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EGLISE PROTESTANTE UNIE DE FRANCE ANNONAYMercredi 18 Septembre 2019Contact:
 
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    Prédication du dimanche 26.05.2019 par notre pasteur David Veldhuizen

    Actes 15,1-22 (NBS) « Désaccords et dialogues »

    Frères et sœurs,


    * La première vague de diffusion de la foi en Christ est racontée dans le livre des Actes des apôtres, un livre dont je veux rappeler deux caractéristiques.
    - Premièrement, c’est un récit dont l’idée générale consiste à montrer que de plus en plus d’hommes et de femmes, d’abord à Jérusalem puis en Judée puis dans tout le monde romain, reconnaissent que Jésus est le Christ, l’envoyé de Dieu pour offrir la délivrance et le salut.
    - Les Actes font état de nombreuses péripéties des premiers chrétiens, des apôtres, en particulier de Pierre et de Paul. Leurs ministères sont à la fois très fructueux et semés d’embûches. On retient néanmoins que les conversions se comptent par milliers, que les communautés qui naissent sont aussi en forte croissance…Des dynamiques qui, malheureusement, contrastent avec notre réalité locale ! Bref, l’annonce de la Bonne Nouvelle est plutôt couronnée de succès, au point qu’on en oublie parfois les difficultés. Et ce d’autant plus, et c’est la deuxième caractéristique que je souhaitais rappeler, et ce d’autant plus que les Actes des apôtres sont rédigés par l’auteur de l’évangile de Luc, un auteur conciliateur, dont la plume « arrondit les angles » et assourdit les tensions qui ont traversé ces communautés.

    * Pourtant, aujourd’hui, le texte que nous avons lu a pour point de départ un important désaccord, et Luc lui-même n’en atténue pas la gravité. Il parle même d’une « violente dispute ».
    - De quoi s’agit-il ? D’une question dont les termes changent selon les époques, mais dont l’idée première ne cesse de revenir. « Que faut-il faire pour être sauvé ? » Dans ces premières années de la foi chrétienne, qui n’est pas encore formellement séparée du judaïsme, il y a, comme vous le savez, des Juifs et des non-Juifs. Jésus était Juif, ses disciples aussi, la plupart des premiers croyants aussi. Jésus était le Messie attendu par les Juifs. Pour les Juifs donc, ce qui compte, c’est d’accueillir le Sauveur annoncé à leur peuple. Un tel accueil n’implique pas de renoncer à tout ce qui était constitutif de leur identité. La loi de Moïse, le Premier Testament, les Alliances précédentes étaient toujours en vigueur et applicables. On pouvait recevoir le baptême, mais on n’avait pas renoncé à la circoncision, pour les hommes bien sûr, symbole de l’appartenance au peuple élu depuis Abraham. Mais l’évangile s’adresse à tous, et pas seulement aux Juifs. Et cela, cela nécessite de repenser beaucoup de choses pour les personnes d’origine juive qui ont reconnu Jésus comme le Messie. Ont-ils encore un privilège, d’appartenir à ce peuple ? Que doivent-ils dire ou demander aux hommes et aux femmes venues d’autres religions, des païens selon eux, dans leurs communautés ?
    - Ne faudrait-il pas que ceux-ci se convertissent au judaïsme, et donc que les hommes se fassent circoncire ? Les contradicteurs de Paul, venus à Antioche comme ceux issus du courant pharisien à Jérusalem, sont très clairs : « Si vous ne vous faites pas circoncire selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Au fil des siècles, combien d’ecclésiastiques, toutes confessions confondues, ont-ils tenu des discours similaires, même s’ils prétendaient exiger au nom de Dieu d’autres gestes que celui de la circoncision ? Notre humanité est en effet facilement tentée de se mettre à la place de Dieu et de faire écran à la grâce offerte par Dieu. Pourtant, cette grâce est première et suffisante ; elle précède toute initiative de notre part, et elle ne nécessite pas d’être payée ensuite. Le salut est accordé à celui ou celle qui croit. Pas même besoin de baptême pour être sauvé !
    * Mais j’avance trop vite. Car avant d’en arriver là, revenons aux Actes, et plus précisément à Antioche de Syrie, où commence notre récit. Je vous le disais, il y a un profond désaccord entre des croyants venus de Judée d’une part, et d’autre part les missionnaires Paul et Barnabé. Que faire ?
    - Il est décidé d’envoyer une délégation à Jérusalem pour discuter et trancher sur ce point. Jérusalem, c’est là que sont rassemblés les premiers apôtres et les communautés les plus importantes. Et parce que la question est importante, même si elle paraît secondaire à beaucoup aujourd’hui, les délégués se voient dotés de moyens pour leur voyage par la communauté.
    - Aujourd’hui encore, dans notre Union, c’est la communauté au sens large qui prend en charge les frais de nos synodes, des frais très encadrés, mais nécessaires aux débats et aux prises de décisions. Dans quelques jours, c’est à Grenoble que se tiendra le synode national annuel ; il y a deux jours, quelques-uns d’entre nous se sont réunis pour réfléchir au thème des synodes de 2019 et 2020.

    * Revenons à Paul, Barnabé et leurs compagnons. Luc précise que lors de leur voyage, ces délégués témoignent des conversions qui ont eu lieu dans différentes régions, et ils s’en réjouissent. Il y a communion des croyants dans la joie de la Bonne Nouvelle qui s’est répandue et qui a transformé des vies. On peut être en profond désaccord sur un point important de doctrine, en conflit même, et s’émerveiller, dans la louange, de l’action de l’Esprit Saint, des bénédictions divines. Cette attitude de gratitude n’est pas seulement une Bonne Nouvelle quand nous craignons l’émergence d’un désaccord ou d’un conflit, c’est aussi, je le pense, une clé de la résolution du blocage.

    * L’histoire se poursuit à Jérusalem. La délégation commence par rendre compte de la situation, puis un débat long et animé s’engage. Pierre, qui s’est vu reconnaître une certaine autorité parmi les apôtres, prend la parole, pour rappeler son expérience, comment Dieu l’a convaincu qu’il était appelé à annoncer l’évangile aux non-Juifs. Il souligne que les Juifs n’ont pas davantage de mérite que les non-Juifs : Juifs et non-Juifs sont tous incapables de vraiment respecter la loi de Moïse… et pourtant, ils sont sauvés également par Dieu ! Dieu ne fait pas de distinction dans son geste de délivrance et de relèvement. Conscients ou non de la loi de Moïse, nous sommes pécheurs, puis pardonnés. Pourquoi faudrait-il que tous suivent le même modèle pour voir leurs vies renouvelées ?
    - Pierre suggère donc d’aller dans le sens de Paul : les hommes et les femmes qui confessent Jésus comme Christ et Seigneur, s’ils ne viennent pas du judaïsme, n’ont pas à intégrer ce peuple et ses rites.

    * Après un temps de silence, ce qu’on appelle aujourd’hui le synode ou le concile de Jérusalem se poursuit. Paul et Barnabé démontrent l’action de l’Esprit Saint parmi les non-Juifs.

    * Enfin, c’est l’apôtre Jacques qui rappelle, en citant le prophète Amos, mais il aurait pu en citer d’autres, que le salut apporté par le Messie est ouvert et offert au-delà des frontières du peuple élu, du peuple juif. Il est alors décidé d’envoyer une lettre aux communautés qui étaient divisées sur la question pour leur partager cette conclusion.
    - Cette lettre précise néanmoins que si le salut est offert sans condition autre que la foi, il était important d’adopter une conduite convenable. En effet, si celle-ci n’est pas une condition de la relation restaurée avec Dieu, elle est témoignage de la grâce reçue, elle est matériau pour édifier, ici et maintenant, le Royaume de Dieu.

    * Frères et sœurs, l’histoire des églises chrétiennes est certes une histoire marquée par les conflits et les divisions. Nous le savons et cette expérience nous fait redouter le conflit dans nos communautés, d’autant plus que celles-ci pourraient bien mourir en se divisant davantage.
    - Pourtant, cette histoire des Actes des apôtres nous rappelle que les désaccords profonds, qui peuvent devenir des conflits, sont partie intégrante des communautés humaines, y compris des Églises. Ce récit nous donne en revanche un exemple, des pistes à explorer, pour surmonter ces difficultés. Je mentionnais tout-à-l’heure la capacité à maintenir une louange commune pour les œuvres de Dieu dans notre monde ; or qui dit louange, dit parole adressée à Dieu, dit prière.
    - De même, même si Luc ne le précise pas, les débats du concile de Jérusalem se déroulent probablement dans une atmosphère de prière.
    - La prière est dialogue avec Dieu. Mais quand il y a désaccord, il faut aussi qu’il y ait dialogue entre les parties en présence.
    - Un dialogue dans lequel chacun peut exposer ses arguments, un dialogue dans lequel l’important n’est peut-être pas tant de convaincre et de vaincre que de discerner ensemble un chemin juste, une solution acceptable par tous. Je ne promeus pas ici les compromis que beaucoup considèrent comme des compromissions ou des décisions qui n’en sont pas, mais plutôt l’un des principes de notre fonctionnement dans l’Église unie, par exemple au niveau des Conseils presbytéraux, qui est la recherche patiente du consensus.

    * Mais plus généralement, j’aimerais, en particulier en ce jour d’élections, souligner que nous avons un rôle à jouer, en tant que chrétiens, quand nous sommes témoins ou même engagés dans des désaccords ou des conflits. Ce rôle est double. Il s’agit tout d’abord de prier, pour que Dieu nous aide, avec, si nécessaire, des outils que certaines sciences développent, à bien faire la part des choses ; à distinguer les désaccords sur des points précis et des affects interpersonnels qui brouillent la situation ; oui, la prière doit nous permettre d’introduire une altérité dans nos convictions.
    - Il importe en effet de bien comprendre que ni notre identité, ni notre existence, ni notre relation à Dieu, ne sont vraiment en jeu dans un débat d’idées. Avec cette prise de distance, avec cette place dégagée, avec cette réorientation vers le Seigneur, nous pouvons engager le deuxième rôle qui est le nôtre, un rôle qui consiste à favoriser le dialogue entre nous.
    - Certains observateurs constatent bien, qu’aujourd’hui, entrer dans un débat revient souvent à accepter que l’autre, avec son opinion différente de la mienne, que l’autre dispose de la même liberté d’expression que moi, mais que le débat ne fera changer personne de position.
    - Ils existent, mais ils sont rares, ces contextes de débats dans lesquels nous entrons en acceptant que le processus puisse nous faire changer d’avis. Je ne dis pas que nous devrions nous préparer à adopter l’opinion de l’autre telle quelle ; mais si les protagonistes cheminent ensemble, ils peuvent identifier une voie qu’aucun n’avait envisagé auparavant.

    * Certaines personnes se disent proches du protestantisme parce que ces personnes considèrent, plus ou moins justement, que nous n’avons pas de dogmes, que nous accordons beaucoup d’importance à l’esprit critique, à la conscience de chacun. Mais le protestantisme n’est pas une foi chrétienne réduite à l’individualisme ; c’est un parcours emprunté par des personnes égales en dignité, qui s’enrichissent mutuellement des perspectives des uns et des autres. Et si nous redécouvrions cela ?

    * J’irai plus loin. Le débat en église, c’est nécessaire et toujours à réapprendre. Mais peut-être sommes-nous appelés, dans notre vie quotidienne, en relation avec des non-chrétiens, à promouvoir un tel esprit du dialogue, pour que les désaccords s’expriment, pour que de nouvelles communions voient le jour, pour que nous soyons vraiment dans l’amour fraternel avec les autres.
    Alors, on essaie ?
    Amen.







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