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    La transmission de la Bible est-elle fiable ?

    Pour répondre à cette question nous vous proposons de lire l'article suivant:

    Lorsqu'en 1947 est découverte à Qumrân en Palestine une immense bibliothèque juive datant de -200 à +100 environ, la question se pose de savoir si nos Bibles, traduites à partir de copies de copies datant, au mieux, du premier millénaire, sont bien conformes aux textes antiques. La réponse tarde à venir : le travail de traduction des manuscrits de Qumrân est laborieux, confié à trop peu de chercheurs qui, de surcroît, gardent jalousement leurs précieux manuscrits. Voilà dix ans seulement que l'on sait à peu près à quoi s'en tenir : les manuscrits de la mer Morte diffèrent très peu de ceux utilisés jusqu'alors, pourtant de mille ans plus récents. "Cela plaide pour l'authenticité de nos Bibles", en conclut le bibliste Jean-Claude Dubs. "Si vous avez dans votre grenier une Bible Ostervald [1744, note de la rédaction], qui ne bénéficiait pas d'une tradition manuscrite bien établie, vous avez quand même un texte fiable".


    Pour arriver à cette conclusion, il a fallu dépouiller des dizaines de milliers de fragments de manuscrits, parfois pas plus grands que l'ongle d'un pouce, dont seulement un gros tiers correspond à des textes bibliques. Le reste est composé soit de textes sectaires tels le fameux rouleau de la Règle, soit de textes relevant de la littérature apocryphe. Parmi les textes sectaires on dénombre des commentaires, qui citent expressément les versets bibliques commentés. C'est majoritairement grâce à ces citations que les chercheurs ont pu recomposer la Bible telle que la connaissaient les Qumrâniens (un courant du judaïsme en rupture avec le Temple de Jérusalem, et donc avec le pharisianisme, qui, contrairement à ce dernier, n'a pas survécu aux persécutions romaines du premier siècle).

    Il y a certes bien quelques différences entre les textes bibliques de Qumrân et les autres plus récents, mais si minimes que cela ne transparaît pas dans nos traductions, explique Jean-Claude Dubs. Ces différences sont surtout présentes dans des textes grecs (alors que 90% de la bibliothèque de Qumrân est en hébreu). Ces textes, qui sont en fait des traductions en vieux grec de textes eux-mêmes en hébreu, laissent supposer que les traducteurs avaient à leur disposition un texte hébreu différent du nôtre. Mais "il faut déjà être grammairien pour s'en apercevoir". Pour Jean-Claude Dubs, cette similitude frappante entre des textes appartenant pourtant à des époques bien différentes s'explique par le fait que "du milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ au milieu du premier siècle après Jésus Christ, le travail de standardisation, et donc de censure, des rabbins est déjà établi". On avait donc déjà à cette époque des textes bibliques homogénéisés.

    C'est ce texte standardisé que l'on a retrouvé dans les manuscrits trouvés au Caire vers la fin du 19°siècle, avec en particulier le manuscrit Ben Asher, une copie complète de l'Ancien Testament, datée de 1008 de notre ère. Ce précieux manuscrit aujourd'hui conservé à Léningrad sert de base à toutes les traductions modernes. Avec les textes de Qumrân, on dispose aujourd'hui de manuscrits bibliques datant de –200 à + 25 environ.

    Ils sont en passe d'être intercalés dans la future édition scientifique de la Société Biblique de Stuttgart ,déjà éditrice de la fameuse « Biblia Hebraica Stuttgartiensia », qui imprimait à l'usage de savants ce fameux texte de Léningrad. La nouvelle édition des textes hébreux de la Bible , encore plus renseignée, s'appellera, dit-on : « la Quinta », coup de chapeau non déguisé, au travail critique d'Origène, un Père de l'Eglise vivant à Alexandrie puis à Tyr entre185 et 254 qui, avec ses Hexaples, bible en sept colonnes, a été le grand précurseur de l'étude comparée des manuscrits. Dans cet ouvrage , la colonne cinq, la Quinta , reprenait, mais en caractères hébraïques, le texte de la traduction grecque des Septante.Ainsi, les manuscrits de la Mer Morte n'ont pas révélé de "défauts" majeurs dans nos Bibles modernes. Mais au delà de cette confirmation, ils apportent une multitude de renseignements sur la mentalité de l'époque, éclairant ainsi d'un jour nouveau les textes antiques. Par exemple, le fait que 90% de la bibliothèque de Qumrân soit en hébreu laisse à penser que cette langue était sans doute encore parlée par les juifs, qui n'auraient donc peut-être pas autant adopté l'araméen après leur déportation à Babylone qu'on ne le pense. "On nous apprend à l'école biblique que Jésus parlait araméen. Eh bien, on n'en est plus si sûr…", déclare ainsi Jean-Claude Dubs.


    De plus, toute la littérature apocryphe découverte à Qumrân permet de comprendre le contexte historique et social de certains textes bibliques. Matthieu l'évangéliste rapporte, par exemple, les paroles suivantes de Jésus : "vous avez appris qu'il a été dit : 'tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi'. Mais moi, je vous dis : aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent". (Matthieu 5 : 43). Or, une lecture attentive de la loi mosaïque révèle que nulle part il est ordonné de haïr son ennemi. Pourtant, le rouleau dit "de la règle", découvert à Qumrân, composé de préceptes religieux, indique clairement une marche à suivre "afin qu'ils [les membres de la communauté] aiment tous les fils de lumière, afin qu'ils haïssent tous les fils des ténèbres, chacun selon sa faute, dans la vengeance de Dieu" (1QS 1,9). Voici donc à quoi le texte de Matthieu fait référence.

    C'est surtout ce genre d'informations que les manuscrits de Qumrân ont permis de découvrir - informations qui sont alors reprises en notes dans nos Bibles les plus récentes. Ainsi, la Nouvelle Bible Segond mentionne-t-elle 200 fois ces manuscrits dans de ses notes et ensuite dans 88 définitions lexicales. C'est donc bien tout un trésor historique qui a été découvert à Qumrân et dont le grand public peut enfin aujourd'hui bénéficier.



    (Remaniement 2004 de l'interview de Jean-Claude Dubs parue en 2002
    dans l'hebdomadaire « La Vie », à propos de la parution de la Nouvelle Bible Segond)





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