, force est de constater que ce troupeau ne compte peut-être plus cent moutons, mais une cinquantaine ; que les pièces ne sont plus dix mais trois ou quatre. Oui, le troupeau semble se réduire et on pourrait même craindre que plus tard, il reste un mouton à l’abri dans la bergerie et que les 99 autres soient perdus ! Qu’une seule pièce soit restée dans le porte monnaie et que les 9 autres ne soient dispersées… Cela nous attriste-t-il ? Peut-être, mais alors nous sommes à contre-courant de ce que Jésus répète : « réjouissez-vous ». Il nous faut alors trouver une autre attitude, pour ne pas passer à côté de la Bonne Nouvelle.

    * En leur temps, les maîtres de la Loi et les Pharisiens craignaient que leurs groupes perdent de leur qualité, de leur pureté, s’ils étaient rejoints par des gens qui étaient à peine convertis, dont l’impureté était encore dans tous les esprits. Ils oubliaient que tout ce qui pouvait poser problème aux yeux de Dieu était effacé par Dieu lui-même, par la démarche de Jésus-Christ.

    * Aujourd’hui, cette appréhension d’accueillir à bras trop grands ouverts, cette peur que notre communauté des croyants évolue par l’arrivée de nouveaux membres, peu initiés à nos habitudes et à nos codes, oui, cela doit encore exister. Mais je le disais, nous pouvons aussi nous laisser décourager en pensant que la taille du troupeau, la richesse du bijou dépendent complètement de nous. C’est seulement le cas en partie.
    - Qu’est-ce qui dépend de nous ? C’est d’abord de nous laisser trouver par Dieu, de nous laisser ramener par lui, et cela nous est nécessaire jour après jour. C’est ensuite de veiller aux autres composantes du tout, en cherchant la cohésion, en évitant les causes d’éloignement ou de séparation, en étant accueillants envers ceux qui nous trouvent ou nous retrouvent. C’est enfin de prendre notre part aux recherches de ce qui est perdu. C’est Dieu qui retrouve et qui sauve, mais il a besoin de nos yeux, de nos bouches, de nos bras, pour atteindre celles et ceux qui ne sont pas dans l’église.

    * Nous avons donc notre rôle à jouer pour favoriser les retrouvailles. Mais la majorité des efforts, c’est Dieu qui l’effectue. La joie du salut et des retrouvailles, c’est la joie du Royaume. C’est la joie de l’humanité fraternelle, réconciliée avec le Christ. Faisons-la vivre entre nous, et partageons-la autour de nous ! Amen.









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