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    Culte du dimanche 12 mai 2019 au Temple...

    par notre pasteur David Veldhuizen

    Un parcours biblique – « Écologie, quelle(s) conversion(s) ? »

    * Il y a trois semaines, lors du Culte autrement du Vendredi Saint, nous avons échangé sur les dernières heures de Jésus, de Jésus sur la croix, de la façon dont les différents évangiles présentaient ce temps décisif pour l’histoire de la relation entre Dieu et l’humanité. Nous avons notamment relevé les paroles que Jésus a prononcé sur la croix ; en combinant les quatre évangiles, on compte sept phrases. Pour ouvrir ce parcours biblique que je vais vous expliquer progressivement, je veux revenir sur la première phrase rapportée par l’évangéliste Luc. C’est le célèbre :

    « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Luc 23,34).

    * Dans le contexte de l’évangile, Jésus intercède évidemment pour ceux qui l’ont conduit sur la croix, bien sûr les soldats, mais aussi les différentes instances politiques, judiciaires et religieuses qui ont voulu ou accepté sa condamnation à mort. Mais il nous est tout à fait possible de donner une portée plus grande à cette prière de Jésus. Jésus demande peut-être à son Père de prendre pitié de l’humanité, des êtres humains, à chaque fois que ceux-ci, à chaque fois que nous contribuons à crucifier à nouveau un innocent, un envoyé de Dieu. Oui, cette prière de Jésus pourrait tout à fait concerner tout un chacun, car combien de fois avons-nous fait volontairement du mal à l’un de nos semblables, combien de fois avons-nous consciemment choisi de blesser, d’abuser de nos forces et des fragilités de notre prochain ? Frères et sœurs, je le pense, quand Jésus a prononcé cette phrase, alors qu’il était cloué au bois, elle me concernait, comme elle concerne tous les pécheurs de la Création. Elle concerne probablement aussi les pires bourreaux que l’Histoire ait connue. Elle concerne peut-être aussi celles et ceux qui aujourd’hui encore prennent des décisions qui, sans grand doute possible, menacent la vie sur notre planète. Pour faire écho à ce qu’on a pu lire les derniers jours dans les journaux, on peut penser aux empoisonneurs industriels, qu’ils fabriquent et commercialisent des désherbants ou des sodas, prêts à débourser des millions pour accroître leurs profits. On peut penser aux dirigeants qui n’assument pas leurs responsabilités de protection des plus faibles et libèrent toujours davantage les capacités d’asservissement et de nuisance des plus puissants. Mais, et c’est tout aussi important, on peut penser aussi à nos décisions, bien plus modestes, mais qui vont aussi dans le mauvais sens…

    * On pourrait croire que la demande de pardon que Jésus adresse à son Père alors qu’il est sur la croix ne concerne que ceux qui sont en train de le mettre à mort, à ce moment précis. On pourrait considérer qu’elle ne traite que du mal commis sans le savoir, ou plutôt sans en mesurer ni la portée, ni la gravité. Ce pardon demandé, s’il est accordé, constitue donc une surprise étonnante pour ceux à qui il est destiné. Car être pardonné pour un mal que l’on ignore avoir commis, cela choque, cela bouscule ! Cela bouscule aussi au temps de Jésus, car dans le Premier Testament, il était demandé à l’être humain de se repentir pour obtenir le pardon de Dieu. Pas d’autres conditions, mais une condition, quand même : avoir pris conscience que nos actes, nos paroles ou nos pensées sont en décalage avec la volonté de Dieu, regretter ce décalage, et se tourner vers le Seigneur pour s’engager, avec son aide, à faire mieux.

    * Pendant son ministère, et notamment à l’occasion de l’enseignement du « Notre-Père », Jésus ajoute de la complexité à ce mécanisme du pardon, puisqu’il lie pardon divin et pardon que nous accordons nous aussi à nos frères et sœurs en humanité. Cela nous engage, bien sûr, à prier sans cesse le Seigneur de nous donner son Esprit nécessaire à ce que nous pardonnions. Cela nous engage, aussi, à regarder lucidement nos actes, nos paroles et nos pensées. Car si nous ne savons pas où nous en sommes, le pardon ne nous sera d’aucune utilité, il ne nous aidera pas à vivre.

    * Aux temps des prophètes, les humains en général, et le peuple de Dieu en particulier, qui a quasiment toujours été menacé ou dominé par des empires plus puissants que lui, étaient davantage préoccupés par l’impact des éléments naturels sur eux que par les dégâts qu’ils pouvaient occasionner à leur cadre de vie. Les éléments vitaux de base étaient bien plus précaires que dans nos sociétés occidentales modernes. Les prophètes mettaient alors en garde leurs concitoyens : une gestion injuste ou malhonnête des ressources disponibles revient à emprunter un chemin d’autodestruction. Trois prophètes expliquent au peuple que la surexploitation du sol, l’injustice sociale et la soif de domination conduisent à la mort.

    « Quel malheur pour ceux qui ajoutent maison à maison et qui joignent champ à champ, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espace ! Il n'y a de place que pour vous seuls dans le pays » ! (Ésaïe 5,8)
    « Ils convoitent des champs et ils s'en emparent, des maisons, et ils s'en saisissent ; ils oppriment le citoyen et sa maison, l'homme et son patrimoine. A cause de cela, ainsi parle le SEIGNEUR : Je prépare un malheur contre ce clan ; vous n'en retirerez pas votre cou, et vous ne marcherez pas la tête haute, car c'est le temps du malheur. » (Michée 2,2-3)
    « Vous dites : Quand la nouvelle lune sera-t-elle passée, que nous vendions le grain ? Quand le sabbat finira-t-il, que nous ouvrions les sacs de blé ? Nous diminuerons l'épha, nous augmenterons le prix, nous fausserons les balances pour tromper ; nous achèterons les petites gens pour de l'argent, le pauvre pour une paire de sandales, et nous vendrons même le déchet du blé. » (Amos 8,5-6)


    * Frères et sœurs, vous l’avez peut-être compris, ce matin, il est notamment question d’écologie. Je vous propose ce parcours biblique, cette prédication un peu différente, à partir de passages qui nous sont suggérés pour aborder le thème des conversions liées à l’écologie. Dans un an, les délégués au synode national de notre Union d’église débattront du thème « Écologie, quelle(s) conversion(s) ? ». En ce printemps, avant l’échelon régional qui travaillera à l’automne, c’est nous, au niveau local, qui sommes invités à nous saisir de ce sujet. Un sujet tellement vaste qu’en prélude à la réunion que nous aurons ensemble le vendredi 24 mai, je vous emmène à la découverte, trop rapide, de textes bibliques pouvant nourrir nos débats. Nous sommes partis d’une demande de pardon première, qui précède notre cheminement. Nous croyons en effet qu’y compris sur ces questions d’écologie et de respect de la Création dans toute sa plénitude, la grâce est première. Nous venons de marquer une première étape en observant que la réconciliation offerte n’a de sens que si nous sommes lucides sur notre péché, si nous nous repentons. C’est donc une première conversion, qui fait passer de l’inconscience ou d’un certain climato-scepticisme à la lucidité repentante. Avant d’évoquer d’autres conversions, je vous invite à marquer une petite pause en chantant.

    Cantique 565, strophes 1 et 2. Je crois en Dieu.

    * Au bénéfice du pardon obtenu par la mort du Christ, conscients de nos comportements qui posent problème, rappelons-nous que la Bible elle-même nous donne des outils pour être responsables. La Bible, d’abord, nous invite à la reconnaissance et à la louange, pour la vie accordée une première fois, puis renouvelée par la grâce de Dieu. De nombreux psaumes nous donnent des mots pour dire notre joie et nos bénédictions envers le Seigneur.

    * L’écologie est aussi une démarche spirituelle. C’est peut-être l’une des facettes les moins évidentes de la dynamique et du label « Église verte », un outil qui a été conçu pour aider les institutions ecclésiales, les communautés locales, mais aussi les membres des paroisses, à se saisir de la préoccupation écologique. Cette démarche engage les églises qui le souhaitent à réfléchir et à agir sur différents plans. Lors des repas de paroisse, sommes-nous attentifs à la provenance des aliments que nous mangeons ? Utilisons-nous de la vaisselle jetable ou réutilisable, quels déchets produisons-nous ? Quand des travaux ou des améliorations sont envisageables, faisons-nous le choix du mieux-disant environnemental, du plus efficace d’un point de vue énergétique ? Mais aussi, donc, nos textes et gestes liturgiques expriment-ils notre préoccupation et notre respect de la Création ?

    * Bien sûr, cela recouvre une infinité de chantiers qui pourraient nous effrayer. Comment faire, alors même que nos ressources sont en diminution ? Contrairement à ce que pensent certains, il est tout à fait possible de profiter d’un déclin pour entrer dans une démarche consciente de décroissance. Les théoriciens de l’effondrement, les chercheurs de la discipline émergente de la collapsologie, considèrent même que cette option de la sobriété heureuse, de la décroissance choisie, constitue un scénario trop optimiste et que les éléments nous conduiront, à échéance de quelques années, à nous organiser de façon très différente. Pour ces derniers, donc, le déclin est irréversible. Cela ne nous empêche évidemment et heureusement pas d’agir afin de nous adapter à ces processus que nous avons provoqués en quelques décennies.

    * En tant que croyants, il nous appartient notamment de rappeler que dans la Bible, la question de la limite est très importante. Depuis la Genèse, l’être humain sait que sa vie est limitée dans le temps. Les découvertes scientifiques, techniques et technologiques ont développé l’illusion mensongère que nous pouvions repousser toutes les limites. De même, les paradigmes souvent dominants parmi les économistes ignorent les limites et entretiennent la perspective dangereuse d’une croissance infinie et même indispensable à la justice. Alors que les humains disposaient d’infiniment moins de ressources, notamment énergétiques, la Bible rappelle la nécessité de limiter nos activités. L’institution du sabbat, un jour par semaine, vise ainsi à établir plusieurs gestes : d’abord, libérer l’être humain de l’esclavage du travail ; ensuite, offrir à ce même être humain une respiration pour se tourner vers Dieu mais aussi pour passer du temps à entretenir les relations, en famille et au-delà, des relations aussi vitales que le pain ! Vous le savez, certains contestent le principe de ce jour de congé hebdomadaire… Pourtant, dans le livre du Lévitique, le sabbat recommandé va beaucoup plus loin !

    « Au mont Sinaï, le SEIGNEUR dit à Moïse : Parle aux Israélites ; tu leur diras : Quand vous serez entrés dans le pays que je vous donne, la terre fera sabbat ; ce sera un sabbat pour le SEIGNEUR. Pendant six années tu ensemenceras ton champ, pendant six années tu tailleras ta vigne et tu en récolteras le produit. Mais la septième année il y aura un sabbat, un repos sabbatique pour la terre, un sabbat pour le SEIGNEUR : tu n'ensemenceras pas ton champ et tu ne tailleras pas ta vigne. Tu ne moissonneras pas ce qui provient des grains tombés de ta moisson, et tu ne vendangeras pas les raisins de ta vigne non taillée : ce sera une année sabbatique pour la terre. Le sabbat de la terre sera votre nourriture, à toi, à ton serviteur, à ta servante, au salarié et au résident temporaire qui séjournent en immigrés chez toi, à tes bêtes et aux animaux qui sont dans ton pays ; tout son produit servira de nourriture. […] Aucun de vous n'exploitera son compatriote : tu craindras ton Dieu ; je suis le SEIGNEUR (YHWH), votre Dieu.
    Mettez mes prescriptions en pratique, observez mes règles et mettez-les en pratique : vous habiterez en sécurité dans le pays. Le pays donnera son fruit, vous mangerez à satiété, et vous y habiterez en sécurité. Si vous dites : « Que mangerons-nous la septième année, puisque nous ne sèmerons rien et que nous ne récolterons rien ? » — je vous assignerai ma bénédiction la sixième année, et elle produira une récolte pour trois ans. Vous sèmerez la huitième année, et vous mangerez de l'ancienne récolte jusqu'à la neuvième année ; jusqu'à ce que la récolte de la neuvième année soit arrivée, vous mangerez de l'ancienne. La terre ne se vendra pas à titre définitif : le pays m'appartient, et vous êtes chez moi des immigrés et des résidents temporaires. Dans tout le pays qui est votre propriété, vous accorderez un droit de rédemption pour la terre. » (Lévitique 25,1-7 ; 17-24)


    * Oui, au désert, le peuple dépendait de la manne pour vivre. Celle-ci lui était fournie avec justice, avec des restrictions en terme de stockage ; pas d’accumulation possible. Mais une fois sorti du désert, une fois entré et établi sur un territoire fertile et fécond, ce même peuple sera toujours béni en abondance. Même en chômant une année entière tous les sept ans, même en laissant la Création toute entière au repos ! Dès le Lévitique, mais aussi dans la bouche de Jésus, la limite volontairement consentie est source de bénédiction. Car elle est liée à une confiance justifiée envers lui. Écoutez donc cet extrait lui aussi bien connu de l’évangile de Matthieu :

    « C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni, pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, ils ne recueillent rien dans des granges, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? Qui de vous peut, par ses inquiétudes, rallonger tant soit peu la durée de sa vie ? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas ; et pourtant je vous dis que pas même Salomon, dans toute sa gloire, n'a été vêtu comme l'un d'eux. Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs qui est là aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne le fera-t-il pas à bien plus forte raison pour vous, gens de peu de foi ? Ne vous inquiétez donc pas, en disant : « Qu'allons-nous manger ? » Ou bien : « Qu'allons-nous boire ? » Ou bien : « De quoi allons-nous nous vêtir ? » — tout cela, c'est ce que les gens de toutes les nations recherchent sans relâche — car votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6,25-34)

    * Frères et sœurs, devant l’immensité des enjeux, encore une fois, nous pourrions baisser les bras. Pourtant, nous sommes portés par une grâce qui nous précède, et qui nous donne la force nécessaire à une repentance sincère. De la repentance à la responsabilité, il n’y a qu’un pas, toujours accompagné par la grâce. Demandons aussi à Dieu de nous aider à recevoir les limites qui sont les nôtres comme des bénédictions. Et pour conclure ce parcours, gardons à l’esprit que nos conversions, aussi modestes soient-elles, sont démultipliées par le Seigneur. Ne nous abstenons donc pas de prendre des petites décisions, car Dieu participe au développement de la vie. Jésus l’exprime dans une parabole, en Matthieu 13
    « Il leur proposa cette autre parabole : Voici à quoi le règne des cieux est semblable : une graine de moutarde qu'un homme a prise et semée dans son champ. C'est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand elle a poussé, elle est plus grande que les plantes potagères et elle devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. »(Matthieu 13,31-33) –
    Amen.





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