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    21.07.2019 - Prédication au temple par notre pasteur David Veldhuizen…

    Luc 10,38-42 « Au service et sauvé(e) »

    « Comme ils étaient en route, Jésus entra, lui, dans un village, et une femme du nom de Marthe l'accueillit dans sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe s'affairait beaucoup dans son service. Survenue, elle dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m'ait laissée seule pour le service ? Dis-lui donc de me venir en aide. » Le Seigneur lui répondit en disant : « Marthe, Marthe, tu te fais des soucis et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule est nécessaire. Marie, en effet, a choisi la bonne part, celle qui ne lui sera pas ôtée. » [Traduction Elisabeth Parmentier et Sabine Schober]

    Frères et sœurs,

    * Cette histoire de Marthe et de Marie est courte, brièvement rapportée en quelques versets. C’est comme une petite anecdote qui donnerait du relief à un carnet de voyage, comme une pause destinée à varier les rythmes d’un récit plus grand et plus important.
    - D’ailleurs, c’est vrai, Jésus et ses disciples sont ici en route vers Jérusalem ; Jésus, plus précisément, se dirige vers sa Passion, un itinéraire ô combien décisif. Anecdote de voyage, respiration avant des événements intenses ? Et si, au contraire, cette histoire méritait que nous lui accordions toute notre attention, car elle pourrait receler davantage que ce que nous croyons ?
    - C’est d’ailleurs ce qu’ont fait ceux qui nous ont précédées dans la foi. Ils ont souvent lu dans ce texte une comparaison, voire un jugement, entre deux attitudes, portées toutes deux par des femmes. Beaucoup ont pu se servir de cet épisode pour donner à l’ensemble du genre féminin le choix entre deux modèles, deux rôles, l’un n’étant pas exactement équivalent à l’autre. C’est peut-être une méprise sur le message de ce texte.

    * Dans les interprétations traditionnelles, Marthe jouerait l’hôtesse, en charge de l’accueil de Jésus mais aussi de ses amis qui l’accompagnaient, les disciples, un groupe qui semble arriver à l’improviste chez elle. Imaginez, devoir accueillir dignement ce Jésus, et probablement une bonne douzaine de ses compagnons…On a longtemps considéré que bien sûr, Marthe devait préparer le repas pour tout ce monde ; et il est vrai que l’évangile de Luc en particulier nous rapporte de nombreuses scènes de Jésus à table. Ici, c’est une supposition, mais pas une certitude. Bref, Marthe semble vouloir être à la fois une bonne hôtesse, être bien vue (pensez aux émissions comme ‘Un dîner presque parfait’ et tant d’autres), mais aussi vraiment recevoir Jésus, or cela semble impossible.

    * Marie, quant à elle, se place à l’écoute de Jésus, sans participer aux taches quotidiennes. Nous ne savons pas ce qu’elle pense. Mais Jésus semble indiquer que son attitude est bonne, suggérant en miroir, mais il ne le dit pas, que l’attitude de Marthe est moins bonne. Si vous relisez attentivement le texte, il n’y a aucune parole de reproche dans la bouche de Jésus… même si nos oreilles croient l’entendre !

    * Pour résumer, ces interprétations habituelles proposent aux femmes d’être, pour reprendre des termes employés par des militantes féministes, soit « bonniches », soit « potiches ». Pour le dire autrement, actives ou contemplatives. Et on a l’habitude de considérer que l’intervention de Jésus recommanderait plutôt la deuxième option à la première.
    - Pourtant, Marie ferait un choix à priori égoïste, inconsciente des besoins de sa sœur, rebelle envers les conventions sociales, le choix du ressourcement aux dépens du groupe, le choix de la contemplation que certains confondent avec de la figuration… Elle aurait choisi la passivité, un choix qui ne lui permet pas de déployer ses talents, elle est presque dans un retrait hors du monde, un choix qui est mal vu par ceux qui eux assument leurs responsabilités dans le monde.
    - Quant à Marthe, elle semble déchirée par une tension entre devoir et désir. Le devoir d’être une bonne hôtesse, de faire bonne impression, et le désir de profiter de la présence et de l’enseignement de Jésus. Marthe écouterait son devoir en oubliant de vivre elle-même. Elle pourrait bien passer à côté de la rencontre avec le Christ. Elle aurait refusé de choisir la vie.
    - Nous aurions donc d’un côté une « bonniche », serviable, mais qui passerait à côté de l’essentiel, et de l’autre, une « potiche », parasite, mais disponible, qui se serait résolue à faire un choix. Voilà quel serait le sens de cette petite histoire que Luc a quand même pris le temps de raconter.
    - Pourtant, ces interprétations posent un problème important : y a-t-il une Bonne Nouvelle pour Marthe dans ce texte ? Surtout, y a-t-il une Bonne Nouvelle pour celles et ceux qui lui sont comparables ? Y a-t-il une Bonne Nouvelle pour toutes celles et tous ceux qui ne sont pas dans la position de Marie ?

    * Ceux qui considèrent que cette histoire revient à nous encourager à faire toujours le choix du Christ font preuve de trop de simplisme. Car Marthe a choisi d’accueillir Jésus, elle aussi ! C’est aussi un choix, même s’il n’implique pas un renoncement aux usages et devoirs sociaux en matière d’hospitalité. La situation pourrait être comparée à un parent qui aurait envie de prier ou de prendre du temps pour méditer la Parole de Dieu, qui aurait besoin d’un temps de pause, mais qui devrait aussi aller chercher ses enfants à l’école à l’heure de la sortie, ou intervenir alors qu’ils se chamaillent ou se mettent en danger. Dire qu’il n’y a qu’à choisir, en laissant de côté le quotidien et le monde, c’est donc trop simple. C’est presque malhonnête, c’est en tous cas terriblement culpabilisant, et pour moi un tel message ne peut pas être l’Évangile, parole de délivrance, de liberté, de vie.

    * Comment donc déceler dans cette petite histoire une Bonne Nouvelle pour chacune et chacun ?
    Il est très important que nous nous rappelions que le contexte de cette histoire n’est pas la France du 21ème siècle, mais bien la Judée occupée par les Romains (eux-mêmes imprégnés de culture grecque), il y a 2 000 ans. Et donc, quand Luc nous raconte cet épisode, il s’adresse à des hommes et des femmes qui ont d’autres références que nous. Aujourd’hui, beaucoup de biblistes attirent notre attention sur quelques détails qui peuvent nous aider à comprendre que ce texte nous parle peut-être d’autre chose que d’une scène domestique, où il serait simplement question de répartition des tâches ménagères ; que ce texte est peut-être bien plus révolutionnaire et vivifiant qu’on ne le croit.

    * Premièrement, Marie aux pieds de Jésus : on considère que c’est une attitude de dévotion, d’adoration ou de figuration, en tous cas une attitude passive et peu épanouissante. Pourtant, les termes employés sont exactement ceux que l’on utilise pour décrire un disciple qui reçoit l’enseignement de son maître. Oui, cela aurait dû être les Douze, les douze hommes appelés par Jésus, qui auraient dû être décrits comme à ses pieds. C’est comme cela que l’on présente les rabbins et leurs étudiants, on peut aussi penser aux philosophes grecs et à leurs disciples. Paul lui-même, quand il témoigne, en Actes 22, raconte que quand il était jeune, il était assis aux pieds de Gamaliel, un rabbin réputé. Jésus lui-même est appelé « rabbi », « maître » à de nombreuses reprises, dans un contexte d’enseignement à des disciples. Ici, le disciple, c’est Marie. Et c’est quelque chose qui était probablement étrange pour l’époque, car d’autres textes de la même période recommandent aux rabbins de ne pas discuter longuement avec des femmes pour pouvoir étudier la Torah ! Or Jésus accueille Marie pour un enseignement et dialogue également avec Marthe, au mépris donc des usages et conventions de son temps !

    * Parlons maintenant de Marthe. Le texte grec emploie un terme très fort pour parler de son état : elle est prise dans un tumulte, une tempête intérieure, un brouhaha confus, elle est quasi-écartelée par des forces qui la dépassent. Le terme est au passif : on est bien loin d’une personne en situation de faire des choix. Luc nous présente quasiment une victime de multiples injonctions, pas en mesure de se consacrer pleinement à une activité donnée. Marthe est comme dispersée, éparpillée. Elle a besoin de retrouver une certaine unité, une certaine plénitude. C’est là que Jésus, en lui disant « Marthe, Marthe », donc en répétant son nom, joue son rôle de Sauveur. « En l’appelant deux fois, Jésus lui laisse aussi le temps de s’arrêter. » (Monnard) Cela lui permet de se recentrer, de se retrouver, de rassembler ses esprits pour entendre d’abord l’affection que Jésus a pour elle, et ensuite une Parole libératrice.

    * Mais aussi, saviez-vous que dans la Bible, il y a une dizaine de fois des appels répétés d’un prénom, comme cela, et que dans la plupart de ces situations, cela annonce un moment décisif dans la vie de la personne appelée ? Pensez au quasi-sacrifice d’Isaac par Abraham en Genèse 22 et cette voix qui suspend son geste ; mais aussi à Moïse sur le mont Horeb, au buisson ardent, en Exode 3 ; ou encore à Saul, sur la route de Damas, en Actes 9. A chaque fois, le nom répété… à chaque fois, ce qui se joue est déterminant, comme une conversion, comme une nouvelle naissance, une naissance d’en haut, par l’Esprit, pour une vie radicalement transformée par la rencontre avec Dieu. Pourquoi Marthe ne serait-elle pas en train de vivre un pareil moment ?

    * Frères et sœurs, Luc ne nous raconte probablement pas comment Jésus dit à Marthe, en dépit de toutes ses responsabilités, de prendre sa sœur comme exemple. Non, Luc nous parle d’une rencontre bouleversante pour celles et ceux qui sont captifs de leurs engagements, écartelés par leurs devoirs, une rencontre aussi décisive que le sacrifice empêché d’Isaac, que la vocation de Moïse, que la conversion de Saul.

    * Mais ce n’est pas tout. Je vous le disais, nous avons l’habitude de considérer ce texte comme une anecdote domestique, mais vous l’avez vu, Marie est plutôt décrite comme une étudiante, une disciple exemplaire comme un homme aurait pu l’être. Marthe, je l’ai aussi évoqué, est souvent considérée comme celle qui doit veiller au repas et à d’autres considérations très matérielles. Le terme grec pour parler de ses activités est celui de diakonia. Il y a deux mille ans, dans cette région méditerranéenne de culture grecque, ce mot évoquait le service au sens de ministère, comme celui des diacres. Il ne s’agit ni de religieuses au sens d’aujourd’hui, ni de croyantes subordonnées placées sous l’autorité d’hommes, comme certains l’ont prétendu pendant des siècles. L’apôtre Paul, par exemple, cite des femmes faisant diakonia, et ce faisant, il désigne des femmes aisées qui mettaient des ressources à la disposition des apôtres ou d’autres ministres. Pour le dire autrement, les femmes faisant œuvre de diakonia étaient des mécènes, des soutiens financiers comme nous en avons encore aujourd’hui pour certains ministères évangéliques.

    * Il est donc possible que Jésus rende ici visite à l’une des personnes qui lui permet de mener son ministère en subvenant à certains besoins. Un tel dispositif de soutien serait assez logique car nous ne savons pas comment Jésus et ses disciples pouvaient vivre, même frugalement, même sobrement, alors qu’ils se déplaçaient beaucoup. Dans ce cas, Marthe n’est pas du tout une « bonniche », pour reprendre ce terme péjoratif, mais au contraire une personne influente, probablement engagée dans de nombreuses activités pour la communauté, comme certains d’entre nous sont très investis dans nos groupes d’éveil ou de formation biblique, dans les instances de gestion ou dans les œuvres de nos églises. Oui, frères et sœurs, et en particulier les très engagés, le Christ ne vous reproche pas vos efforts, mais il a une parole de salut à vous adresser. Ne craignez plus de ne jamais en faire assez. L’essentiel vient à votre rencontre.

    * Reprenons donc. Marie est présentée comme une disciple attentive, et rappelez-vous que ce sont des femmes qui ont été les premiers témoins de la Résurrection et les premières à y croire. Marthe est située à un moment décisif de sa vie, à un moment où tout peut changer, pas parce qu’elle l’aura décidé, mais parce que le Christ se révèle à elle par une parole d’amour et de libération. Marthe est peut-être aussi une bienfaitrice du rabbin Jésus, devenue prisonnière de ses devoirs, qui pense peut-être qu’elle risque de passer à côté de sa vie, une bienfaitrice d’un maître spirituel qui soudain lui permet de se réunifier et de comprendre qu’elle est sauvée, elle aussi, et de pouvoir ainsi trouver la paix.

    * Un des messages importants de ce séjour de Jésus chez Marthe et Marie est peut-être bien cette idée que suivre Jésus, c’est se placer dans une attitude de service, mais bien un service « libéré de l’enfermement entre dévouement et dévotion » (Parmentier/Schober), [et ce service libéré est celui que nous avons à vivre dans le monde et en Église.

    * L’Évangile est révolutionnaire en ce que le Christ se place, le premier, à notre service.] D’ailleurs, Jésus ne se décrit-il pas comme le serviteur par excellence ? Même avant Pâques, de nombreuses femmes citées dans les évangiles adoptent des attitudes de service que Jésus reçoit et encourage : elles sont nos guides dans la foi !

    * Pour conclure, si vous êtes plutôt contemplatifs, comme Marie, goûtez à l’enseignement du maître, qui vous accueille et vous donne ce qui est nécessaire pour témoigner de la Bonne Nouvelle.
    Si vous êtes plutôt très actifs, comme Marthe, écoutez le Seigneur : il vous invite à la pause, il vous donne son Esprit d’unité et de paix, il vient à votre rencontre pour que vous saisissiez l’essentiel. Vous pensiez accueillir un enseignant, mais c’est le serviteur suprême qui vient vous sauver. Amen.
    _______Le passage entre crochets a été ajouté après le culte.
    Sources :
    • Bird Chad, https://www.facebook.com/writingsofchadbird/videos/333900604155722/ , 2019
    Mayfield D. L…, via Rachel Held Evans, « Martha, Martha »,
    • https://rachelheldevans.com/blog/martha-dl-mayfield , 2012
    Monnard Alain, « Luc 10,38-42 », in Lire&Dire 36, 1998
    • Parmentier Elisabeth et Schober Sabine, « Marthes débordées et Maries silencieuses ? Le service libéré de l’enfermement entre dévouement et dévotion », in Parmentier Elisabeth, Daviau Pierrette et Savoy Lauriane (dir.), Une Bible des femmes, Labor et fides, 2018





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