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EGLISE PROTESTANTE UNIE DE FRANCE ANNONAYJeudi 14 Novembre 2019Contact:
 
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    08.09.29019 - Prédication ce dimanche avec notre pasteur David Veldhuizen

    Luc 14,25-33 NBS – « Disciple, à quel prix ? »

    Frères et sœurs,


    * Que ressentez-vous en entendant une deuxième fois l’un des premiers versets du texte que je viens de vous lire ? « Si quelqu'un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » J’espère que vous n’êtes pas indifférents, mais au moins un peu curieux ou interrogatifs : que vais-je vous dire par rapport à cette phrase ? Plus probablement, vous êtes un peu troublés ou même carrément choqués, peut-être voulez-vous vérifier si ce texte est bien dans toutes les Bibles.

    * En effet, et ce n’est pas par hasard, nous pensons que Jésus est un défenseur de la famille. Peut-être cette idée est-elle renforcée par certains mouvements chrétiens qui croient que la Bible prescrit un modèle familial unique. Pourtant, vous le savez, en particulier dans le Premier Testament, les personnages principaux sont souvent polygames : Jacob, Moïse, David, Salomon, pour n’en citer que quelques-uns. Parfois, il y a recours à une mère porteuse, comme une gestation pour autrui ; pensez à Ismaël, cet enfant qu’Abraham a conçu avec sa servante Hagar alors que son épouse Sarah était stérile. On ne compte pas non plus ces fratries qui se déchirent. Jésus lui-même est né dans un couple qui a cherché à préserver les apparences, mais on peut difficilement parler d’un modèle, car la conception a lieu hors du cadre habituel du mariage… Bref, dans la Bible juive que connaissaient Jésus et ses auditeurs, les grandes figures sont loin de constituer des modèles familiaux. De même, dans les lois données par Dieu au peuple via Moïse, il y a des dispositions qui aujourd’hui sont insupportables, comme par exemple le fait qu’un violeur devra épouser sa victime (Deutéronome 22,28-29)… Dans cette situation de viol et de mariage sans consentement des deux parties, l’enjeu consiste à préserver un certain ordre social, ainsi qu’une clarté dans les questions de pension alimentaire, d’héritages, dans un contexte bien plus précaire que le nôtre. Oui, si l’on cherche dans la Bible la promotion sans équivoque du mariage d’amour, monogame, devant Dieu, on ne pourra pas être pleinement satisfait.

    * Peut-être, mais Jésus, me répondrez-vous, lui, il a un discours cohérent sur la famille et le mariage ! Là encore, détrompez-vous. L’image du mariage et celle de la famille sont certes très présentes dans ses propos puis dans ceux des apôtres. Mais ils présentent un idéal inaccessible entre êtres humains quand il est question de la relation de Dieu avec ses enfants, quand il est question des relations fraternelles que nous sommes appelées à entretenir les uns avec les autres, quand il est question de faire comprendre la communion qui unit le Christ et l’Église. Oui, la famille avec Dieu comme Père, avec le Christ comme frère, c’est une famille merveilleuse.

    * Mais Jésus ne confond pas cette famille fondée par Dieu avec toutes les autres familles. Au contraire même, je suis sûr que vous connaissez d’autres épisodes de la vie de Jésus dans lesquels ses propos peuvent difficilement être utilisés comme des arguments pour défendre un modèle précis de famille sur terre. Rappelez-vous, alors qu’on lui annonce que ses frères et sa mère sont présents, il fait mine de les renier, en désignant celles et ceux qui le suivent comme sa vraie famille (Luc 8,19-21). Rappelez-vous aussi ces paroles prophétiques dans lesquelles il prévient que les familles se diviseront à cause de lui (Luc 12,51-53). Rappelez-vous encore cet homme que Jésus semble condamner car cet homme, appelé par Jésus à le suivre, lui demande l’autorisation d’aller d’abord enterrer son père (Luc 9,59-60)… Vous le voyez, le texte de ce jour n’est pas une parole isolée.
    * Pourquoi Jésus semble-t-il donc, à plusieurs occasions, ignorer et même piétiner des commandements fondamentaux ? Ces commandements, vous les connaissez bien : il y a celui issu du Décalogue : « Honore ton père et ta mère » (Exode 20,12), même si on peut interpréter cela comme une invitation à leur attribuer une juste place, sans excès ; et le second, que Jésus cite comme faisant partie du plus important : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Marc 12,31 ; Lévitique 19,18, et proche dans Luc 10,27), dans lequel il semble impossible d’exclure la famille ! Comment notre prochain ne serait pas d’abord notre famille ? Mais ce matin, vous avez bien entendu, Jésus semble dire qu’on ne peut pas le suivre sans détester ses parents, son conjoint, ses enfants, et même sa propre vie !

    * J’ai une bonne nouvelle pour vous, il existe au moins une façon de sortir de cette impasse, une clé pour débloquer ce verrou. Comme souvent, il nous faut nous souvenir que Jésus et ses auditeurs étaient d’une part Juifs, c’est-à-dire bien plus familiers avec le Premier Testament que nous ne pouvons l’être, et d’autre part, qu’ils s’exprimaient en araméen, une forme légèrement modernisée de l’hébreu de l’Ancien Testament. Or en hébreu, et donc en araméen, le verbe traduit ici par « détester » a deux significations.
    - La première, c’est effectivement détester, haïr. Mais dans un contexte familial, il signifie plutôt « aimer moins » (Genèse 29,31 voir aussi Deutéronome 21,15). Par exemple, Jacob, qui souhaitait épouser Rachel mais s’est d’abord retrouvé marié à Léa (voilà un de nos patriarches bigame !) : en employant ce verbe hébreu, il est suggéré que Léa était moins aimée que Rachel par Jacob. Dans un contexte familial donc, il y a un amour privilégié et un autre, moins prioritaire. Jacob était amoureux de Rachel, mais il ne déteste pas la première femme que son beau-père lui a fait épouser. Il l’aime aussi, dans un degré moindre, bien sûr, et il est probable qu’il a été plus empressé auprès de Rachel que de Léa, mais encore une fois, il n’a ni abandonné ni persécuté Léa, qui d’ailleurs n’y pouvait rien. En fait, Jésus explique ici que celui qui voulait le suivre devait s’attendre à se lier au Christ avec une affection et une loyauté plus importantes qu’envers sa famille ou que tout ce qui lui était le plus cher.

    * En effet, nous étudions ce matin un discours sur le coût, sur le prix d’être disciple. Suivre Jésus ne requiert pas de qualités ou de compétences particulières, de richesses ou de ressources importantes, mais suivre Jésus a quand même un coût. Dit autrement, Jésus suggère qu’il ne suffit pas de se dire chrétien pour vraiment l’être. Il ne nous appartient pas de juger la sincérité de la déclaration de quelqu’un que tous ceux qui se disent chrétiens. Jésus dit à tout ce monde (ce discours est en effet adressé à des foules) : me suivre, cela va bouleverser bien des choses dans vos vies. Ce n’est pas l’histoire d’un chemin, d’un détour de quelques jours. Devenir disciple, c’est s’exposer à changer de priorités. C’est prendre le risque que certaines relations, y compris celles avec nos plus proches, que ces relations soient mises en tension avec la recherche de Dieu et de sa volonté.

    * Notre passage n’est pas composé de ces seuls versets. Jésus utilise plusieurs autres termes pour que nous comprenions bien que la décision de lui faire confiance n’est pas anodine, qu’elle est radicale. Il est question d’une croix à porter, et je reviendrais sur celle-ci dans un instant parce qu’elle constitue bien sûr une nouvelle clé de notre texte. Il est aussi question d’une construction à entreprendre après avoir vérifié ses capacités de financements. Parce qu’ici, Jésus insiste sur les coûts, et nous pourrions nous dire que nous ne pourrons jamais être sûrs de pouvoir suivre Jésus jusqu’au bout, car nous ne savons pas ce que la vie nous réserve. Jésus insiste sur les coûts, et nous pourrions oublier que quelque chose se construit, que tout ce que nous risquons ou semblons perdre est en fait investi, transformé, devient un abri sûr. Ne perdons pas de vue pourquoi nous voulons suivre le Christ : c’est parce qu’il a des paroles de vie et de création, de pardon et de réconciliation, de libération et de confiance.
    - Enfin, Jésus évoque un combat à engager après avoir évalué ses forces dans l’absolu mais aussi en relation avec les forces de celui qui se trouve en face. Il semble dénigrer le général prêt à attaquer mais qui finalement va négocier la paix pour éviter une défaite. J’y vois une pirouette visant à dédramatiser les déchirements qu’il annonce dans les familles. C’est comme s’il disait : soyez prêts, peut-être souffrirez-vous et perdrez-vous ce qui vous tient à cœur, ce qui vous est cher ; mais ce n’est pas parce que vous vous préparez à cette éventualité que la souffrance et la perte sont inévitables ou certaines ; peut-être même qu’être prêts à perdre et à souffrir est une étape nécessaire à la construction d’une paix auparavant attendue mais qui restait inaccessible…

    * Pour finir, revenons à la croix, que le disciple doit être prêt à porter. Quelle est cette croix ? Notre croix, c’est en fait celle que le Christ a porté, pour nous.
    - Oui, suivre Jésus, qui nous dit qu’il faut être prêt à porter sa croix, c’est bien pour que nous ne soyons pas sans illusions, bien pour que nous ne croyons pas que notre baptême nous préserve du mal, mais c’est bien aussi pour que nous comprenions que la croix a été portée, qu’elle continue à être portée, par nous, certainement, mais aussi, toujours, par le Christ. Nous ne sommes pas seuls pour affronter les épreuves, les déchirements, les persécutions, la mort. Jésus porte la croix avec nous. Mais lui fait plus que la porter. Il y meurt, pour tout payer. Pour payer justement ces coûts qui sont trop élevés pour nous, qui sont au-delà de nos moyens. Il y meurt, pour tout payer, puis il est ressuscité, parce qu’après avoir payé, il nous ouvre les portes ce qui a été construit pour nous.
    - Et ce qui a été construit pour nous, pour le coup, c’est bien une famille merveilleuse, définie uniquement par l’amour. L’amour du Père pour ses enfants, l’amour entre frères et sœurs rassemblés par le Christ, l’amour entre le Christ et les croyants rassemblés dans l’Église.
    - Être disciple, cela coûte donc, encore aujourd’hui. Mais à la croix, le Christ nous a fait crédit de ce que nous ne pouvions pas payer. Amen.





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