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    Prédication du dimanche 5 mai 2019, au Temple...

    …par notre pasteur David Veldhuizen

    Actes des apôtres 5,27-41 (NBS) « Des témoins malgré les risques »

    Frères et sœurs,


    * L’histoire des mots ne constitue pas uniquement le plaisir des hommes et des femmes de lettres, des auteurs et autrices, des enseignants. Non, l’histoire des mots, la recherche de leurs origines et de leurs évolutions, leurs étymologies, c’est une démarche qui s’apparente à un voyage riche en aventures et en surprises. Il existe des méthodes, comme il existe des itinéraires balisés, mais bien plus que dans les séjours organisés, cette histoire des mots nous emmène dans des endroits inattendus qui peuvent nous étonner ou nous interpeller. Par exemple, quand nous avons lu il y a un instant la réponse que Pierre et ses compagnons apôtres adressent au grand prêtre, nous avons rencontré la phrase : « nous, nous sommes témoins de tout cela, avec l’Esprit saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » J’aimerais m’arrêter sur le mot « témoin ». En grec, il est écrit « martus ». Ce mot est passé par le latin, pour aboutir au mot français martyr. Dans notre langue, le martyr est défini comme un terme dont le premier sens s’applique aux chrétiens. Il désigne la « personne à qui on a infligé des supplices et/ou la mort parce qu'elle a refusé d'abjurer sa foi. » Par extension, le martyr est la « personne à qui on a infligé des supplices et/ou la mort pour une cause, un idéal ». Vous le voyez, entre le martyr, associé à une souffrance ou à une mort pour des questions de conscience, et le témoin, qui peut être la personne interrogée par des journalistes, la personne entendue par un tribunal, la personne présente à un événement comme un mariage, etc., les connotations et les enjeux ne sont pas les mêmes !

    * Au niveau de notre union d’église, cela fait quelques années que la formule d’ « Église de témoins » est utilisée, tant pour définir un objectif à atteindre que pour décrire un certain nombre d’évolutions à l’œuvre dans nos communautés. Une « Église de témoins » n’est ni une église qui va évangéliser tous azimuts, sans discernement, ni une église à laquelle on peut appartenir sans que cela ne s’accompagne d’un engagement, au moins d’un point de vue du partage d’une espérance bien spécifique. Frères et sœurs, quoi que vous pensiez de cette formule, que vous vous sentez concernés ou non, que vous la jugez pertinente pour ce que vous vivez ou avez envie de vivre, essayez d’imaginer maintenant si nous avions basculé dans l’autre univers du terme d’origine, s’il nous avait été proposé de constituer une « Église de martyrs »… Y serions-nous prêts ?

    * En fait, la décision ne nous appartient pas. En France, nous avons la chance de pouvoir exercer notre foi et notre culte avec la protection de nombreuses dispositions nationales et internationales, qui sont globalement bien respectées. Mais au fil de l’actualité, nous savons que tous ne bénéficient pas de nos conditions relativement paisibles, même si le discours anti-religieux existe et peut nous atteindre. Rappelez-vous, c’était il y a deux semaines à peine, lors du dimanche de Pâques. Au Sri Lanka, des attentats ont visés prioritairement des chrétiens : trois églises ciblées, un total de 253 morts. Pendant la Semaine Sainte, ce sont plus de 40 chrétiens du Nigéria qui ont été tués dans différentes attaques dans le nord du pays. Il y a deux ans, c’étaient les chrétiens coptes ; il y a trois ans, ceux du Pakistan, et il ne s’agit ici que des attaques ayant causé un grand nombre de victimes au moment de Pâques, telles que recensées par l’association Portes Ouvertes, spécialisée dans l’aide aux chrétiens persécutés. Le but de cette énumération, qui encore une fois ne mentionne pas les atteintes quotidiennes mais moins spectaculaires contre les chrétiens, le but n’est pas de créer ou d’entretenir un climat d’inquiétude…Je cherche davantage à souligner que l’on peut être persécuté, torturé ou tué pour ou à cause de sa foi chrétienne beaucoup plus que notre réalité locale ne nous y fait penser. On pourrait élargir le propos en incluant les autres religions. N’oublions pas que bien souvent, ce sont des musulmans qui sont les premières victimes des terroristes qui usurpent l’islam comme religion. La liberté de conscience et la liberté de culte sont, comme toutes les libertés, des possibilités fragiles, jamais à l’abri d’être restreintes par les forces du mal, quelles qu’elles soient.

    « Nous, nous sommes témoins de tout cela, avec l’Esprit saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » C’est l’une des phrases-clés de cet épisode du livre des Actes des apôtres. Avant d’en commenter d’autres, un petit retour sur ce qui précède notre texte. Nous sommes peu après la première Pentecôte, le don de l’Esprit saint aux disciples. Les apôtres témoignent de leur foi en Jésus, le Christ, et de très nombreuses personnes se convertissent, notamment suite aux prédications de Pierre, y compris dans le Temple. Des guérisons ont également lieu. Bref, pour les responsables religieux, ce fameux sanhédrin, qui avait considéré Jésus comme un blasphémateur et avait donc requis la peine de mort à son encontre, bref, la mort de Jésus n’a servi à rien pour restaurer leur influence auprès du peuple et leur quiétude théologique. Jésus est mort, et voilà que ceux qui l’avaient suivi reprennent son enseignement, qu’ils opèrent à leur tour des miracles, qu’ils donnent toujours davantage de crédibilité à cette nouvelle compréhension de la relation entre Dieu et les humains… Pierre et Jean ont donc été convoqués devant le sanhédrin, exhortés à se taire, relâchés, mais ils n’obéissent pas. Les apôtres sont à nouveau arrêtés, ils sont libérés par un ange, et ils continuent à prêcher dans le Temple.

    * C’est là qu’ils sont à nouveau amenés devant le tribunal religieux, pour l’épisode que nous avons entendu. Ils s’expliquent alors sur leur attitude, employant une autre phrase-clé de ce passage : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’à des humains. » Cette phrase a tout pour « faire le buzz » comme ont dit aujourd’hui : elle est claire et semble frappée au coin du bon sens et du courage. Elle peut nous faire penser, entres autres, à nos ancêtres dans la foi protestante, qui ont tenu ferme, comme Luther devant le pape, comme les huguenots face aux dragons du roi. Cette phrase, aussi, peut se révéler extrêmement dangereuse. Car n’importe quel individu, radicalisé dans sa foi, peut invoquer un tel prétexte pour essayer de justifier l’inqualifiable. Il y a quelques jours, c’est un jeune protestant américain qui a ouvert le feu dans une synagogue en Californie, tuant une fidèle et blessant trois personnes, parce qu’il reprochait aux Juifs d’avoir tué Jésus… Derrière cette formule qui pourrait être emblématique de la liberté de conscience, il y a la possibilité de rejeter toutes les règles humaines, y compris celles qui constituent les bases de la volonté de Dieu !

    * « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’à des humains. » Cette phrase si sensible pourrait sembler contre-balancée, à la fin du texte, par une autre, prononcée par le pharisien Gamaliel. Il dit aux autres membres du tribunal : « Prenez garde de ne pas vous trouver en guerre contre Dieu ! » En effet, tant les membres du tribunal que les apôtres qui comparaissent devant eux se réclament de l’obéissance à la volonté de Dieu, à la Loi, à l’Alliance. Or dans une telle confrontation, le risque est réel de se retrouver à faire le contraire de ce que Dieu nous recommande. Les conseils de Dieu ne sont pas faits pour lui plaire, mais bien pour nous permettre de participer à la construction de son royaume, un royaume d’amour et de paix. Bref, si l’on en arrive à une confrontation entre deux volontés de Dieu, il est urgent de relire ce que suggère notre maître de la loi, Gamaliel. Ce pharisien a en effet énoncé un principe que l’on appelle d’ailleurs depuis le « principe de Gamaliel ». Écoutez donc. « S’il s’agit d’une décision ou d’une œuvre humaine, elle disparaîtra ; mais si cela vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire disparaître. » Dit autrement : attendons et regardons les suites, les conséquences, les fruits de cette effervescence des apôtres. S’ils sont durables, c’est qu’ils ne s’opposent pas à la la volonté de Dieu. S’ils s’estompent rapidement, c’est qu’ils n’étaient pas solides, qu’ils ne pouvaient pas être validés par Dieu… L’expression britannique de « wait and see » semble inspirée de ce principe d’apparence raisonnable. Pourtant, nous pouvons aussi considérer qu’un tel comportement relève d’une certaine passivité, voire d’une désinvolture qui peut se révéler finalement dangereuse. Car il existe des idéologies et des discours porteurs de haine, de destruction, ou de division de nos sociétés ; et nous savons déjà, par l’Histoire et par l’expérience, que leur accorder de la place puis du pouvoir n’est pas raisonnable mais au contraire très risqué pour tous. Est-ce le cas de la Parole de Dieu, de l’Évangile ? Non, le message dominant est celui d’un amour qui dépasse les divisions ; la Bible n’est pas, dans sa globalité, porteuse de haine, vecteur de déchirements, bien au contraire.

    * L’histoire des apôtres devant le sanhédrin constitue-t-elle donc un exemple pour notre témoignage, ou au contraire, nous effraie-t-elle à cause des enjeux qu’elle pourrait impliquer ? Nous inspire-t-elle de la crainte ou du rejet, parce que nous ne voudrions pas devenir des martyrs au sens de persécutés à cause de notre foi, de crainte d’être assimilés à des individus prêts au pire au nom, encore une fois, d’un dieu différent du nôtre et qui ressemble d’ailleurs davantage au mal absolu ? Les phrases des apôtres nous seraient insupportables de la bouche de quelqu’un qui ne partage pas du tout notre foi ni même les grands principes de fraternité humaine qui structurent les sociétés…

    * Il faut en effet du discernement pour un témoignage qui ne se fait pas sans risques, puisqu’il s’agit d’exposer une part de notre intimité, cette dimension spirituelle qui noue une relation avec Dieu. Ce discernement se fait à partir de différents critères ou filtres. Parmi ces critères, il convient de penser aux messages principaux qui se déploient à travers la Bible ; il faut aussi remettre à la prière, y compris communautaire, nos occasions et nos moyens de témoignage ; nous devons veiller à ce que les grands principes humains que j’évoquais ne soient pas bafoués par notre prise de parole ou notre attitude au nom de notre foi. Car oui, frères et sœurs, la question n’est pas tant de témoigner ou de nous en abstenir, que ce soit par prudence ou par paresse. La Bonne Nouvelle transmise par les évangiles nous transforme en témoins ; cela est particulièrement visible dans l’évangile de Jean, qui invite à une transformation de l’auditeur en témoin, au fil de ses 21 chapitres. Oui, l’Esprit nous pousse au témoignage. Cet Esprit ne constitue donc pas une excuse ou un bouc émissaire, c’est un don tellement généreux qu’il ne peut qu’être partagé. C’est un amour, une paix, une joie tellement abondants que nous ne pouvons pas les garder pour nous, que nous pouvons faire sereinement face aux hostilités de toutes sortes.
    Que l’Esprit nous encourage et nous fasse mûrir tant en audace qu’en sagesse pour proclamer la Bonne Nouvelle et construire le Royaume !
    Amen.





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