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    04.08.2019 – Prédication de notre pasteur David Veldhuizen au temple

    Luc 12,13-21 (NBS) « Perdre ou partager »

    Frères et sœurs,


    * Qui d’entre nous n’a jamais rêver de gagner au Loto, de placer judicieusement et prudemment les millions gagnés, puis de vivre comme cela lui plaît, en se reposant, en mangeant, en buvant, en faisant la fête ? Une telle vie comporterait beaucoup de loisirs, mais pour certains, même s’ils n’en auraient plus besoin pour « gagner leur vie », il serait nécessaire de travailler pour continuer à s’épanouir. Oui, c’est un rêve que beaucoup parmi nous pouvons avoir. Jésus nous a fait entendre une parabole dans laquelle un homme semble voir un tel rêve se réaliser. Pourtant, le rêve, qui heureusement n’est qu’une fiction, le rêve tourne alors au cauchemar. Les paroles de Dieu puis les titres choisis pour nos bibles nous font nous souvenir de cet homme comme d’un riche insensé ou déraisonnable. Comme souvenir, on peut souhaiter mieux !

    * Reprenons. Comme souvent, cette histoire racontée par Jésus prend la suite d’une question qui lui est adressée ; et comme souvent, la parabole semble en décalage avec cette question posée à Jésus. Rappelez-vous la situation : quelqu’un dans la foule demande à Jésus qu’il intervienne en sa faveur car son frère semble lui contester sa part d’héritage. Nous n’en savons pas plus, et il ne nous est donc pas possible de savoir si, au regard des lois de l’époque, cette demande est légitime.

    * Jésus était appelé par ses interlocuteurs « maître », « rabbi »…L’une des fonctions des rabbins est de prononcer des jugements au regard de la Loi juive, et on peut supposer que les affaires d’héritage pouvaient être de leur compétence. Étonnamment, Jésus refuse de jouer le rôle qu’on lui demande. On pourrait attendre de Jésus qu’il accepte la fonction de médiateur pour faciliter la résolution du conflit. On pourrait attendre qu’il essaie d’apaiser les tensions…Pourquoi donc refuse-t-il ? Jésus n’avait pas voulu être considéré comme un guérisseur, comme un magicien, et peut-être ne voulait-il pas non plus que sa mission et son identité soient réduites à celle d’un juge des affaires terrestres…

    * Jésus met ensuite en garde ses interlocuteurs à propos de l’avidité, de la soif de l’accumulation, leur rappelant que les relations entre les ressources matérielles et la qualité de la vie, ces relations sont extrêmement faibles. Jésus emploie même une formule plus radicale : « la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens. » C’est une affirmation simple, même si nous aimerions bien objecter que disposer d’argent ou d’autres ressources est quand même utile ! L’espérance de vie des riches est plus élevée que celle des pauvres ; les accidents de la vie (maladies, accidents de transports, etc.) ont des conséquences souvent moins dramatiques en France, aux États-Unis ou au Japon qu’au Tchad, au Bangladesh ou en Syrie. Mais Jésus utilise une phrase-choc pour faire passer un message important, qui va d’ailleurs faire l’objet de la parabole.

    * Cette parabole nous présente un homme dont les champs ont beaucoup produit. Notez bien, Jésus dit : « la terre avait beaucoup rapporté » ; il ne dit pas : « l’homme, agriculteur très compétent, avait produit en abondance ». Jésus, à la différence peut-être de l’homme dont il parle, Jésus sait bien, qu’hier, comme aujourd’hui malgré les profonds bouleversements des techniques, Jésus sait bien que la compétence n’est pas le seul critère pour garantir l’abondance d’une récolte agricole. Quelques paramètres, parmi tant d’autres : la qualité de la terre, la qualité des semences, les ressources humaines en quantité suffisante, mais aussi des conditions météo favorables…Oui,l’abondance des récoltes, les richesses de cet homme ne dépendent pas de lui seul.

    * C’est seul, littéralement « en lui-même » qu’il se demande quoi faire suite à une telle récolte. Cet homme fait donc détruire ses granges, en fait bâtir de nouvelles, plus grandes, pour y entreposer toutes ses récoltes et tous ses biens. Il prévoit ensuite de profiter de tout cela, dans le confort et probablement une certaine paresse. Puisque cette parabole est fruit de l’imagination de Jésus, le temps y est condensé, comme accéléré. Récolte, réflexion, destruction et reconstruction des granges, tout cela semble se dérouler en une seule journée, par un homme seul…

    * Et voilà que Dieu interpelle cet homme seul, le traite d’homme déraisonnable, lui annonce sa mort imminente, et l’interroge : que va devenir tout ce que tu as accumulé ? On comprend alors que l’homme n’a rien prévu pour sa succession et donc que ses projets ainsi que ses richesses vont mourir aussi, sans n’avoir servi à personne, en pure perte. Quel gâchis ! L’homme semblait avoir consenti des efforts pour conserver et jouir de ses ressources. Sur terre, cela tourne au gaspillage. -- Pire encore, dans l’au-delà, cela semble n’avoir compté pour rien. Jésus, dans ce message contre la cupidité, rappelle donc tout simplement qu’il n’y a aucun lien entre les richesses accumulées sur terre et la faveur divine ; ce n’est pas parce qu’on dispose d’importantes ressources sur terre que nous sommes proches de Dieu - et, contrairement à ce que prétendent les théologiens de la prospérité, Dieu ne garantit pas à ceux qui le cherchent sincèrement, une existence confortable et prospère. Mais cela est une autre question.

    * Dans la parabole, l’homme riche est absolument seul. Il parle en lui-même plutôt qu’avec sa famille, ses amis, ses voisins ou qui que ce soit d’autre. Il doit mourir sans qu’aucun ne bénéficie de tous ces biens accumulés, donc sans avoir d’héritiers. Je l’ai dit, Jésus imagine ici une situation improbable, et l’impression que nous en retirons, c’est qu’à part ses richesses, rien ni personne ne compte pour l’homme riche. Jésus nous livre ici un premier enseignement : nos possessions matérielles ne sont pas de vraies sources de sécurité. Elles n’ont pas de valeur. Elles ne doivent pas devenir nos idoles.

    * On peut facilement en déduire que l’histoire finirait mieux en élargissant le cercle et l’horizon : il n’y a pas que moi et mes biens, mais il y a aussi le monde, et il y a aussi Dieu. Le monde, avec lequel partager ce que j’ai, en particulier si j’ai de trop et que d’autres n’ont pas assez. Et Dieu, à qui je suis redevable de tout ce qui m’a été donné, et donc à qui je suis aussi invité à rendre, non pas que je puisse rembourser ma dette, mais parce que je peux encore mieux ressentir les bénédictions reçues en lâchant prise, en pleine confiance. L’homme riche de la parabole n’aurait pas été insensé, il aurait été sage, s’il avait cherché à partager ses trésors ; l’homme riche aurait été sage de rendre grâce pour tout ce qui avait été mis à sa disposition. Il n’a rien partagé et a tout perdu.

    * Frères et sœurs, cette première interprétation de la parabole est intéressante, mais elle semble s’adresser à des personnes complètement égoïstes, ignorant volontairement les besoins en solidarité autour d’elles, incapables de ce petit pas de côté qui permet de mesurer ce qui dépend de nous d’une part, et d’autre part ce qui nous est donné. Or vous qui assistez à ce culte, vous savez que c’est Dieu qui est à l’origine de ce qui nous fait vivre ; vous savez aussi l’importance de la communauté, des échanges fraternels, de la solidarité ouverte. Alors bien sûr, une « piqûre de rappel » concernant les biens matériels peut être bienvenue, mais elle n’est pas bouleversante.

    * Laissez-moi vous proposer un court détour, avant de finir par l’un des enjeux centraux de ce texte. C’est la saison des vacances. Si vous vous apprêtez à partir, vous préparez peut-être des valises, en vous demandant ce que vous allez emporter. Pensez à quelque chose de plus marquant, comme un déménagement : c’est l’occasion de faire un tri entre ce que vous emportez, encore une fois, et ce dont vous vous débarrassez, en le donnant, le vendant, le recyclant…Dans les deux cas de figure, de nouvelles questions s’ouvrent à vous : de quoi aurais-je besoin dans ce nouveau lieu ? Qu’ai-je envie d’apporter ? Mais aussi, combien puis-je prendre ? Car oui, nos valises, nos moyens de transport, nos logements ont des capacités limitées ! Il faut donc arbitrer entre ce que je peux prendre, ce dont je pense avoir besoin, et ces éléments moins nécessaires mais qui satisfont mes désirs…Parfois même, on pourrait désirer emporter moins que ce que nous prenons : je pense à ceux qui doivent prendre des traitements réguliers et qui se réjouiraient d’une période sans avoir ce souci, mais aussi à ceux qui veulent expérimenter des déplacements plus sobres, et/ou laissant davantage de place à la confiance.

    * Qu’il s’agisse d’un départ en vacances ou d’un déménagement, il est donc question de capacités, de besoins, d’envies. Il est question, aussi, de valeur : ce que j’emporte a de la valeur à mes yeux car cela me permet de satisfaire un besoin, qu’il soit basique et universel, ou plus personnel : une trousse de toilette complète peut avoir la même valeur, voire moins, que la photo d’un être cher, ou qu’un doudou !

    * Voilà pour le détour. Souvenez-vous de ces notions : capacité, besoin, désir, valeur. Et revenons à une situation comparable à celle de la parabole. Car c’est aussi une question pour chacune et chacun d’entre nous : quand je vais quitter cette vie, quand je vais mourir, qu’est-ce que j’emporterais, et qu’est-ce que je laisserais à celles et ceux qui me survivront ? Et là, les paramètres ne sont pas tout à fait les mêmes, car nous maîtrisons beaucoup moins d’éléments que pour un départ en vacances ou pour un déménagement : nous ne savons pas le moment, nous ne savons pas à quoi ressemblera l’après, nous ne savons pas non plus si nos descendants, nos survivants, percevront les choses comme nous.

    * Qu’aimerions-nous leur laisser ? Un contrat d’assurance-vie permet de transmettre des richesses financières, mais beaucoup aimeraient sûrement tout autant transmettre à leurs descendants des valeurs morales, un sens éthique, peut-être une foi vivante en Dieu. Oui, ce qui a de la valeur pour moi aujourd’hui aura-t-il toujours de la valeur pour moi demain ? Et ce qui a de la valeur à mes yeux a-t-il de la valeur aux yeux de celles et ceux qui me survivront ?

    * Qu’est-ce que j’emporte avec moi, au risque de le perdre ? Qu’est-ce que je laisse derrière moi à ceux qui restent ? Ce sont des questions pratiques mais aussi existentielles. Elles doivent nous intéresser, nous qui entendons ce texte de l’évangile de Luc, avec la demande d’intervention d’un héritier insatisfait, et la parabole du riche insensé racontée par Jésus. Ce sont des questions intimes que pourtant nous devons partager.
    - Ne soyons pas comme l’homme de la parabole, enfermé dans sa solitude, soucieux de ne rien perdre. Veillons peut-être à inclure dans nos réflexions sur ces sujets celui qui est à l’origine de ce dont nous disposons pour vivre, le Seigneur lui-même. Car nos ressources d’aujourd’hui, nos trésors auxquels nous accordons beaucoup de valeur, il nous l’accorde. Ce n’est pas un notaire ni un juge, mais si nous le sollicitons, il pourra nous proposer de nouveaux partages, auxquels nous n’avions pas pensé.
    - Oui, c’est entre ses mains que nos trésors deviennent des bénédictions pour nous, nos proches et notre monde.
    Amen.





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