ACCUEILACTUALITESFORUMMEDITATIONACTIVITES
DECOUVRIRSOLIDARITELA CIMADEORGANISATION EGLISETHEOLOGIE FORMATION
JOURNAL EDVECHOS...Partages bibliques
EGLISE PROTESTANTE UNIE DE FRANCE ANNONAYLundi 21 Octobre 2019Contact:
 
ECHOS...Partages bibliques
  • ECHOS...Partages bibliques
  •  Revenir à la rubrique 
    12ème rencontre du Partage Biblique 2017-18 – Création

    1 rue de l'Hôtel de Ville – 30 mars 2018

    . Nous poursuivons avec les questions que propose Jean-Pierre Sternberger ( JPS)
    Le récit de la création en 6 jours se termine par un constat extrêmement positif. Dieu au soir du sixième jour regarde toute son œuvre et pense que cela était très bon. Les auteurs de la Bande dessinée rapportent les propos d'une ouvrière agricole guatémaltèque travaillant en Californie. Pour elle, tout n'est pas aussi bon qu'au premier jour de la création.
    - Comment le texte de genèse 1 parle-t-il du monde ?
    - En quoi ce récit offre-t-il une vision différente de Dieu et de l'univers que celui de Genèse 2 ?
    - Quelle est la dernière création de Dieu ? Qu'est-ce que cela nous dit aujourd'hui ?
    - Comparer le climat décrit dans la Bande dessinée et celui que dépeint Pierre Rabbi.
    - Lequel vous semble le plus proche du récit de Genèse 1 ?

    Chacun prend le temps de lire cette page de BD qui met en scène des ouvriers agricoles guatémaltèques aux USA, en particulier une femme qui dit entre autre, qu’elle ne connaît sa fille de 12 ans que par la vidéo, qu’elle rêvait de l’Amérique avant d’y venir travailler alors qu’ici, elle n’est pas considérée comme un être humain mais comme une machine agricole.

    - Dans Gen.1, Dieu institue la domination de l’homme sur le reste de la création ; dans la BD on voit des hommes dominer d’autres hommes.
    - Dans Gen.1 aucune structure sociale n’est créée ; dans la BD on nous montre un type de structure sociale. Il faut attendre Gen. 4,17 et le création de la première ville par Caïn pour voir apparaître la première structure sociale. Cette BD me fait aussi penser au roman « les raisins de la colères » de John Steinbeck dont l’action se situe au moment de la crise de 1929 avec les expropriations des fermiers qui partent ensuite vers l’ouest pour essayer de s’en sortir. Presque un siècle plus tard, la situation décrite dans la BD est très proche de celle du roman, comme si rien n’avait vraiment changé. La situation semble même s’être encore plus déshumanisée.
    - Ce qui me frappe, c’est que cette femme n’est jamais contente de ce qu’elle a ; au Guatemala elle a rêvé de l’Amérique avec un travail et un bon salaire ; mais une fois là, elle rêve d’un retour au pays, près de sa fille et de sa famille !
    - Personnellement, je ne vois pas très bien le rapport entre notre texte et la BD. La BD me semble plutôt renvoyer à un texte comme le commandement d’amour, « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
    - Finalement, nous sommes bien tous pareils, à penser que c’est mieux ailleurs, que l’herbe est plus verte de l’autre côté, même si nous découvrons que c’est du gazon synthétique. Dans mon expérience d’enseignant au Cameroun – il y a presque 50 ans - je me souviens de la façon dont les jeunes parlaient de la France, comme d’un pays tout beau, alors même qu’ils n’avaient, par le cinéma, que des images de violence.
    - C’est un décalage bien connu entre ce qu’on m’a dit et ce que je vis et vois réellement.
    - Aujourd’hui, c’est bien plus facile d’avoir des « retours », d’avoir des informations bien réelles sur les différents pays du monde, sur les « ailleurs » ; mais ça se heurte à l’envie que j’ai d’entendre ou de ne pas entendre, d’accepter l’information ou de la refuser.
    - Cette femme de la BD rêve de revenir au pays, mais elle sait aussi que c’est son salaire qui fait vivre cette famille lointaine dont elle rêve ; du coup elle ne repart pas. Il est même possible qu’elle ne puisse pas repartir, parce qu’elle n’a plus l’argent nécessaire au retour, ou plus ses papiers, ou …
    - La situation décrite est aussi présente en France ; on y travaille aussi, simplement pour pouvoir survivre et assumer les besoins élémentaires…

    - Gen.1 est un récit grandiose, magnifiquement construit, harmonieux, aboutissant à la satisfaction totale de Dieu. Il semble que ce récit ait été écrit au retour de l’exil par les prêtres qui voulaient restaurer le temple et le culte du dieu unique propre au peuple juif. Mais j’ai du mal à imaginer comment cette histoire pleine d’ordre, de perfection, pouvait être accueillie par des exilés retrouvant la terre de leurs ancêtres occupée par ceux qui étaient restés et qui s’étaient organisés dans la situation laissée par les partants, avec le temple détruit, avec les autres peuples voisins et leurs dieux, etc. Comment cette vision « rousseauiste » d’un monde d’avant parfait pouvait-elle être reçue ?
    - C’est une vision prophétique qui pousse à se recentrer sur l’essentiel, sur ce qui fait l’identité du peuple juif, sur sa conviction de dépendre d’un dieu unique qui est à l’origine de tout ce dont est fait le monde, la terre, la mer, les astres, le soleil et la lune et tous les êtres vivants ; et dans ce monde, l’être humain, placé comme responsable, créé « à l’image de Dieu » et pas le simple jouet des éléments, le jouet d’une multitude de dieux qu’il faudrait amadouer.
    - Mais l’exil avait été annoncé, et annoncé comme une punition donnée par Dieu. Dans la dernière série d’images de la BD, l’ouvrière agricole déplore l’absence de liberté. Je pense que c’est justement la recherche de la liberté qui est à l’origine de la situation malheureuse, tout comme Eve dans le récit de Gen.3 prend pour argent comptant l’affirmation du serpent qui démonte la menace de Dieu et qui promet l’accès au statut divin « vous serez comme des dieux », permettant de se libérer de cette menace.
    - D’autres participants ne voient pas dans la recherche de la liberté l’origine du mal. D’ailleurs, dans la BD, ce n’est pas la liberté que recherchait cette femme, mais un salaire lui permettant de faire vivre sa famille restée au pays. Elle constate seulement après coup, qu’elle n’est plus libre, ce qu’elle n’avait pas anticipé au moment de partir.
    - Pour en revenir à notre texte, JPS nous demande de comparer la vision du monde de Gen.1 et de Gen.2, la façon dont Dieu y est présenté, la façon dont on y parle du monde.
    - Cette comparaison entre Gen.1 et Gen.2 a déjà été abordée lors de notre dernière rencontre.
    - Gen.1, création parfaite, achevée, alors que Gen.2, c’est une création avec une correction, une création plus proche de nos propres créations. Pourtant, j’aime bien Gen.1 qui parle d’une reconstruction possible, d’un avenir à faire en visant le « très bon », qui me parle du rêve de la perfection et du repos après la satisfaction du travail accompli.
    - Ce repos du septième jour, le sabbat, est au cœur du décalogue d’Exode 20, à l’articulation entre les lois concernant la relation entre Dieu et les hommes et les relations entre les hommes eux-mêmes. Il n’est pas possible de savoir quel est le texte de plus ancien, peut-être le décalogue et le récit de la création de Gen.1 viendrait illustrer le commandement concernant le sabbat. Notons, dans Exode, que c’est l’homme qui a en charge la sanctification (la mise à part) de ce septième jour, à l’image de ce que Dieu fait au moment de la création.

    - Lisons maintenant le texte de Rabhi proposé par JPS.
    Quelques mots sur Pierre Rabhi, enfant du sud de l’Algérie, du désert, adopté par une famille française et ramené en France. Il rencontre sa future épouse au travail, à l’usine et décide avec elle de changer de vie. Ils achètent une ferme abandonnée dans les Cévennes ardéchoises avant la vague de « retour à la terre » post 68. C’est ce parcours qui est raconté dans le livre d’où est extrait le texte proposé par JPS. Pierre Rabhi est un des fondateurs du mouvement écologiste ; il a développé une approche de l’agriculture, l’agro-écologie, mise en œuvre dans sa ferme ardéchoise sur des terres arides, approche qui le fait connaître un peu partout dans le monde où sa méthode est utilisée efficacement, particulièrement dans des zones difficiles. Il s’est converti au christianisme.

    « Dès l'aurore, le chant du coq nous parvient avec la lente expiration de la terre. La maison est encore empreinte du silence de la nuit, sa tranquillité nous relie aux dernières étoiles. De la chèvrerie montent légers tintements de sonnailles. C'est la moment de la traite. Michèle est comme toujours la première à l'ouvrage. Les bêtes nous saluent d'un petit bêlement, puis, par des signes presque imperceptibles, se préparent. Il semble que toutes nos actions sur le domaine convergent vers cet acte matinal qui nous lie étroitement à l'animal. Celui-ci dans un mouvement du bassin, accomplit un geste d'offrande, nous flaire, nous lèche, puis rumine en toute confiance, tandis que le liquide immaculé, fait sonner en cadence les récipients qui reçoivent.
    - Nous avons franchi le seuil qui naguère faisait que nous vivions des chèvres. L'action était alors hors de nous avec le souci de créer une structure permettant de faire de l'argent. Maintenant, nous nous apercevons que nous vivons avec les animaux et l'action est désormais en nous. Bien que nous demeurions effarés par le pouvoir que nous confère notre état d'homme sur la vie animal. Nous sommes malgré tout gestionnaires de cette vie. Notre pratique nous permet de décider de la mort. De tailler dans le troupeau comme on taille dans un corps livré à notre discrétion, à nos arbitraires. L'abus de pouvoir dont nous pouvons faire preuve ne peut être circonscrit que par une sensibilité nouvelle. La Bible, entre autres, porte la responsabilité très grave d'avoir favorisé et même stimulé l'attitude dominatrice et despotique des hommes vis-à-vis des autres créatures. Elle l'invite, en le valorisant à outrance, à soumettre, à disposer à son gré de tout ce qui vit et il s'en est si peu privé qu'on ne démontre plus les déprédations causées par lui. Sommes-nous dans un mouvement suicidaire ou bien dans une mutation plus forte que notre volonté ? »
    Pierre Rabhi, Du Sahara aux Cévennes, Itinéraire d'un homme au service de la Terre-Mère,
    Paris, 1983

    - Lorsque Rabhi dit que la Bible porte une responsabilité dans l’exploitation forcenée de la terre qui avait déjà commencé lorsqu’il rédige son texte, il parle bien sur de la façon dont les hommes ont compris le texte biblique. Lui même n’est pas théologien, ni bibliste.
    - Je suis gêné par certains passages de ce texte : d’abord lorsqu’il parle de la terre quasiment comme d’un être vivant, presqu’une divinité (la lente expiration de la terre), puis lorsqu’il parle des chèvre qui « accomplissent un geste d’offrande » alors qu’en fait, elles savent bien que si on ne les trait pas, elle auront mal, très mal. Je n’aime pas cette tendance anthropomorphique qui met la terre ou les chèvres quasiment au même niveau que les hommes. Et puis, je n’aime pas la dernière phrase qui me semble terriblement convenue, comme une dénonciation automatique, à l’image d’une « déclaration syndicale » attendue et connue. Et pourtant, la question mérite d’être posée.
    - deux participants témoignent de leur enfance à la campagne. Dans leurs souvenirs, les animaux étaient bien traités, connus et peut-être aimés, ce qui ne semble plus être le cas, de façon générale aujourd’hui.
    - Aimer les animaux ? Peut-être pas mais au moins les respecter, ce qui est bien proche de l’amour.
    - JPS nous demande qui, de la BD ou du texte de Pierre Rabhi, nous semble le plus proche de Gen.1
    - Aucun ! Évidemment pas la BD et sa présentation d’homme exploitant d’autres hommes, mais pas non plus ce dernier texte mettant en scène un monde sans dieu avec une terre et des animaux quasiment divinisés. Gen.1 nous dit au contraire les places respectives de chaque élément de la création, de l’homme et de Dieu.
    - Pourtant, Pierre Rabhi nous invite à une domination respectueuse de la terre et des animaux ; il apprend aux paysans sub-sahariens à produire leur nourriture sans les moyens destructeurs de la chimie moderne et ça fonctionne bien. Tout comme lui, de nombreux petits paysans de nos régions se passent de la chimie et des médicaments industriels. Son invention, la « sobriété heureuse », évite le mot très négatif de « décroissance » mais promeut une maîtrise respectueuse de notre environnement. Gen.1 parle de « domination » par l’homme, mais, maîtriser, dominer disent la même chose ; ils ne veulent absolument pas dire automatiquement saccager et détruire, même si nous les associons souvent avec ces autres verbes. Maîtriser, dominer, c’est aussi contrôler, se contrôler, ne pas acheter plus que ce que nous pouvons utiliser et manger par exemple. Je suis toujours effaré lorsque j’entends ce qui se jette comme nourriture !
    Après cet échange autour du sens de la domination que Dieu donne à l’homme sur la terre et tout le vivant qu’elle contient, nous terminons notre partage par la lecture de la prière proposée par JPS.

    « Apprends-moi, Seigneur, à bien user du temps que tu me donnes pour travailler, à bien l'employer sans rien en perdre.
    Apprends-moi à tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge.
    Apprends-moi à prévoir le plan sans me tourmenter, à imaginer l'œuvre sans me désoler si elle jaillit autrement.
    Apprends-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix. Aide-moi au départ de l'ouvrage, là où je suis le plus faible. Aide-moi au cœur du labeur à tenir serré le fil de l'attention. Et surtout comble Toi-même les vides de mon œuvre, Seigneur !
    Dans tout le labeur de mes mains laisse une grâce de Toi pour parler aux autres et un défaut de moi pour me parler à moi-même ».
    Extrait d'une prière des copistes et enlumineurs du haut moyen âge,

    - Ce texte a aussi été attribué à des bâtisseurs de cathédrales. Plusieurs d’entre nous s’y retrouvent dans leur quotidien, dans l’appel à la modestie, l’acceptation d’un chemin différent de celui qui était prévu, l’attention portée aussi bien à la hâte qu’à la lenteur. Il résonne avec force et beauté.
    Compte-rendu établi par J.P. Lechevalier avec l’aide de Marc Pattus.

    Les prochaines rencontres du groupe Annonay :
    toujours le vendredi, à 10h15.
    27 avril
    11 et 25 mai
    8 juin
    Et pour conclure l’année : le vendredi 22 juin 2018 avec Jean-Pierre Sternberger





    Site hébergé par annonay.org
    l'Internet Associatif du Pays d'Annonay