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    3° rencontre 13 octobre 2017

    2° thème :
    JESUS, UN HOMME ET DES COCHONS

    Malgré les remarques faites précédemment, nous abordons le thème suivant par le commentaire d’une photo sur laquelle on voit deux hommes se serrer dans leurs bras, l’un tenant sa tête sur la poitrine de l’autre. La scène se passe dehors, en plein jour, dans un lieu public, une rue peut-être. La légende de cette image : « Le pasteur Carlos prie avec un SDF »
    Première question au groupe : Que voyons nous ?
    - Le visage de Carlos est imprégné de souffrance et le SDF semble sécurisé
    - Image douloureuse, avec une grande intensité d’émotions ; il y a eu ou il y aura des larmes
    - Image belle
    - Belle en quoi ?
    - La situation montrée est impressionnante car rare : un SDF dans les bras d’un pasteur
    - La légende gène l’un de nous : en regardant simplement l’image, rien ne dit qu’il s’agit d’un pasteur ni d’un SDF. Il n’est même pas visible que l’un d’eux prie. Cette légende en dit beaucoup, et même beaucoup trop.
    - L’homme en bleu apparaît comme protecteur, sécurisant.
    - « Cette photo, je ne l’aime pas : on y voit de grandes effusions comme je ne les supporte pas ; je n’aime guère le contact physique et j’ai même demandé à ma femme de rester éloignée, de ne pas me « toucher » au moment du décès de ma mère ; il me faut un temps intermédiaire, un temps où je suis seul, avant que ce contact ne soit possible »
    - Le SDF semble sécurisé, mais je ne lis pas de joie sur son visage.
    - Le trop plein d’émotion ne me convient pas : être serré dans des bras, c’est un peu être « prisonnier ».
    - L’homme en bleu est bien posé au sol, bien droit. Il tient l’autre personnage. Mais ce dernier aussi l’enserre dans ses bras !
    - Ce genre d’embrassement ne fait pas forcément partie de notre culture, alors qu’on le voit très présent dans la culture américaine, au sud comme au nord.
    - On a vu ce genre de scène lorsque des personnes se réconfortent juste après une catastrophe, un attentat.
    - A propos des différences de cultures, on peut citer les difficultés qu’elles ont provoquées au moment de la libération de l’Italie par les armées américaines dans les années 40. Pour les soldats, embrasser une fille, la tenir dans ses bras, était simplement une marque d’affection un peu appuyée, alors que dans la culture italienne de l’époque, de tels gestes valaient quasiment engagement et promesse de mariage. Il est donc bien normal que la scène présentée par cette photo soit ressentie de façons très variées parmi nous.
    - L’enfant a besoin d’être pris dans des bras
    - Heureusement que Carlos est costaud
    - L’image me fait penser à l’histoire des deux fils, appelée habituellement parabole du fils prodigue.

    Après cette gerbe de commentaires et de réactions, nous lisons le texte proposé pour ce deuxième temps autour de la création : Marc 4,35 – 5,20, texte intitulé par Jean-Pierre Sternberger (JPS) : « Jésus, un homme et des cochons ».
    4 35 Le soir de ce même jour, il leur dit : "Passons sur l'autre rive".
    36 Après avoir renvoyé la foule, ils l'emmènent comme il était, dans le bateau; il y avait aussi d'autres bateaux avec lui.
    37 Survient une forte bourrasque : les vagues se jettent dans le bateau, déjà il se remplit. 38 Lui dort à la poupe sur le coussin.
    Ils le réveillent et lui disent : "Maître, nous sommes perdus et tu ne t'en soucies pas ?" 39 Réveillé, il rabroue le vent et dit à la mer : "Silence, tais-toi !" Le vent tombe et un grand calme se fait.
    40 Puis il leur dit : "Pourquoi êtes-vous peureux ? N'avez-vous pas encore de foi ?" 41 Ils sont saisis d'une grande crainte; ils se disent les uns aux autres : "Qui est-il donc, celui-ci, que même le vent et la mer lui obéissent ?"
    5 1 Ils arrivent sur l'autre rive de la mer, dans le pays des Géraséniens.
    2 Une fois Jésus descendu du bateau, un homme sortant des tombeaux et possédé d'un esprit impur vient au-devant de lui.3 Il avait sa demeure dans les tombeaux, et personne ne pouvait plus le lier, même avec une chaîne; 4 car souvent il avait eu les fers aux pieds et avait été lié de chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les fers, et personne n'avait la force de le maîtriser. 5 Il était sans cesse dans les tombeaux et sur les montagnes, nuit et jour, criant et se blessant avec des pierres.
    6 Il voit Jésus de loin, accourt, se prosterne devant lui 7 et crie : "Qu'est-ce que nous avons en commun, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t'en conjure au nom de Dieu, ne me tourmente pas !" 8 Car Jésus lui dit : "Sors de cet homme, esprit impur !"
    9 II lui demande : "Quel est ton nom ?"
    — "Mon nom, lui répond-il, c'est Légion, car nous sommes beaucoup".
    10 Et il le supplie instamment de ne pas les envoyer hors du pays.
    11 Or il y avait là, près de la montagne, un vaste troupeau de cochons en train de paître. 12 Les esprits impurs supplient Jésus : "Envoie-nous dans ces cochons, que nous entrions en eux."
    13 II le leur permet.
    Les esprits impurs sortent, entrent dans les cochons, et le troupeau se précipite dans la mer du haut de l'escarpement. Il y en avait environ deux mille; ils se noient dans la mer.
    14 Ceux qui les faisaient paître s'enfuient et répandent la nouvelle dans la ville et dans les hameaux, et les gens viennent voir ce qui s'est passé.
    15 Ils arrivent auprès de Jésus et voient le démoniaque assis, vêtu et avec toute sa raison - lui qui avait eu Légion - et ils ont peur. 16 Ceux qui avaient vu ce qui s'était passé leur racontent ce qui est arrivé au démoniaque et l'histoire des cochons. 17 Alors ils se mettent à supplier Jésus de s'en aller de leur territoire.
    18 Comme ils montent dans le bateau, celui qui avait été démoniaque le supplie de le garder avec lui. 19 Il ne le lui permet pas, mais il lui dit : "Va-t'en chez toi, auprès des tiens, et raconte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi, comment il a eu compassion de toi."
    20 Il s'en va et se met à proclamer dans la Décapole tout ce que Jésus a fait pour lui. Et tous sont étonnés.


    Comme d’habitude : nos remarques, questionnements …
    - Quel est ce « pays des Géraséniens » ?
    Sur l’autre rive, ce n’est plus Israël, mais l’étranger, la décapole précise le texte
    - Ce passage comporte deux histoires bien différentes
    - Il y est cependant question du mal, représenté par la tempête d’une part et « légion » d’autre part.
    - ce sont des épisodes pleins de « fantastique » : la mer déchaînée calmée de quelques mots, la rencontre épique entre Jésus et Légion et puis cette course à la mer de milliers de cochons le tout dans un décor de cimetière. Il y a de quoi prendre peur.
    - Ça met en évidence la puissance et l’autorité de Jésus/Dieu. Les disciples n’ont jamais vu de chose pareille et ils se demandent donc qui peut bien être cet homme. Pour moi, celui qui fait ces choses est bien Dieu.
    - « Pour moi, je retrouve dans ces histoires la puissance de la parole qu’on avait en Genèse 1 : Dieu dit, et ça y est, la chose est réalisée. Ça me semble très proche »
    - « Si je suis moins terre-à-terre que d’habitude, je ne m’arrête pas simplement aux événements, aux faits décrits, je cherche à entendre l’idée du narrateur ; j’essaye de me laisser habiter par le texte. J’ai tout de même une difficulté avec les cochons. C’est une viande absolument interdite en Israël ; mais là, nous sommes à l’étranger et les éleveurs ne sont donc pas en faute. C’est tout simplement leur gagne pain. Et ce gagne pain est détruit d’un coup sans commentaire pour les éleveurs dépossédés.
    - Un autre lien entre les deux histoires, c’est la domination par Jésus de deux types de puissances différentes : la puissance de la nature et les puissances spirituelles (les esprits impurs).
    - Nous avons aussi deux histoires qui mettent un scène un grand désordre, un désordre de la nature, la mer en furie, les vents violents destructeurs et un désordre que l’on vient de qualifier de spirituel avec cet homme qui, parce qu’il est habité d’une légion d’esprits impurs, a un comportement tout à fait asocial. Et là encore, ça renvoie très fortement au « tohu-bohu » qui existe au moment où Dieu intervient pour créer le monde ; il met de l’ordre, sépare ce qui doit être séparé, organise, hiérarchise. Jésus aussi dans nos deux épisodes, remet de l’ordre et sépare ce qui doit être séparé.
    - La description de l’homme habité par « légion » ressemble à celle d’un autiste qu’on ne peut pas non plus approcher.
    - Si nous pensons au contexte de la rédaction de Marc, nous sommes au début de l’organisation des premières églises, débuts certainement très troublés pour lesquels le Jésus « mettant de l’ordre » présenté dans nos deux histoires est certainement un élément d’apaisement, de sérénité.
    - Un autre point est que ces actes de puissance de Jésus sont faits à l’étranger, au bénéfice d’un étranger qui est prié de rester chez lui et même de retourner chez les siens pour annoncer ce dont il a bénéficié. Alors que dans de nombreux épisodes précédents, Jésus avait demandé le silence sur son action, ici, bien au contraire, il envoie clairement l’homme guéri en « mission ». Le premier annonceur officiel de la « bonne nouvelle » est donc, chez Marc, un étranger qui agit à l’étranger (étranger du point de vue des juifs, évidemment).
    - Dans le contexte de la naissance des premières églises, églises de juifs reconnaissants Jésus comme le Christ, ou églises de « païens », montrer un Jésus ouvert sur l’étranger est très important. Contrairement à ce qui était vraisemblablement espéré par les premiers disciples, Jésus n’est pas reconnu de façon majoritaire comme Christ par le peuple juif. Du coup, le développement des communautés chrétiennes à l’étranger et avec des étrangers est validé par les épisodes de notre texte.
    - Autre remarque : Légion semble être une figure à la fois proche et cependant inversée de Jésus, annonçant déjà le ressuscité : à l’impossibilité de tenir légion enchaîné répond l’impossibilité d’enfermer Jésus mort dans un tombeau ; Ce décors de tombeaux où vit Légion me renvoie bien sur au tombeau retrouvé vide. Cependant, Jésus ne reste pas au milieu des tombeaux ; il vit aux côtés des communautés chrétiennes.
    - Il est aussi possible de faire un parallèle entre cette époque de la naissance des premières églises chrétiennes et les années qui suivent l’affichage de ses thèses par Martin Luther. Dans les deux cas, les nouveaux s’appuient sur les textes antérieurs : les chrétiens affirment que Jésus est la réalisation des prophéties et les adeptes de Luther affirment que le pardon offert gratuitement par Dieu, comme le dit Paul dans sa lettres aux romains est la vérité face aux dérives de la vente des indulgences. Et dans les deux cas, les tenants du pouvoir refusent de prendre en compte ces affirmations et on aboutit à une rupture.
    - Si on s’intéresse aux textes qui précèdent les épisodes de la tempête apaisée et des démons envoyés dans des cochons, on voit que Jésus est obligé d’expliquer tout son enseignement à ses disciples. Il déclare même qu’il utilise les paraboles pour qu’on ne le comprenne pas et seuls ses disciples ont des explications. Le message est clair : la compréhension passe nécessairement par Jésus ; les juifs qui ne l’acceptent pas comme Messie, comme Christ, sont donc dans l’incapacité de comprendre.
    Nous revenons maintenant vers la photo pour trouver d’éventuels rapprochements avec le texte de Marc. Comme sur l’image, après sa « guérison », l’homme habité par « légion » devient « embrassable ». Mais Jésus lui demande de ne pas rester avec lui et de devenir un témoin. La photo aussi peut être vue comme une embrassade avant un départ. Finalement, l’homme embrassé par le pasteur semble avoir un demi sourire qui dirait à la fois sa satisfaction d’être là et sa peine de devoir partir.
    Dans l’image, la parole est présente dans la prière du pasteur ; dans notre texte, la parole joue aussi un rôle important ; elle porte les supplications des esprits impurs ainsi que leur demande d’être finalement autorisés à migrer dans les cochons. En face, la parole de Jésus est puissante ; elle a calmé la tempête, elle sépare « Légion » de l’homme qu’il habitait. Elle remet de l’ordre.
    Mais n’oublions pas que l’ordre piloter par l’homme peut aussi être une façon d’exclure, de trier, de réduire la diversité, de normaliser, d’uniformiser. C’est une tentation constante qui mène au sectarisme : se croire dépositaire de la vérité et exclure ceux qui n’y adhérent pas. Un des bénéfices de la Réforme est justement l’acceptation de la diversité et la laïcité est une façon d’organiser cette diversité, de mettre de l’ordre dans le désordre, de rendre possible la cohabitation de croyances, de conceptions et de modes de vie différents.

    Compte rendu établi par J.P. Lechevalier et révisé par Marc Pattus.
    Prochaines rencontres les vendredis 24 nov et 8 / 22 déc.
    Le 12 janvier 2018 puis le 26 janvier avec J.P.Sternberger.





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