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    02.06.2019 Prédication au Temple…par notre pasteur David Veldhuizen

    Actes 7,55-60 (NBS) - « Face à l’intolérable, à l’insupportable »

    Chers amis,

    * Entre l’Ascension et la Pentecôte, voici ce passage difficile des Actes des apôtres. Difficile, parce que le sang coule, le sang d’un chrétien, le sang d’un homme mis à mort à cause de sa foi. Et encore, soyons bien conscients que cette violence nous est accessible par un écrit, par la lecture que je viens de faire de ce texte. Les images, elles, dépendent de notre imagination, et peut-être avons-nous des réflexes psychologiques qui vont freiner le travail de notre cerveau ; oui, nous allons percevoir la violence, sans forcément devoir faire face à toute son horreur.
    Le dispositif d’une histoire d’il y a deux mille ans, transmise par des mots sur du papier, nous épargne une proximité douloureuse avec le drame ; nous sommes maintenus à une distance qui sera supportable pour beaucoup.

    * D’autres mécanismes peuvent nous conduire, en tout cas c’est mon cas, à nous positionner comme témoins lointains de l’événement.
    - Témoin. Il y a quelques semaines, je vous avais rappelé qu’il y avait un seul terme grec pour désigner la « personne à qui on a infligé des supplices et/ou la mort pour une cause, un idéal » et le témoin. Le martyr et le témoin, dans le texte en version original, c’est le même mot. C’est en français que nous distinguons les deux situations. Ce matin encore, dans le livre des Actes, le mot grec « martus » est employé. Pourtant, il ne désigne pas Étienne, ce diacre de la communauté jérusalémite des personnes qui confessaient Jésus comme le Christ, mais les hommes qui avaient déposé leurs vêtements à la garde d’un certain Saul, alors pharisien, avant qu’il ne devienne l’apôtre Paul que nous connaissons. Je suis d’ailleurs étonné par l’emploi de ce terme de « témoins » ou de « martus », car l’environnement de la phrase ne concerne que ceux qui sont auteurs de violences à l’encontre d’Étienne ; ce sont eux qui se précipitent sur lui, qui le chassent à l’extérieur de la ville, et qui le lapident jusqu’à ce qu’il meure, ce qui a sûrement demandé un certain nombre de pierres, un certain temps. Excusez-moi, mais juridiquement, de tels êtres ne sont pas des témoins ! Ils sont des prévenus, des accusés, et si le juge l’estime ainsi – ce qui semble inévitable dans un système judiciaire démocratique – responsables et coupables de sa mort. Il nous faut remonter au début de l’épisode, donc au chapitre 6 du livre des Actes, pour s’apercevoir que la séquence s’insère à la suite d’une comparution d’Étienne devant le tribunal religieux, le sanhédrin. Et ce tribunal avait d’ailleurs dû appeler de faux témoins pour qu’Étienne soit jugé.
    - En d’autres termes, dans ces deux chapitres des Actes, il y a d’un côté les faux témoins de l’accusation et les pseudos-témoins qui ne sont autres que les procureurs, les juges et les bourreaux rassemblés, et de l’autre côté, un témoin de sa foi, Étienne, qui devient le premier martyr chrétien, au sens actuel du mot.

    * Il y a en effet de quoi jouer, si l’on arrive à jouer avec un tel texte, en opérant des comparaisons entre ce groupe d’une part, et ce croyant d’autre part. Je pense que ces comparaisons sont utiles, même si elles nous font d’abord parvenir à un tableau binaire un peu stérile.
    - En effet, la prédication d’Étienne devant le sanhédrin, qui fait l’objet du début du chapitre 7, est intolérable, insupportable pour ses auditeurs. Juste avant notre passage, nous lisons : « Ce qu’ils entendaient les exaspéraient ; ils grinçaient des dents contre lui. » Après une nouvelle parole du diacre, notre passage décrit : « Ils poussèrent alors de grands cris, en se bouchant les oreilles ; tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, le chassèrent hors de la ville et le lapidèrent. »
    - Voilà donc un exemple d’une réaction face à ce que nous ne pouvons pas supporter ou tolérer. A n’en pas douter, pour ceux qui sont alors acteurs de ce récit, il s’agit de se défendre, de se protéger. Des paroles agressent leur façon de penser et de croire ? Ils couvrent ces paroles par leurs cris, ils couvrent aussi leurs oreilles pour ne plus entendre, et ils vont prendre des mesures pour éloigner et même neutraliser définitivement l’émetteur de cette menace. Oui, parfois, face à l’inacceptable, le mouvement est celui de la fermeture. S’agit-il d’un réflexe, d’un enchaînement de circonstances, d’un choix délibéré ? Notons qu’ici, les choses ont probablement été précipitées par l’effet du nombre, par cette pression du groupe que nous avons tendance à minorer quand elle nous concerne, alors qu’elle est redoutable.

    * Voici donc une possibilité de réaction. Mais Étienne lui-même est confronté à une situation insupportable : il est calomnié et doit comparaître sur la base de faux témoignages. Il est donc, foncièrement, victime d’une injustice. Pire : alors même qu’il peut s’exprimer longuement devant le tribunal, voici que ses juges perdent leurs moyens, qu’ils sombrent collectivement du côté de l’accusation, et surtout qu’ils se détournent d’une justice qui se laisse interpeller par Dieu. Car oui, si j’applique beaucoup de conceptions contemporaines de la justice à ce passage, peut-être abusivement, il faut se rappeler que le sanhédrin est une instance religieuse. Or la colère, l’indignation, la rage qui saisit les membres de ce tribunal sont telles qu’ils ne vont pas prendre le temps de faire un pas de côté avec la situation qui les scandalise. Ils pourraient se plonger dans les Écritures. Ils pourraient se mettre à prier. Ce n’est pas le cas. En effet, c’est Étienne qui, écrasé par des pierres blessantes puis mortelles, insupportables donc tant pour son corps que pour son intelligence, c’est Étienne qui va se tourner vers Dieu. Étienne va s’en remettre complètement à Dieu, et, dans un deuxième mouvement, intercéder pour ses bourreaux, avant de mourir.
    - Les parallèles avec la Passion de Jésus sont évidemment très nombreux ; ce martyre montre aux croyants ce que suivre Jésus, le Christ, peut vouloir signifier, y compris au sens propre du terme.

    * En bref donc, d’un côté, des responsables religieux qui multiplient les violences, les fermetures, jusqu’à faire disparaître l’une des sources d’un message qui est insupportable à leur esprit ; de l’autre, un croyant qui parvient, alors que son intégrité morale et physique est très douloureusement agressée, qui parvient à parler à Dieu, et à convertir la haine qu’il reçoit en message de pardon, à l’image du Christ…Je vous le disais, les comparaisons mettent en place un schéma binaire, manichéen. Or que nous inspire un tel schéma ? De l’indifférence, de l’inconfort, peut-être même quelque chose d’insupportable, parce que nous pourrions penser être contraints de choisir entre ces deux camps, qui sont trop radicaux pour correspondre à nos situations. Nous ne sommes heureusement pas tous appelés au martyre comme Étienne, ni à devenir des bourreaux injustes et cruels.

    * Or face à la haine et à la barbarie, on peut penser à la dernière guerre sur notre territoire métropolitain, à quelques jours du 75èmeanniversaire de la libération d’Annonay ; on peut penser à celles et ceux qui, dans de nombreuses parties du monde au terrorisme mais aussi aux régimes autoritaires plus ou moins lointains ; on peut penser aux scores électoraux de certains mouvements, dans nos pays ; oui, face à la haine et à la barbarie, peut-on se contenter de prier, alors que les coups pleuvent ? Bien sûr, prier dans de telles circonstances relève d’un courage impressionnant, d’un courage donné, d’ailleurs, cela est précisé, par le Saint-Esprit. Déjà, prier, c’est vrai, c’est mettre l’engrenage sur pause, c’est faire un pas de côté dans un mouvement de foule, c’est prendre le temps de se tourner vers un Autre ; prier peut, dans certaines circonstances et malheureusement pas dans toutes, nous éviter de devenir à notre tour ces pseudo-témoins et ces vrais bourreaux. Mais encore une fois, la prière peut-elle être la seule réponse à la haine ?

    * Notons que notre texte se termine par un mot étonnant. Étienne « s’endormit dans la mort ».
    « S’endormir »
    évoque une certaine douceur, un certain apaisement, alors même qu’Étienne est tué par lapidation ! La prière est probablement la source de cet apaisement dans une situation autrement insupportable.

    * Chers amis, je choisis d’interpréter ce texte comme un avertissement : l’immédiateté, la fermeture, le refus du dialogue, la violence, voilà ce qu’il nous faut éviter -même face à ce qui nous choque, nous scandalise, même face à ce qui semble détruire ce à quoi nous tenons-.
    - Je choisis d’interpréter ce texte comme une invitation à ne jamais oublier la prière dans le panel des réactions que nous pouvons adopter face aux violences et aux agressions. Pour faire reculer la xénophobie, le racisme, le sexisme, la pollution aussi, la surexploitation des ressources naturelles et humaines, face à tout cela, face au Mal, le chemin n’est pas celui du combat à mort ; mais il y a combat, combat sans violence - du débat à la désobéissance civique, du vote au boycott, de la pétition à la manifestation, le panel d’actions est large – et ce combat est aussi d’ordre spirituel. « L’Esprit n’est pas la force qui va écraser l’adversaire, qui va faire disparaître l’ennemi.
    L’Esprit nous aide à nous rapprocher de l’enseignement et de l’exemple du Christ,
    l’Esprit nous aide à construire le Royaume dans la justice, la justice de Dieu ».
    Amen.





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