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    14.04.2019 - Culte du dimanche des Rameaux…

    …par notre pasteur David Veldhuizen

    Luc 19,28-40 (NBS) « Un salut irrésistible »

    Frères et sœurs,


    * L’histoire des Rameaux, c’est comme celle de Noël, on la connaît par cœur. On la connaît tellement que l’on pourrait passer à côté de quelques surprises, selon l’évangile que l’on lit. Par exemple, l’évangile de Luc que nous venons d’entendre nous raconte bien l’épisode dit des Rameaux. Pourtant, Luc ne fait aucune mention de rameaux, un mot employé par Marc, ni de branches de palmiers, comme Jean l’écrit, ni de branches tout court, selon le récit de Matthieu. Autre absence étonnante, le mot « Hosanna », crié par la foule, et qui signifie « sauve-nous maintenant », ne figure pas chez Luc !

    * En revanche, alors que pour la Nativité, notre mémoire pense que la Bible mentionne explicitement la présence d’un âne, présence que nous ne pouvons que la supposer, et qui ne change rien à l’événement ; ici, il y a bien un âne, et il a son importance ! Accordons-lui un peu d’attention, d’abord parce que Luc nous donne un certain nombre de détails, et que cela signifie sûrement quelque chose, et aussi parce que là encore nous pouvons avoir des interprétations un peu déformées, deux mille ans après les faits.

    * Première information sur cet âne : c’est plutôt un ânon, et Jésus précise qu’il n’a jamais été monté. Je reviendrais sur ce point dans un instant.
    - La deuxième information, c’est que Jésus sait qu’il réquisitionne un animal sur lequel il n’a à priori aucun droit, et il indique aux disciples qu’il charge de la commission d’employer une phrase ambiguë, équivoque : « le Seigneur, ou le maître, en a besoin ». Une telle formulation laisse à croire que le propriétaire terrestre légitime de l’ânon a envoyé les deux disciples le chercher ; moins qu’il s’agit d’un emprunt. L’ambiguïté, bien sûr, est que Jésus, fils du Créateur, peut en effet invoquer des droits sur cette créature animale, d’abord, comme je le disais, en tant que fils du Créateur, en tant qu’héritier, en quelque sorte, et d’autre part, parce qu’un tel animal est nécessaire à l’accomplissement de prophéties divines, accomplissement qui peut être jugé prioritaire à l’usufruit d’un ânon pendant quelques heures ! Pour le dire plus simplement, l’accomplissement des promesses de Dieu peut être considéré comme prioritaire sur la possibilité d’utiliser un âne. D’ailleurs, quand les disciples viennent effectivement prendre la monture, il nous est indiqué qu’ils sont en effet interrogés sur ce qu’ils font, et ce sont même « les maîtres » de l’ânon qui posent la question. Mais ces propriétaires semblent reconnaître que leurs droits sur l’animal sont secondaires par rapport à ceux d’un seigneur ici évoqué.
    - Une autre information, qui n’est pas dans le texte, mais qu’il peut être nécessaire de souligner. Dans l’Ancien Testament, l’âne n’est pas un signe d’humilité, comme on le pense souvent. Au contraire, comme d’autres monarques, Salomon, fils de David, fait une entrée royale dans la capitale Jérusalem monté sur un âne. Salomon, un roi, fils de David, qui entre dans Jérusalem… Jésus lui-même est descendant de David, il est considéré comme un roi, et ce jour-là, il entre dans la ville de Jérusalem, monté sur un âne… Ce n’est pas une coïncidence !

    * Revenons maintenant à cet ânon, « sur lequel aucun homme ne s’est jamais assis. » Avons-nous besoin d’être des spécialistes en équitation pour nous étonner ? Vous semble-t-il raisonnable de monter sur un cheval ou un âne qui n’a jamais été monté avant vous, qui n’a pas été débourré, pour prendre le terme technique ? Une de mes sœurs, passionnée d’équitation, me déconseillerait probablement l’exercice ! Et moi qui n’ai jamais vécu à la campagne, j’ai quand même des images de bandes dessinées ou de films avec des rodéos, images de chutes rapides et spectaculaires à partir desquelles mon expérience me fait supposer un danger très sérieux ! Or ce jour-là, Jésus sait qu’il y a un ânon jamais monté disponible, et c’est celui-ci qu’il envoie chercher. Et c’est sur cet animal qu’il va parcourir quelques centaines de mètres au cœur d’une foule bruyante, agitée, tumultueuse… Oui, la distance entre Bethphagé, le Mont des Oliviers et les murs de la ville est approximativement d’un kilomètre, mais pendant le parcours, pas de ruades, pas de chutes… Une foule, joyeuse, qui pose ses vêtements sur le chemin, comme un tapis pour que même les sabots de l’âne soient protégés et honorés…

    * Si je prends autant de temps ce matin sur les précisions qui nous sont données concernant l’âne, c’est parce que ces détails servent à Luc, et à Dieu, pour nous dire quelque chose. « La multitude des disciples, tout joyeux, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus. » En fait, ils sont à ce moment témoins d’un nouveau miracle, de ce Jésus qui dresse, qui domestique un ânon qui n’avait jamais été monté. Miracle inutile, pourrait-on penser, quand on le compare à des guérisons par exemple. Mais ce que ce phénomène étonnant illustre, à nouveau, c’est la maîtrise que Jésus a sur les éléments de la Création, et sur les événements. Il avait apaisé la tempête sur le lac, le voilà qui sait monter un ânon novice, en douceur. Jésus est maître des éléments, et maître des événements. Oui, il est important, à ce moment de la vie de Jésus, de saisir que ce qui va suivre ne relève pas d’un enchaînement malheureux de circonstances, mais qu’il est bien partie intégrante d’un projet voulu par Dieu, accepté par celui que l’on reconnaît comme le Christ. Pas de fatalité dans la Passion, dans la croix, mais le plan de Dieu pour l’humanité.

    * Notre récit ne se limite pas à cet exploit de dressage. Pendant que Jésus chevauche cet ânon, il s’avance vers Jérusalem, avec autour de lui une foule de disciples, nous dit Luc, ce qui suppose une majorité d’hommes et de femmes qui ont suivi Jésus, ou qui lui reconnaissent à minima une autorité significative, qui pressentent qu’avec cette arrivée de Jésus dans la Ville Sainte, à quelques jours de la fête juive de la Pâque, il se joue quelque chose de décisif. Ces disciples, nous informe Luc, ces disciples ont été témoins de miracles, et on peut supposer qu’ils ont entendu des enseignements de Jésus ; il sont capables de saisir que les promesses de salut, de délivrance, transmises par les prophètes, que ces promesses vont connaître un accomplissement imminent. Pour acclamer Jésus, la foule cite le Psaume 118, « Béni soit celui vient au nom du Seigneur ». La foule ajoute que le bénéficiaire de la bénédiction n’est pas un pèlerin ordinaire, mais qu’il est de rang royal. En effet, le Psaume fait référence au pèlerin qui entre dans le Temple ; il rappelle au passage que dans les temps anciens, royauté politique et pouvoir religieux étaient entremêlés.

    * La foule semble donc majoritairement composée d’hommes et de femmes qui reconnaissent à Jésus un rôle déterminant, unique, dans le projet de Dieu à l’égard de son peuple. Mais bien sûr, il y a des adversaires. Ici, des pharisiens, qui demandent à Jésus de « discipliner ses disciples ». En effet, toutes ces acclamations ont de quoi les contrarier. Jésus avait, à plusieurs reprises, critiqué l’attitude des chefs religieux, et les paroles selon lesquelles Jésus serait le Messie, c’est-à-dire venu de Dieu, les choque, car selon eux, Jésus n’est qu’un homme, et il blasphème en prétendant que dans cette humanité il y a la sainteté toute autre de Dieu. Ils peuvent craindre aussi que cet événement, qui ressemble en tout point à l’entrée d’un roi dans sa capitale, acclamé par ses sujets, que cet événement remette en cause les pouvoirs en place ; celui des Romains, cela les arrangerait mais peut-être pas à n’importe quel prix ; le leur, bien sûr, cela leur serait insupportable. Ils souhaitent donc que cette effervescence soit contenue, voire brisée.
    - Mais Jésus leur répond : « Si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront ! » Cette phrase est forte. En effet, Jésus n’exclut pas de demander à ceux qui l’accompagnent d’être moins bruyants ou exubérants. Mais il suggère que cela ne servirait à rien. Ce que la foule crie, cela est tellement fort que si l’on essaie de le canaliser d’un côté, cela jaillira d’un autre. Il y a une puissance irrépressible, irrésistible, qui s’exprime ici. Les disciples ont une soif éperdue de salut. Car oui, ils ont l’intuition que Jésus est bien le Messie, qu’enfin, le salut annoncé par les prophètes, l’accomplissement des promesses répétées de Dieu, oui, tout cela dépend de Jésus, le Christ. Dans les autres évangiles, on nous rapporte les « Hosanna », ces mots criés sur le chemin de Jésus, ces mots qui signifient, je vous le rappelle : « Sauve-nous, maintenant ». C’est tout de suite, c’est important, c’est urgent, c’est vital. On ne peut pas empêcher cet appel à la délivrance de retentir. On ne peut pas non plus arrêter la progression de Jésus dans sa mission.
    - Pourtant, nous le savons, il y a bien un malentendu. Jésus ne vient pas prendre le pouvoir du roi Hérode ou de Pilate, le représentant de Rome. Jésus vient bien apporter le salut, le pardon et la réconciliation avec Dieu, mais pas comme les humains l’attendent. Le Messie est conscient du malentendu, mais il ne l’empêche pas ; encore une fois, il est nécessaire que cette soif de liberté et de dignité monte vers Dieu, quitte à faire du bruit !

    * Frères et sœurs, l’évangéliste Luc, en nous racontant cette entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, oublie peut-être les rameaux. Mais il glisse de nombreux indices pour nous faire comprendre que Jésus est pleinement maître des éléments et des événements, que ce qui va suivre n’est donc pas une succession malencontreuse de fatalités, mais bien l’accomplissement irrésistible de la promesse du salut de l’humanité par le Christ. Ce projet de Dieu est tellement nécessaire et vital qu’en ce début de Semaine Sainte, il ne peut qu’advenir, de façon imminente. Un ânon non dressé, une foule partiellement convertie, et même des pharisiens hostiles, tout cela va être mis au service du sacrifice du Christ, de sa mort sur la croix. Tout cela est nécessaire pour que la mort, conséquence de nos fautes, que la mort soit vaincue. Ainsi, ni notre péché ni la mort ne nous séparent encore de l’amour de Dieu. Amen.





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