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    31.03.2019 - Échange de Chaire entre l’Église catholique de Bourg-Argental et l’Église protestante unie d’Annonay

    Prédication à l’Église catholique de Bourg-Argental…
    …par le Pasteur Jacques Vernier

    Lectures bibliques
    Luc 15, 1-3 ; 11-32 ; 2 Cor. 5, 17-21 ; Josué 5, 10-12 (textes du 4èmedimanche de carême).


    * Il faut lire tout le texte indiqué dans Luc dont voici la conclusion :
    « Le Père lui répond : « Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait faire la fête et nous réjouir. En effet ton frère qui est là était mort et il est revenu à la vie. Il était perdu et il est retrouvé. »

    * Frères et sœur, Croyez-vous en Dieu ? Et moi, est-ce que je crois en Dieu ?
    La réponse est presque évidente. Si nous sommes rassemblés ce matin, c’est que nous croyons en Dieu et que nous venons ressourcer notre foi. Nous n’en sommes plus à nous demander, le protestant au catholique, le catholique au protestant : ah, vous croyez aussi en Dieu…le même ? Nous dirons ensemble le symbole des apôtres pendant la messe tout à l’heure.
    - La vraie question est : qui est ce Dieu en qui nous disons croire ?

    * Nous croyons en Dieu, ce n’est pourtant pas si évident que cela. Beaucoup croient en Dieu, beaucoup plus que ceux qui l’avouent. Mais en quel Dieu, qui est Dieu pour eux ? Dieu est à la mode à condition que chacun se fasse sa petite idée de Dieu, son « Bon Dieu » perso…sans avoir à rendre compte à quiconque de sa foi. Et croire en Dieu, même pour un pasteur ou un prêtre, ce n’est pas si évident que cela. Nous ne sommes pas tombés dans la potion magique à la naissance comme Astérix...
    - En quel Dieu croyons-nous ?
    Ce n’est pas Allah, ce n’est pas le Dieu des philosophes, ce n’est pas l’horloger qui a mis en route la mécanique compliquée du monde…J’avoue que je me méfie beaucoup de ceux qui me disent de toute façon nous avons tous, le même Dieu. Oui, mais quel Dieu, et c’est quand on se met à parler concrètement de ce Dieu que les divergences apparaissent…
    - Croire en Dieu : La réponse vous semble peut-être évidente…
    Mais elle ne l’est pas pour beaucoup de ceux qui nous entourent. Chacun a son Dieu, ou un Dieu clandestin, le pire de tous : les dieux du foot, les stars de la chanson, tout ce qui accapare notre attention, notre temps, nos disponibilités aux autres, notre argent, notre adoration, notre passion…
    - Alors je vais vous l’avouer ce matin : je ne crois pas en Dieu, je ne crois pas en Dieu tout banalement, trop simplement…
    Je crois en ce Dieu, en ce Père qui nous est décrit ici dans la parabole que nous venons d’entendre. Un père pas comme les autres, un Dieu hors du commun. Oui c’est vers le 3ème personnage de la parabole que je voudrais me tourner, sans oublier les deux autres, les deux fils, mais nous les regarderons au travers du regard de ce Père pas comme les autres.
    Celui qui est présent du début à la fin dans cette histoire, ce père différent si l’on regarde aux modèles paternels que nous avons sous les yeux. Il n’est pas immobile et figé, mais toujours en mouvement, car aimer, c’est être toujours en mouvement vers l’autre, pour le comprendre et l’accompagner sans être son gardien. Il n’est pas culpabilisant mais toujours ouvert, accueillant…. Je voudrais le décrire comme un père surprenant, un père miséricordieux, un père qui nous interroge, bref : un père image de Dieu !

    Un père surprenant d’abord.
    N’est-il pas surprenant de le voir laisser partir son fils, sans faire d’objection, avec ce qui lui revient normalement d’après les coutumes de l’époque, où le fils ainé ramassait la plus grande partie de l’héritage et où le cadet ne recevait que le tiers des biens disponibles (il n’avait pas droit à la terre. (cf. Deut. 21/17).
    - L’attitude du père ne correspond pas du tout à l’attitude courante, même aujourd’hui où la permissivité est de mise et où le rôle du père s’estompe au grand dam des psychologues ! Il laisse partir son fils sans faire d’objection. Nous dirions volontiers qu’il manque de sens pédagogique. N’aurait-il pas pu au moins exhorter son fils à prendre garde aux tentations, aux difficultés qui l’attendent dans le « monde » ? « Mon fils, écoute bien, tu regretteras bien vite la douceur du foyer paternel ! ».
    - Il aurait pu aussi tenir des propos amers sur l’ingratitude des enfants, des nouvelles générations. Il aurait pu essayer de le retenir par des promesses…« je te donnerai plus d’argent de poche… ». Rien de tout cela.
    - L’attitude du père de la parabole ne correspond pas du tout à l’attitude courante, même en ce temps de démission des pères dit-on…Il accepte son impuissance devant la décision de son fils cadet et le laisse suivre sa voie. C’est inattendu, ne pensez- vous pas ?

    Un père miséricordieux.
    Autre élément surprenant de ce récit : ce père n’a pourtant pas un seul instant cessé d’aimer son fils qui est parti. Il ne l’oublie pas, bien que sans nouvelles de lui. Il est tout espoir, tout en attente, tout ouvert à un changement possible, je dirai même à une résurrection possible de ce fils disparu.
    - Car quand le fils est encore loin, déjà le père le voit.
    Ce n’est pas de la rancœur qui monte à son cœur, des reproches : tu vois je te l’avais bien dit… Non, le père court à sa rencontre. Cela en dit plus que beaucoup de discours. Là encore il fait ce qui ne se faisait pas. Pour un oriental âgé, courir est contraire à la dignité. Mais lui se moque du regard des autres, lui qui n’a de regard que pour ce fils désemparé. Il est touché aux entrailles par la misère et la détresse de son enfant. De la même façon du reste, il sera touché de compassion à la vue de toute misère et de toute souffrance.
    - Nous aurions pu croire que ce père avait fait une croix sur ce fils ingrat et revendicatif. Le voyant revenir, il aurait pu attendre que son fils reconnaisse sa faute, il aurait pu décider de soumettre son fils à un temps d’épreuve avant de le réintégrer, pour être sûr qu’il avait vraiment changé. Et bien non ! Son fils est encore loin mais lui est déjà là se portant au-devant de lui ! Car il a toujours espéré !
    - Ce père croit à la résurrection des morts ! Un être humain est déclaré perdu, pour lui ce n’est pas vrai. Il n’y a pas d’impasse totale pour une vie. Un changement est toujours possible et attendu, par ce père décidément à l’amour impénitent…C’est parce qu’il a toujours souffert du départ de son fils. Bien qu’il ne l’ait pas retenu.
    Autre surprise. Le fils n’a même pas le temps d’achever sa « plaidoirie » en forme de confession des péchés. Il n’a pas le temps de finir de dire ce qu’il a longtemps préparé pendant qu’il mangeait de la vache enragée. Il est déjà revêtu, lui indigne, du manteau du pardon et de la réconciliation. Il n’y a pas de délai pour se réconcilier. Tout va très vite. N’est-ce pas après tout un peu trop facile ? Ne fallait-il pas quelques conditions à ce pardon ? Seulement ce que le fils a décidé tout seul : « je vais partir pour retourner vers mon père ! ».

    Sait-il alors à quel point un amour l’attend là-bas ? Nous découvrons ici combien le pardon est sans condition, combien il est immérité, combien il fait partie de l‘être même de ce père étonnant.
    Alors, Oui je l’avoue c’est en ce Dieu là que je crois ou que j’essaie de croire tous les jours et que je vous invite à croire en Lui.
    - Contrairement à ce que laisse entendre les titres donnés aux différentes versions de la Bible, je crois que Jésus dans cette parabole veut avant tout nous parler de Dieu. Ce père surprenant que Jésus veut faire découvrir ou redécouvrir à ses auditeurs qui murmurent contre lui. (cf. 15/2) Jésus répond : voilà qui est ce Dieu que vous prétendez servir. Dieu que nous connaissons d’autant plus mal que nous croyons bien le connaître !

    Un père qui m’interroge : Car nous ne pouvons pas rester tranquilles dans notre foi, comme si elle était close. Il nous interroge ce père qui tient la parole du début à la fin.

    Qui est Dieu ? Dieu que nous avons travesti en le dessinant à notre image, en mieux bien entendu ! Dont nous dessinons le contour en mixant ce que nous disent de lui les diverses religions du monde. Et si on ajoute la touche des philosophes ! Je ferai justement un détour par le philosophe André Comte-Spongille qui se déclare sereinement incroyant. « Qu’est-ce que Dieu ? demande-t-il. Nul ne le sait : il est réputé insaisissable, ineffable, incompréhensible…A défaut de savoir ce qu’est Dieu ; nous pouvons préciser ce que nous entendons par le mot qui nous sert à le désigner….
    Professeur, croyez-vous en Dieu ? A cette question que lui posait un journaliste, le grand savant Einstein, l’inventeur de la relativité, répondit simplement : « Dites-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu ; je vous dirai ensuite si j’y crois. ». Et je ne vous cite pas la réponse que le philosophe donne ensuite à la question posée à Einstein. Car c’est à en bailler d’ennui !1

    * La parabole ne nous présente pas une doctrine de Dieu ou une définition de Dieu qui satisfasse notre curiosité. Elle met sous nos yeux ce qu’au fond nous savons déjà (ou devrions savoir) mais n’avons pas toujours bien entendu : Dieu est toujours surprenant, déconcertant…Différent de ce que nous imaginons. Nous le disons tout-puissant, mais là rien de cette toute puissance n’apparaît. Je vois décliné dans cette parabole divers aspect de son amour total. Il nous veut et nous aime libres. Au prix de sa peine, de sa croix. Liberté extraordinaire que Dieu nous laisse de le rejeter ou le renier, malgré son désir de nous voir rester auprès de lui. Mais pas au prix de nous y laisser comme prisonniers.
    - Dans ce silence du père, dans son acceptation de ce que demande son fils cadet, il y a toute la dimension d’un amour qui se refuse à contraindre de quelque manière que ce soit…Dieu n’est pas un ayatollah…Dieu n’est pas le Dieu des intégristes…des moralisateurs…de ceux qui savent tout sur la Vérité. Dieu ici accepte son impuissance et laisse son fils suivre sa propre voie. Il ne ressemble pas aux dieux de la plupart des religions, sinon de toutes, et pas toujours à Celui dont les chrétiens prétendent être les fils et les témoins.
    - L’amour de Dieu dans cette parabole nous surprend et nous entraine. Il est décliné dans ce pardon qu’il offre à son fils. Un pardon qui efface le passé de cet homme, le rend à sa dignité perdue ou oubliée. Le pardon est la force de la résurrection à l’œuvre dans une vie d’homme. Car le fils cadet sort du néant pour revivre.

    -----1-"J'entends par Dieu un être éternel, spirituel et transcendant (à la fois extérieur et supérieur à la nature) qui aurait consciemment et volontairement créé l'univers. Il est supposé parfait et bienheureux, omniscient et omnipotent. C'est l'Être suprême, créateur et incréé (il est cause de soi)infiniment bon et juste, dont tout dépend et qui ne dépend de rien. C'est l'absolu en acte et en personne"oc.page 80---------

    - Une autre facette de cet amour de Dieu est illustrée par la rencontre avec le fils ainé. De même que le père n’a pas levé l’index réprobateur contre le fils cadet, il ne fait aucun reproche à l’ainé. Il a la même attitude, le même amour qui s’exerce dans une situation bien différente, mais où les ressemblances se font jour. « L’amour excuse tout, il croit tout, il espère tout », dit Paul. Exactement l’amour de Dieu dans cette parabole. Le fils ainé aurait voulu que justice se fasse. Que son cadet soit traité comme il le méritait, lui qui n’était plus vraiment son frère. L’amour de Dieu dépasse cette justice. Dieu n’est pas un procureur et un accusateur, il est créateur de vie là où celle-ci agonise ou se flétrit.
    - L’amour de Dieu et son pardon devraient toujours nous surprendre…et nous convertir c’est-à-dire nous faire changer. Cet amour veut réconcilier et non diviser. Il invite à la fête de la réconciliation. Comme nous ne savons pas si le fils ainé va y répondre, la question se retourne vers nous : sommes-nous toujours étonnés par cet amour déconcertant de Dieu ?

    Ce père veut que nous changions fondamentalement de vie, à cause de l’amour qu’il nous manifeste. D’une certaine manière,c’est cela croire en lui. Des changements à cause de l’amour que Dieu nous porte : C’est ce qui retient l’attention des autres autour de nous qui ne croient pas. Le fils perdu revient à la maison car il sait qu’un amour l’attend. Le fils ainé revient à la maison et doit aussi découvrir que là un amour l’attend, un amour qu’il ne voit plus. Comme dans tant de couples qui s’aiment mais ne se le disent plus. Et c’est cet amour qui doit changer leur cœur et leurs regards vers les autres. C’est cet amour qui doit les conduire à aimer, comme ils ne l’avaient pas encore compris.

    La parabole nous demande : en quel Dieu est-ce que tu crois ?
    Je crois en Dieu, « car autrement ce serait trop triste » a dit un anonyme ! Je crois en Dieu non à cause de toutes les démonstrations que l’on peut me faire de son existence (comme s’il y en avait d’infaillibles !) mais parce qu’il m’a rencontré comme un Dieu d’amour, de pardon et qui m’appelle à vivre autrement. C’est cela l’intention du Carême.
    - Comment appelleriez-vous cette parabole ?...
    Vous comprendrez pourquoi j’intitule cette parabole, avec quelques rares traductions : « la parabole du père miséricordieux » (En sachant que j’élimine par ce titre d’autres thèmes importants).
    - Si nous avons entendu cette parabole ce matin dans tout ce qu’elle nous dit de surprenant, parler de Dieu (et croire en Lui) sera peut-être pour nous un peu moins difficile et abstrait - La parabole nous montre Dieu, non enfermé dans une définition, mais en le présentant comme un être en relation. Elle nous pose la question :
    « Est-ce que tu crois en ce Dieu que je t’ai montré à l’œuvre avec ses deux fils » ?
    Comment es-tu témoin dans ta relation avec les autres de ce Dieu-là qui t’a rencontré » ?
    Amen











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