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    22.06.2018 - 17ème et dernière rencontre du Partage Biblique 2017-18 – Création

    1 rue de l'Hôtel de Ville – 22 juin 2018

    * Dernière rencontre de cette année 2017-18, avec la présence de Jean-Pierre Sternberger (JPS), Bibliste régional de l’Église Protestante Unie.
    * Nos remarques à propos de ce cycle autour du thème de la création.
    - Les images proposées ont surpris certains, mais pas tout le monde.
    - JPS : L’idée n’est pas d’illustrer le texte. Donc si les images provoquent un débat : c’est déjà ça !
    - Par contre, les images donnent déjà une orientation à notre réflexion et ça me gêne.
    - JPS : Peut-il en être autrement ? En prendre conscience est là encore un point positif. L’an prochain, je vous propose de lire le livre d’Esther (on en parlera à la fin de notre rencontre d’aujourd’hui) et je vous annonce déjà de très nombreuses illustrations, notamment juives et contemporaines avec des orientations extrêmement variées et parfois très surprenantes. Beaucoup d’illustrations donc, mais pas de façon uniforme. Pour certains passages, il n’y a rien. L’articulation avec le texte est parfois très forte, parfois très floue ; mais bien sur, on n’est pas obligé d’adhérer, ni même d’utiliser les illustrations, même chose avec les textes proposés en accompagnement.
    - Retour au bilan de l’année : Pourquoi prendre parfois des traductions peu connues ?
    - JPS : J’utilise surtout la traduction de la « Nouvelle Segond » (NBS) que je trouve plus rigoureuse. * En effet, la traduction de Jérusalem ainsi que la TOB, sont le fruit du travail de nombreuses équipes ; on a donc forcément moins de cohérence dans le vocabulaire : un même mot n’est pas toujours rendu par la même traduction.
    * Le groupe se rappelle que la traduction est forcément faite de choix donc de « risque de trahison », voire de manipulation ; c’est un des intérêts du travail en groupe que d’accepter nos différents points de vue, la diversité de nos convictions, la place plus ou moins grande que nous donnons à ce que nous transmettent nos différentes églises. Il en va de même avec les images, les textes autres que bibliques et même le choix des textes bibliques, des morceaux de texte qui appellent souvent à aller voir ce qui n’a pas été retenu et pourquoi ! Dans le monde juif, les mêmes débats existent.
    - Un exemple de divergences de traductions, lié en particulier à la ponctuation : le verset 3,11 du texte de 2Pierre que nous lirons dans un moment est rendu de la façon suivante dans notre document de travail (NBS) : 11 Puisque tout cela est appelé à se dissoudre ainsi, comment ne devriez-vous pas vivre ! C'est avec une conduite sainte et avec piété...Alors que dans la traduction que j’utilise, la synodale 1910, c’est rendu de la façon suivante : 11 Puisque toutes ces choses doivent se dissoudre, combien ne devez vous pas être saints et pieux dans votre conduite…Ce n’est pas tout à fait la même chose !
    - JPS : c’est certainement une question de manuscrit !
    - Moi j’aime bien…comment de devriez vous pas vivre ! Puisque tout va se dissoudre, vivons ! Avec des conditions derrière.
    - La synodale est la dernière révision de la traduction d’Olivétan.
    - J’aime bien la « Synodale » (de 1910) parce que je la comprends bien.
    - JPS : Cette traduction d’Olivétan, cousin de Calvin, a sans arrêt été révisée jusque dans les années 1920. C’est la première traduction en français d’après les manuscrits hébreux et grecs. Il faut cependant savoir qu’on a fait de gros progrès sur ces manuscrits qui servent de base à nos diverses traductions. Pour l’ancien testament, c’est assez simple car pratiquement tout le monde utilise le même manuscrit du X° siècle, le codex de Leningrad. Pour le nouveau testament, on n’a pas cette unité autour d’un document unique de base : il faut donc chaque fois chercher quel peut être le texte le plus ancien à partir des différents manuscrits qui nous sont parvenus. Le puzzle qui en résulte est régulièrement publié ; on en est actuellement à la 28° version.
    - Pour l’ancien testament, on a donc un texte de base validé et admis par tout le monde ? Chez les juifs, c’est un autre codex, celui d’Alep, qui est considéré comme encore plus proche de l’origine. Ce codex semblait avoir disparu au début des années 1950 du fait de troubles dans la région d’Alep. Il est réapparu en Israël
    - Cependant, finalement, ce qui nous intéresse c’est le sens du texte ; à travers son histoire, c’est ce que nous recherchons.
    - J’ai aimé la grande diversité des documents d’accompagnement et ça aide à casser une « pré orientation » unique. Les comptes-rendus faits par chaque groupe sont aussi un précieux apport pour alimenter cette diversité. Les groupes relativement réduits sont aussi source de « productivité » !
    - Le groupe d’Annonay se pose la question de l’horaire des rencontres : 10h15 le vendredi matin. Aucun actif ne peut être libre à cette heure et ce jour là ! Le pasteur Veldhuizen nous rassure : il n’a jamais eu de demande dans ce sens.
    - Et Internet : notre site semble bien visité (à moins que ce ne soient des robots, notre outil de comptage ne peut pas les distinguer !). Évidemment, dans la lecture d’un document sur Internet il n’y a pas beaucoup de contact humain…C’est une vraie question, sans réponse : qu’est ce qui fait que des personnes, même si elles ne sont pas aussi nombreuses que notre compteur l’indique, même si elles ne sont qu’une vingtaine, qu’est ce qui fait qu’elles vont sur Internet, ou sur une radio comme RCF (90.90 sur Annonay) et qu’elles ne se manifestent pas dans nos paroisses ? La lecture de textes bibliques et la recherche de sens, une prédication, une méditation, une prière, sont typiquement des activités de paroisse qui supposent un rassemblement et pas une activité uniquement solitaire !

    Nous abordons maintenant le dernier ensemble proposé par JPS autour de « La Création ». Nous commençons par lire 2 Pierre 3,8-14
    8 Il est cependant un point que vous ne devez pas oublier, bien-aimés : c'est que pour le Seigneur un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour.
    9 Le Seigneur ne retarde pas l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le pensent. Il est patient envers vous : il ne souhaite pas que quelqu'un se perde, mais que tous accèdent à la conversion.
    10 Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. En ce jour-là, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront et la terre, avec ses œuvres, sera mise à découvert. 11 Puisque tout cela est appelé à se dissoudre ainsi, comment ne devriez-vous pas vivre ! C'est avec une conduite sainte et avec piété
    12 qu'il vous faut attendre et hâter l'avènement du jour de Dieu, où les cieux enflammés se dissoudront et où les éléments embrasés se fondront.
    13 Or nous attendons, selon sa promesse, des cieux nouveaux et une terre nouvelle, où la justice habite. *
    14 Aussi, bien-aimés, dans cette attente, efforcez-vous d'être trouvés par lui sans tache et sans défaut dans la paix...

    * Après un temps de silence pour que chacun entre à son rythme dans ce texte qui n’est pas facile, JPS propose un petit exercice pour partager nos approches : « quel est pour vous le mot le plus important de ce texte ? »
    Avènement – Justice – Attendre - Bien aimés – Promesse – Patience - Hâter (contraire de attendre et pourtant dans la même phrase) - Paix
    - On peut faire des regroupements : JPS propose « attendre, patience et hâter », « promesse et biens aimés », « justice et paix ».
    Nos commentaires :
    - Le mot dissoudre me surprend ; il est rarement utilisé, il me renvoie soit à l’Assemblée Nationale soit à de la chimie.
    - Ça évoque pour moi l’implosion finale d’une étoile qui meurt. La Genèse évoquait un commencement, ici, c’est une fin. Dans la Genèse, il y a séparation de l’eau et de la terre, ici, la dissolution renvoie à la fin de cette séparation.
    - Pour le Seigneur, « 1000 ans sont somme un jour… » C’est une incitation à changer complètement notre point de vue, passer de l’ancien monde au nouveau déjà en cours de réalisation.
    JPS : Qu’est ce que ça change, le fait d’attendre ?
    - Ne pas perdre espoir ; l’appel à la patience me semble lié à la promesse d’un retour rapide du Christ en Seigneur, retour qui n’arrivait pas.
    - C’est une préparation…
    - L’attente n’est pas forcément l’inaction ; elle laisse du temps pour agir, hâter les choses, avancer vers la promesse faite … une attente passive ne servirait à rien
    JPS : il me semble que nous avons une vision négative de l’attente – la file d’attente –
    - Attendre, alors que nous avons tant à faire !
    - Pourtant aujourd’hui, nous avons bien plus de temps, d’espérance de vie qu’autrefois.
    - Nous avons un rôle à jouer pour amener un maximum de personnes à la repentance. Ça demande du temps !
    - Ce verset 9 me gène :
    9 Le Seigneur ne retarde pas l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le pensent. Il est patient envers vous : il ne souhaite pas que quelqu'un se perde, mais que tous accèdent à la conversion. Faut-il donc attendre que tous soient convertis ? N’y a-t-il pas d’autres chemins ? Ghandi serait-il exclu parce que non converti au christianisme ? Ça me semble nier un peu la liberté de chacun.
    - La conversion est-elle « définitive » ? Ma vie est faite de chutes, de doutes et de rédemption. J’ai toujours la possibilité de récupérer la miséricorde de Dieu ; la promesse qui nous est faite va nous sauver.
    - N’est-il pas dit au v. 14 :
    14 Aussi, bien-aimés, dans cette attente, efforcez-vous d'être trouvés par lui sans tache et sans défaut dans la paix. Sans tache et sans défaut, c’est ça la conversion ; il n’y a pas besoin d’être chrétien, de connaître la Bible ; on peut même être athée.
    - Ce « efforcez-vous d’être trouvés par lui sans tache et sans défaut… » me gène ; C’est lui qui nous rend sans taches ; c’est lui l’acteur, ce n’est pas dans nos capacités.
    - JPS : Lien avec L’Apocalypse où celui qui est sans taches c’est l’agneau. Ce texte est plein de tentions et vous en avez noté beaucoup :
    - Attendre et hâter ; attendre c’est renoncer à forcer les choses et hâter c’est le contraire
    - A propos de la conversion, elle n’est pas l’équivalent de la foi : Saul (qui devient Paul) se convertit mais il avait déjà la foi en Dieu !
    * La foi : pour nous c’est automatiquement la reconnaissance de Dieu ; mais pas dans notre texte. Pour nous, occidentaux, la foi va avec une confession de foi ; or Jésus parle de la foi du centurion qui vient le voir pour la guérison de son serviteur. Le centurion ne fait aucune confession de foi. Il fait simplement totalement confiance à Jésus, au bénéfice d’un autre, son serviteur. Et Jésus déclare qu’il n’a jamais vu une foi aussi grande !
    - La conversion de Saul/Paul : c’est un croyant qui doit changer ; mais il doit changer en quoi ?
    JPS : Pour le coup c’est assez manifeste : il était persécuteur, sa foi l’avait poussé à finalement nier l’autre …
    - Il agissait comme ces pacifistes qui posent une bombe pour se faire entendre ! Ou des militants « Pro-vie » qui en viennent à tuer des opposants à leur vision des choses, ou les croisés qui tuent aussi des chrétiens …
    - Pour moi, cette conversion, c’est l’abandon de l’idée juive du Christ, ce que Jésus ne pouvait pas être. Jésus est donc, aux yeux de Saul le juif pieux et rigoureux, un imposteur à combattre.
    - Ça me rappelle une réflexion d’un juif qui disait : « Je crains que nous n’ayons raté le Messie ! ». C’est aussi toute l’histoire racontée dans la Bible, histoires d’hommes qui ne reconnaissent plus Dieu et qui sont inlassablement récupérés par lui ; et je suis un de ces hommes.
    JPS : La conversion de Paul, c’est surtout une rencontre (dans le récit du livre des actes) avec Jésus qui l’appelle.

    Nous passons maintenant au deuxième texte : Apocalypse 21,1-3.9-26
    1 Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus.
    2 Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la Jérusalem nouvelle, prête comme une mariée qui s'est parée pour son mari.
    3 J'entendis du trône une voix forte qui disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux.
    4 Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. » [...]
    9 Puis un des sept anges qui tenaient les sept coupes pleines des sept derniers fléaux vint parler avec moi. Il me dit : « Viens, je te montrerai la mariée, l'épouse de l'agneau. »
    10 Il me transporta, par l'Esprit, sur une grande et haute montagne, et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d'auprès de Dieu.
    11 Elle avait la gloire de Dieu ; son éclat ressemblait à celui d'une pierre précieuse, une pierre de jaspe transparente comme du cristal.
    12 Elle avait une grande et haute muraille. Elle avait douze portes, et sur les portes douze anges. Des noms y étaient inscrits, ceux des douze tribus des Israélites :
    13 à l'est trois portes, au nord trois portes, au sud trois portes et à l'ouest trois portes.
    14 La muraille de la ville avait douze fondations ; elles portaient les douze noms des douze apôtres de l'agneau.
    15 Celui qui parlait avec moi avait une mesure, un roseau d'or, pour mesurer la ville, ses portes et sa muraille.
    16 La ville avait la forme d'un carré, sa longueur était égale à sa largeur. Il mesura la ville avec le roseau : douze mille stades ; la longueur, la largeur et la hauteur en étaient égales.
    17 Il mesura la muraille : cent quarante-quatre coudées, d'une mesure humaine qui était celle de l'ange.
    18 La muraille était construite en jaspe, et la ville était d'or pur, semblable à du verre pur.
    Les fondations de la muraille de la ville étaient ornées de toutes sortes de pierres précieuses : la première fondation était de jaspe, la deuxième de saphir, la troisième de chalcédoine, la quatrième d’émeraude,
    20 la cinquième de sardonyx, la sixième de sardoine, la septième de chrysolithe, la huitième de béryl, la neuvième de topaze, la dixième de Chrysoprase, la onzième d'hyacinthe, la douzième d'améthyste.
    21 Les douze portes étaient douze perles ; chacune des portes était d'une seule perle. La grande rue de la ville était d'or pur, comme du verre transparent.
    22 Je n'y vis pas de sanctuaire, car le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, est son sanctuaire, ainsi que l'agneau.
    23 La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour y briller, car la gloire de Dieu l'éclairé, et sa lampe, c'est l'agneau.
    24 Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y apporteront leur gloire.
    25 Ses portes ne se fermeront jamais pendant le jour - or là il n'y aura pas de nuit.
    26 On y apportera la gloire et l'honneur des nations.
    27 Il n'y entrera jamais rien de souillé, ni faiseur d'abomination ou de mensonge, mais ceux-là seuls qui sont inscrits dans le rouleau de la vie de l'agneau.


    Nos réactions, commentaires, interrogations …
    - Je suis très embêté ! C’est un poème qui présente la nouvelle Jérusalem comme toute belle et parfaite. C’est un texte de l’époque avec ces grandes descriptions qui ne me parlent pas. Et puis il y a ce dernier verset et toujours cette contradiction avec les méchants qui ne seront pas admis, comme dans le texte de 2 Pierre.
    - JPS : Comment voyez vous cette nouvelle Jérusalem ?
    - En tout cas, sans toutes ces pierres précieuses.
    - Je peux comprendre, avec le v. 3, qu’il s’agit d’une description du Royaume de Dieu ; et l’absence de toute « nature » me renvoie à une réflexion de notre groupe lorsque nous avions lu un très beau texte qui magnifiait la nature : « Oui, mais aujourd’hui, la nature a complètement été détruite par l’homme ! »
    - Il n’y plus de « nature » dans ce texte. Ce n’est pas dit explicitement, mais on n’en parle pas.
    - A l’époque de la rédaction du texte, il n’y avait pas autant d’hommes habitant une ville qu’aujourd’hui et pour nous qui habitons des villes, cette description ne nous fait pas rêver ; alors que pendant des millénaires, habiter une ville faisait rêver, ce qui est encore le cas dans de nombreux pays peu développés.
    - Le texte au début annonce des cieux nouveaux et une terre nouvelle, mais là nous avons uniquement la description d’une ville, seule chose qui semble intéresser l’auteur.
    - Cette ville merveilleuse me semble être une façon de présenter la grâce reçue : cette ville est débarrassée de tout ce qui est sale, comme je le suis quand je suis au bénéfice de la grâce. Je ne suis pas « pur et sans taches » ; comme l’un de nous le disait il y a un instant, notre vie est faite de chutes et de pardons. Je ne suis donc pas parfait, mais je suis débarrassé, lavé de tout ce qui fait tache. Cette description est donc pour moi pleine d’espoir, même si je ne me reconnais guère dans cette profusion de pierres et métaux précieux. Dans nos temps de peur, où se dressent des murs un peu partout, avoir une description de la ville rêvée avec les portes ouvertes, quel bonheur. L’entrée de la gloire et de l’honneur des nations aussi est un signe très positif et plein d’espoir pour moi : les nations ne sont pas que des lieux nocifs. Et tout cela est en train d’advenir, la grâce nous est déjà donnée et nous sommes nombreux a l’avoir déjà acceptée, mais tout n’est pas encore réalisé ; c’est déjà là, mais pas encore complètement.
    - Le texte ne nous dit pas que l’ancien monde a disparu ; on a simplement une porte qui s’ouvre sur un nouveau monde. Certes, dans cette vision, l’ancien monde n’est plus, mais ce n’est pas pour aujourd’hui. La vision nous met déjà dans le nouveau, mais pas encore complètement.
    - Autre chose, je ne comprends pas, dans le verset 3, « ses peuples » au pluriel ; d’habitude, on parle du peuple de Dieu, au singulier. : « il demeurera avec eux, ils seront ses peuples »
    JPS : Portes ouvertes, cette nouvelle Jérusalem est pour tous les peuples. On peut même dire, le peuple des chrétiens et les autres. Ce qui est intéressant, c’est de voir le contexte : la rédaction se fait vraisemblablement à la fin du premier siècle ou au début de second ; c’est en tout cas après 70 : la ville et le temple sont totalement détruits. Les romains reconstruisent alors une nouvelle Jérusalem plus proche du plan d’un camp romain et avec un nouveau nom. Les quartiers anciens de la Jérusalem d’aujourd’hui, sont les restes de cette reconstruction romaine, pas la Jérusalem du temps de Jésus. Au moment même où les romains construisent une nouvelle Jérusalem, l’apocalypse a un autre projet et décrit une ville complètement neuve et qui n’a absolument rien à voir avec cette ville romaine. Elle est infiniment plus merveilleuse et grandiose, mettant les grands travaux romains au niveau de presque rien. Et c’est là qu’intervient la grâce parce que cette nouvelle Jérusalem est donnée ; on n’a pas à la faire nous même. On a là aussi toute la tension entre attendre et hâter : nous attendons cette Jérusalem qui nous sera donnée. Pour l’aspect du « hâter », je vous lis un commentaire de Jacques Ellul que j’ajouterai au dossier : « Le Dieu biblique n’est pas un Dieu abstrait qui, ayant eu une idée au début, la maintien envers et contre tout et refait un jardin parce qu’au début c’était son plan. Ici nous sommes en opposition avec toutes les autres religions ; pour toutes, sans exceptions, celles qui ont une vue d’un avenir, d’un paradis, d’un « après la vie », il y a uniquement un retour vers un âge d’or primitif perdu. La situation est radicalement inversée ; tout simplement, Dieu n’annule pas l’histoire et l’œuvre de l’homme mais au contraire l’assume. La ville, c’est une grande œuvre de l’homme, elle est bien décrite comme la somme de sa culture, de ses inventions, de sa création. Elle est le signe même de son histoire parce que c’est dans la ville que se conservent les couches successives des histoires et des cultures. Et bien, Dieu reprend toute l’histoire de l’homme et la synthétise dans la ville absolue. Le symbole de Jérusalem est le signe le plus fort que nous puissions avoir que le Dieu biblique est un Dieu qui accompagne l’homme dans son histoire ; il ne poursuit pas son dessein indépendant, il poursuit son dessein, dans et avec l’histoire des hommes Et ce que les hommes ont librement, volontairement créé, ils vont le retrouver dans Jérusalem »
    Il y a là une idée très intéressante : L’histoire d’Israël n’est pas annulée puisqu’on va retrouver les 12 tribus. De même, l’histoire de l’Église y est présente : après la destruction de Jérusalem et du temple, le judaïsme se reconstruit péniblement sur l’exclusion des chrétiens. De même, l’Église naissante n’est pas vraiment dans l’ouverture. Et nous avons ce texte qui met en avant la réconciliation des différents mondes, juifs et chrétiens. D’un côté les 12 tributs, de l’autre les 12 apôtres.
    Cette nouvelle Jérusalem est colossale : plus de 2000km en largeur, profondeur et hauteur. C’est l’absolu et la pureté avec cette accumulation de pierres précieuses qui, comme sur le pectoral du grand prêtre, symbolisent les 12 tribus. La nouvelle Jérusalem est aussi décrite comme l’épouse ; c’est une ville et une personne à la fois. Évidemment, notre représentation de la ville parfaite aujourd’hui serait une ville verte incluant un maximum de nature.
    - On peut aussi se souvenir que la première création de l’homme, de Caïn, c’est une ville.
    JPS : comme l’Apocalypse est le dernier livre de la Bible, on peut avoir l’impression que c’est le dernier mot, que ça met en retrait tout ce qui est dit avant. On a cependant d’autres visions des derniers temps dans d’autres textes. On peut dire que l’Apocalypse est une « dé-création ». Enfin, l’idée que l’œuvre de l’homme est prise en compte par Dieu nous rend responsables de ce que nous faisons de notre terre. On ne peut pas simplement faire tout et n’importe quoi en laissant entendre que si ce n’est pas bien, Dieu nous le fera savoir et nous sanctionnera, comme on l’entend dire par des évangéliques américains à propos du réchauffement climatique.

    Compte rendu établi par J.P. Lechevalier avec l’aide de Marc Pattus.

    Et suite avec Esther…pour la saison 2018/2019

    22.06.2018 – Partage Biblique pour la saison 2018/2019
    ***
    Nous passons maintenant à la présentation du thème pour l’an prochain : lecture du livre d’Esther…Équipe biblique régionale Jean-Pierre Sternberger

    Pourquoi lire / relire Esther aujourd'hui ? Proposition de travail en groupes en région Centre-Alpes-Rhône 2018-2019 (matériel disponible en septembre 2018)

    * Esther se trouve au carrefour de plusieurs thématiques d'une grande actualité
    - L'histoire d'Esther est celle d'une jeune femme qui n'a pas choisi la vie qu'on lui fait. Elle est prise dans une histoire rattachée à la grande histoire, celle de son peuple, celle de l'empire perse, celle de la violence des humains déchaînée contre d'autres humains et celle des hommes envers les femmes. Dans cette histoire Esther va jouer un rôle considérable non seulement parce qu'elle est femme et sans doute très belle mais parce qu'elle décide de prendre toute sa place dans l'histoire. Le livre et sa lecture posent donc la question de la liberté des hommes et des femmes et de cette femme qui va être investie d'un pouvoir considérable qu'elle va choisir d'assumer pour le salut de sa communauté et de tous.
    - Esther est aussi l'histoire d'une femme qui se découvre juive sans qu'on sache (dans la version canonique, hébraïque, en tous les cas) en qui ou en quoi elle croit. Se trouve ici donc posée la question de la définition de la religion et de la foi, de la liberté qu'on a de croire et de ne pas croire, du rapport de la foi, de l'appartenance à une communauté et/ou à une religion et à une culture.
    - L'histoire d'Esther se joue dans le contexte d'un monde apparemment sans frontière : l'immense empire perse. Cette construction présentée dans un premier temps comme un espace politique ouvert de cohabitation des peuples et des cultures va s'avérer pour le peuple d'Esther être le lieu de tous les dangers puisque dépourvu de frontière. Dispersés dans l'empire, ils y seront aussi dans l'obligation d'inventer une manière d'être qui conjugue affirmation de la différence et solidarité avec le reste de la société. Esther donne à penser la naissance et l'essence du judaïsme et partant de la religion comme lieu de la foi au sein de la diversité et du pluralisme culturel et religieux.
    - L'histoire d'Esther conjugue violence et dérision. La dérision permet d'évoquer une violence qui serait incroyable si elle n'avait, dans l'histoire et l'histoire récente pour ne pas dire l'actualité, connu une véracité attestée. Esther est pourtant aussi une farce qui relève du théâtre dès les origines et bien avant Racine. C'est un conte dont la vérité, pour n'être pas historique en devient intemporel et universel. Un conte mais aussi une fête, le carnaval de Pourim, avec des bons et un méchant... mais où, à la fin, les bons - peut-être pour éviter que le livre ne bascule dans un schéma trop manichéen -finissent par devenir méchants.
    - Esther n'est pas un livre mais plusieurs, plusieurs versions différentes dont la plus connue, celle qui a été la source de multiples œuvre d'art à l'âge classique, n'est pas celle qui est restée dans le canon juif et donc chrétien.
    - Esther (version hébraïque) est enfin le livre de la Bible qui ne parle pas de Dieu ou qui en parle sans citer son nom. Que viendrait faire Dieu dans cette histoire et dans nos histoires ?
    Pour 2018-2019, l'équipe biblique régionale vous propose un dossier sur Esther avec les textes bibliques, des questions, des textes contemporains, une iconographie commentée, une bibliographie, des animations, des textes de prières, et des rencontres cinéma voire du théâtre de marionnettes...renseignements au 06 16 82 40 43

    JPS : Je trouve ce texte d’une très grande actualité.
    Ça se passe dans l’empire Perse. C’est un autre lieu d’exil ; Nous avions parlé de l’exil babylonien. L’exil perse vient après. Cet empire est immense et s’étend de l’Afghanistan à la Grèce et de l’Éthiopie à l’Arménie.
    C’est une multitude de peuples, dont les juifs ou les judéens (problème de traduction puisque c’est le même mot en hébreux). Cette difficulté de traduction introduit donc l’interrogation : qu’est ce qu’être juif ? Appartenir à une religion, à un peuple ? Et qu’est ce qu’être chrétien ? Sommes-nous un peuple ?
    -D’autre- part, dans cet empire il y a un « méchant », le plus haut dignitaire de la cour, qui décide de la destruction totale des « juifs » parce qu’un juif, oncle d’Esther, refuse de se prosterner devant lui comme le Roi l’a ordonné. Je mettrai peut-être dans le dossier, une page de la BD qui met en scène le méchant Iznogoud. Je soupçonne Gosciny (d’origine juive), le scénariste de cette BD, de s’être inspiré du duo des dirigeants de la Perse dans le livre d’Esther, pour créer ses personnages.
    Pour moi, ce travail va nous permettre de réfléchir à la question de la place du croyant dans la société et sur les devoirs de la société vis-à-vis du croyant. Esther, c’est l’histoire de la trahison d’un état qui abandonne une partie de sa population au lieu de la protéger, ce qui est normalement son projet affiché.
    - Et Esther intervient. Mais il n’y est jamais question de Dieu, il n’y a d’ailleurs pas de référence à une religion dans tout le livre d’Esther.
    En appui, vous avez le commentaire de Jean Daniel Macchi sorti en 2016, chez Labor et Fides et, plus ancien (1992) «Les subversives ou un pentateuque de femmes» d’André Lacocque, au Cerf, qui traite aussi d’autres femmes de l’ancien testament. Enfin, « Persévérance du fait juif » une théorie politique de la survie, par Danny Trom sorti en juin 2018 aux éditions des Hautes Etudes qui part du commentaire juif d’Esther.

    Compte-rendu établi par J.P. Lechevalier avec l’aide de Marc Pattus.

    Nous reprendrons nos partages bibliques avec une rencontre autour de Jean-Pierre Sternberger le vendredi 21 septembre 2018 à 10h15.





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