ACCUEILACTUALITESFORUMMEDITATIONACTIVITES
DECOUVRIRSOLIDARITELA CIMADEORGANISATION EGLISETHEOLOGIE FORMATION
JOURNAL EDVECHOS...Partages bibliques
EGLISE PROTESTANTE UNIE DE FRANCE ANNONAYJeudi 20 Juin 2019Contact:
 
MEDITATION
  • MEDITATION
  •  Revenir à la rubrique 
    21.04.2019 - Culte du dimanche de Pâques au Temple

    Prédication à deux voix, par les pasteurs Karine Gerstlé et David Veldhuizen
    Luc 24,1-12 (NBS) – « Il n’est pas ici »

    (Karine)
    * Je me souviens très bien, c’était l’aube. Nous étions plusieurs femmes qui avons suivi Jésus jusqu’au moment de… vous savez, lorsque les Romains l’ont cloué sur la croix. L’air était doux, ce qui laissait présager un agréable dimanche ensoleillé, mais nos cœurs étaient lourds. Nous nous rendions au sépulcre avec tous les aromates dont nous avions besoin pour préparer le corps comme c’est la coutume.

    * Quel choc ce fut, lorsque nous vîmes la pierre roulée devant le tombeau. Personne n’avait dit qu’il viendrait s’occuper du corps de Jésus, et surtout pas les disciples… la plupart ont fui lors de son arrestation, bien trop effrayés d’y laisser leur peau eux aussi. La pierre était roulée et le tombeau était vide ! Le corps de notre Seigneur n’y était plus… J’ai tout de suite cru que je perdais la tête… je me suis dis que c’est la lumière du jour qui se lève qui m’a fait avoir des hallucinations mais lorsque mes yeux s’étaient accoutumés, le tombeau était toujours vide… Jeanne a eu un malaise tant le choc fut grand, heureusement que Marie-Madeleine l’a soutenue. Moi j’étais sonnée, une foule de questions m’a traversée l’esprit en quelques secondes… Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Sommes-nous au bon endroit ? Qui a bougé la pierre ? Ou est Jésus ? A-t-on volé le corps ? Suis-je en train de devenir folle ?

    * Et le choc ne s’est pas arrêté là… Lorsque nous sommes ressorties, deux hommes nous attendaient… Ils portaient tout deux des tuniques éclatantes… Sur le coup, je me suis rappelée que Pierre avait raconté qu’une fois, la tenue de Jésus était devenue éclatante aussi, sur la montagne où il l’avait vu avec Elie et Moïse… Mais était-ce la même chose ? Moi je ne sais pas pourquoi c’était si brillant, comme s’ils avaient découvert une lessive miraculeuse qui ravive le blanc et le rend plus blanc que blanc… Et puis, toute cette lumière leur conférait une attitude étrange… on n’en menait pas large avec les copines. Il faut dire aussi, qu’ils sortaient de nulle part, ils étaient de parfaits inconnus, on ne les avaient jamais vus et pourtant, c’est bien nous qu’ils attendaient. Ils savaient qu’on était là pour Jésus et il nous ont posé une question qui nous a laissé bouche bée…
    « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? ». Le vivant... parmi les morts...
    - Que veulent-ils dire ces hommes? Ils ont expliqué qu’il n'était plus là mais qu’il s’était réveillé de son sommeil profond. Mais s’il n’est plus là, il est où ? Parce que bon, nous, on l’a vu quand il a été mis dans le tombeau… Mais ils nous ont rappelé ce que Jésus avait dit une fois : « Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé, lorsqu'il était encore en Galilée, et qu'il disait: Il faut que le Fils de l'homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour. » Mais comment pouvaient-ils savoir cela ? Ils n’étaient même pas là ce jour-là ! Il n’empêche, Jésus avait bien parlé de ça et du coup ça fait vraiment sens. Au fond, je ne sais pas comment expliquer mais mes amies elles diront comme moi… dans mon cœur, je sens qu’ils ont raison, même si je ne comprends pas pourquoi. Jésus, il n’a jamais été un rabbi ordinaire, bien au contraire ! Il ne parlait pas forcément bien, d’ailleurs il répondait toujours par une question quand on lui en posait une mais il a accompli des miracles quand même !

    * Alors on est reparties en courant, il fallait qu’on raconte ce qu’on avait vu aux disciples de Jésus pour qu’ils arrêtent de se morfondre sur leur sort… et puis c’est incroyable tout ça ! Ah ça oui, incroyable c’est bien le mot… ils nous ont pris pour des hystériques… ils ne nous ont pas cru une seule seconde… on a eu beau leur répéter en long en large et en travers, rien à faire, ils n’ont pas bougé de leurs nattes. Mais s’ils avaient été voir ne serait ce que ce tombeau, ils auraient su qu’on ne racontait pas des histoires… Ils auraient vu que le tombeau est vide ! Il y a bien Pierre qui est parti en courant, mais je ne sais pas s’il y a été ou non… il n’est pas revenu ensuite… mais pourtant moi je suis sûre que ces deux hommes nous ont bien dit : « Il n’est pas ici », moi j’ai bien vu que le tombeau était vide..............(Interlude)

    (David)
    * Oui, Pierre est parti en courant, il a constaté le tombeau vide, et il est rentré chez lui. Car lui n’a pas vu les deux inconnus habillés de vêtements éclatants. Lui, bien sûr, avait aussi été témoin pendant toutes ces années de ce que Jésus avait dit et accompli. Celui qui était auparavant Simon, pêcheur de Galilée, avait donc déjà vu sa vie transformée. Des guérisons miraculeuses, des aliments multipliés, des éléments maîtrisés… Et des paroles qui avaient bouleversé sa lecture des textes hérité de ses pères, qui avaient profondément renouvelés sa compréhension de cette relation que Dieu veut engager avec chaque être humain.
    - Pierre, on peut s’en douter, est lui aussi en plein questionnement. Depuis l’entrée royale à Jérusalem, une semaine auparavant, il est passé par toutes les émotions, dans des intensités extrêmes. Il s’était engagé à suivre Jésus jusqu’à la mort, et il doit vivre avec ce remords de l’avoir renié trois fois en quelques heures, il doit vivre avec la distance qu’il a gardé alors que Jésus affrontait les pires souffrances, humiliations, injures, et bien sûr ce corps supplicié, il doit vivre aussi, avec une illusion perdue, celle qu’au dernier instant, Jésus pourrait échapper à la mort.
    - Son sabbat, celui des fêtes de la Pâque, aurait du être joyeux. Mais dans ces circonstances, son samedi a probablement été parmi les pires de ce que l’on peut connaître. Et donc, au troisième jour, alors qu’il était encore dans la sidération, dans l’abattement, le récit des femmes pouvait être considéré comme une provocation de plus sur cette blessure vive. Pourtant, il veut se faire sa propre opinion sur le tombeau vide. Et il constate en effet qu’un mystère, nouveau, annonce une suite. A cette heure, cette suite n’est pas encore bien identifiée pour lui, mais elle existe, comme une possibilité.

    * Chers amis, il vous est peut-être arrivé d’accompagner les derniers temps d’un de vos proches.
    Peut-être avez-vous eu le privilège d’accompagner cette personne sans vous éloigner un instant, un privilège paradoxal car vous pouviez ressentir votre impuissance à retarder ou à empêcher l’échéance finale, que vos efforts pour soigner la dignité de cet être cher vous semblaient bien dérisoires, et pourtant, ils étaient essentiels. Dans ce cas, vous comprenez sûrement l’expérience de ces femmes qui ont suivi Jésus, depuis son ministère jusqu’au chemin de croix, puis jusqu’au tombeau.
    - Mais peut-être avez-vous vécu quelque chose de similaire à Pierre, débordant de bonne volonté, mais finalement empêché, par les événements ou notre vulnérabilité humaine, d’aller jusqu’au bout de l’accompagnement. Dans ce cas, ce sont davantage les regrets, la culpabilité, le désespoir qui ont pu vous habiter.
    - Nous pourrions appliquer la même comparaison en parlant d’autres phénomènes. Nous sommes témoins, y compris ici à Annonay, d’une lente érosion de ce que nous considérons constituer notre église. Ce déclin n’est pas nouveau, mais je pense que certains craignent maintenant une disparition, oh, pas immédiate, mais quand même… C’est vrai, des activités qui ont fonctionné pendant des décennies voient leur existence questionnée ; certaines se transforment, d’autres s’arrêtent. Et peut-être vous sentez-vous comme les femmes qui ont suivi Jésus, dans ce processus : fidèles, malgré tout.
    Ou plutôt comme Pierre, avec des regrets de ne pas avoir fait ce que vous considériez comme votre devoir.

    * Or la Bonne Nouvelle de Pâques s’adresse à toutes et à tous. Aux femmes venues au tombeau, comme aux amis qui avaient pris leurs distances. Les premières sont aussi les premières à entendre puis à comprendre et à croire au Ressuscité ; mais les autres ne tarderont pas, même s’il est encore trop tôt. Frères et sœurs, même ce qui nous paraît immuable, on peut penser à Notre-Dame de Paris ou à notre église traditionnelle, même ce qui nous paraît immuable est vulnérable et peut disparaître. C’est une parole dure, et pourtant vraie. Mais la vérité, c’est que Dieu est aussi dans la vulnérabilité, et que nous n’avons donc pas à la craindre, que nous pouvons même l’accepter ! Jésus nous a montré le chemin, il est allé jusqu’au bout de nos vulnérabilités. Et c’est parce qu’il les a accepté, qu’il les a assumé, que la résurrection est possible, qu’une autre vie peut commencer. Accepter la mort de ce qui nous est cher, l’accompagner comme nous le pouvons, c’est indispensable pour que surgisse une vie nouvelle.
    (Interlude)

    (Karine)
    * Le premier jour de la semaine, quelques femmes gagnées par la tristesse s’apprêtent à accomplir la toilette rituelle du mort déjà enseveli dans son tombeau… Mais, « Il n’est pas ici » nous dit l’évangile. Ainsi, la vie repart et continue… Il est ressuscité !
    - Ces mots et ces situations étonnantes qui ne ménagent pas nos illusions, nous suggèrent que ressusciter, c’est rejoindre la vie où elle se donne à vivre ; sur un chemin de campagne, dans une communauté de personnes rassemblés pour manger ensemble, devant une tombe, auprès de femmes accablées par le deuil et la mort. Tous se laisseront surprendre par cet inattendu de la résurrection qui viendra, soudain, changer leur regard sur la réalité présente.

    * « Il n’est pas ici » : Oui, il n’est pas ici, il est dans tout ce qui fait que Pâques n’est pas un événement du passé mais une réalité présente. Il n’est pas ici, il est dans tout ce qui fait que la vie l’emporte sur la mort.
    - Même si nous connaissons ce texte, quelle signification lui donner ? Quel est le sens de ce récit ? « Il n’est pas ici », ce n’est pas chercher Jésus parmi les morts, mais parmi les vivants. Ma foi vide ce tombeau de toute réalité, de toute importance, le vrai miracle, c’est le miracle de Pâques, c’est le miracle de la foi. Pâques et sa « résurrection incompréhensible » pour nos esprits scientifiques, vient changer notre regard sur le monde et vient, surtout ouvrir des brèches d’espérance dans ce que nous pourrions appeler les tracas de la vie. Car croire au miracle de Pâques, ce n’est pas seulement croire que Jésus soit ressuscité à un instant T, dans un passé loin et défini. Une telle croyance resterait vide de sens pour nous, si ce n’était la commémoration d’un évènement historique. Croire au miracle de Pâques, relève bien, dans les évangiles, d’une expérience à vivre.
    - Et, ce que nous pouvons en retenir, c’est comment, dans l’évangile, la résurrection vient soudain barrer la route à l’absurde de la croix. Ainsi, dans les circonstances les plus inattendues, Pâques annonce un commencement, là où nous ne discernions avec la croix, qu’une fin, qu’une mort, qu’une tombe, qu’un échec et une déconvenue....

    * Car au fond, la croix et la mort de Jésus, c’était la déprogrammation d’un certain message d’espérance. A l’inverse, aujourd’hui, le Christ est ressuscité quand ce qu’il incarne devient vrai. Quand la confiance en soi et l’optimisme de croire que le meilleur est pour demain, le Christ est ressuscité quand tout cela l’emporte sur ce qui nous brise et nous condamne. Ce Christ qui meurt et qui ressuscite n’est pas une figure du passé mais une réalité présente. Pâques n’est pas une vieille fête chrétienne qui nous rappelle un évènement du passé. La pierre roulée du tombeau, ce « il n’est pas ici » nous appelle à l’aventure, à conjuguer notre foi au présent et au futur. Raphaël Picon disait que ce « il n’est pas ici » fait du christianisme un optimisme et la plus belle des fêtes.
    - En effet, puisqu’il n’est pas ici, ce Christ peut être potentiellement partout, c’est donc partout qu’il nous faut maintenant partir le chercher. Et non plus seulement dans ce que nous considérions comme immuable, et non plus seulement dans des groupes et des activités bien identifiées dont nous peinons à accepter la vulnérabilité. C’est ailleurs et partout. C’est dans ce sens que le christianisme est un appel à l’aventure.

    * En ce jour de Pâques où nous célébrons la résurrection de Christ, rappelons-nous que nous sommes nés de cette folle promesse. Ce matin, nous nous sommes mis à la place des femmes, mais aussi de Pierre. Ne sommes-nous pas aussi comme ces deux hommes apparus proches du tombeau, sortis de nulle part, appelés à être témoin de cette résurrection, de ce tombeau vide qui nous bouscule et nous déplace ?
    - Cette bonne nouvelle vient placer un « cependant » là où le désespoir semblait prendre toute la place, comme cette croix brillante et tenant debout au milieu des débris de la cathédrale Notre Dame. D’heure en heure, de jour en jour, de siècle en siècle, la nouvelle de la vie plus forte que la mort fait son chemin comme une invitation à ne pas rester enfermés dans nos deuils comme ses femmes partant partager ce qu’elles ont vu et entendu, se déplaçant de ce lieu où la vie a dépassé la mort.
    - Pour nous aussi, ne pas rester dans nos lieux de souffrances et d’échecs, mais aller de l’avant pour les dépasser. Parce que la résurrection nous invite à nous déplacer, à oser l’aventure pour faire rouler les pierres des tombeaux, pour déplacer la mort et rendre, à nouveau, possible la vie.
    Amen.





    Site hébergé par annonay.org
    l'Internet Associatif du Pays d'Annonay